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De mon Île
au milieu des hommes
Something’s broken in mirror land (I)
Jean-Pascal Ledoux
Les livres sont des œufs qui n’éclosent…
que s’ils sont lus.
Bouteille n°1
Les buildings crachent leur indifférence au froid polaire de la nuit…
Les fumées régulières emportées par un vent paresseux surlignent la puissance de ces paquebots traversant la ville…
Nous sommes le 31 décembre 2008, l’infini nous quitte pour du neuf…
Le frigo reste vide.
Et alors ? Une de plus ?
Les feux d’artifice célèbrent l’habitude vidée de son sens, la planète retient son souffle.
Encore 3 ans, et le calendrier Maya s’arrête.
J’ai déserté les rassemblements cette année, veillée cyber pétard au creux d’Internet, ça m’évite de commencer l’année avec une gueule de bois.
Mais pour faire quoi ?
De la vieille économie polluante ? Vendre, produire, distribuer du superflu, de celui qui, planète incluse ou non, est condamné ?
De mon île au milieu des hommes je me demande si le radeau suffira, ne faut-il pas envisager une fusée avant le Tsunami ?
Se rapprocher d’un champ, de la ferme sur le champ, de l’arbre près de la ferme.
L’ami Vendredi squatte le canapé et masse l’angoisse d’une ligne de basse, noyant son tout frais divorce dans les partitions de Parker, son Mozart de la basse.
Simon au téléphone pour les bons voeux, je n’ose pas réveiller mes parents pour en faire de même.
Bilan de l’année ? La pile est trop grosse, pas le courage de secouer ce qui vient de se passer, Hana puis plus Hana, Caroline puis plus Caroline, 2 déménagements et un final en équilibriste sur un compteur au gaz même pas encore à mon nom.
Douceur d’être célibataire.
Bonheur de le rester.
Je pense à Vincent qui me disait récemment comment des chômeurs sont virés du chômage pour avoir refusé de découper des oreilles de cochons, une tête toutes les 16 secondes, dans une chambre froide, de nuit pour 1.100€ par mois.
Moi qui gagne un salaire de cadre un jour par semaine pour une heure de fun en studio, ai-je le droit de me plaindre ?
Avouons-le, le travail n’a jamais été mon fort, même si j’ai beaucoup travaillé puisque je me suis beaucoup amusé et qu’on me payait pour ça, mais le travail pour le travail, je n’ai jamais intégré. Monter un projet pour gagner des millions, et y laisser finalement ma culotte, oui.
Travailler, non.
Tout petit, genre 4 ans, j’avais un jour accompagné ma tante au « travail », dans un magasin où elle devait être vendeuse. J’ai donc très vite compris que le « travail » était une obligation et nous empêcherait de jouer, puisqu’elle « devait » y retourner le lendemain, et tous les jours qui suivirent…
Ma maman a travaillé toute sa vie, mais ça ne l’a pas empêché de pleurer un jour devant une vitrine de chaussures, trop pauvre que pour pouvoir en changer, et moi qui devais en accepter de nouvelles puisque mes orteils transperçaient les anciennes devenues 2 pointures trop courtes.
Donc « travailler » ne soigne pas plaie d’argent.
Le seul problème, c’est qu’il ne suffit pas de le savoir pour panser la plaie en question, et c’en est une.
De mon île au milieu des hommes, je les vois réclamer du « travail » au lieu de réclamer « de l’argent », et les marées humaines des quatre coins du monde de s’entasser en bord de mer que de grands bateaux vident sans retour…
3 boîtes de thon à l’huile de tournesol garnissent encore mon garde-manger, 10€ en poche, bonne année...
Bouteille à la mer n°2
Premier weekend de l’année, retour de Simon pour les 2 premières semaines de l’année.
Les cheveux encore plus longs, la guitare dans le dos, ce gamin n’a pas encore 10 ans et sa méconnaissance totale de l’anglais ne le prive nullement de partager avec nous sa dernière découverte : « No Woman no cry », guitare et chant.
Ça yogourt à mort, mais le groove est là.
L’ombre de Bob Marley plane sur les sourires de sa maman, de Vendredi à la basse, et du dernier amour de sa maman qui me relègue par sa seule présence impromptue dans mon salon, du rang de regret, à celui d’amant occasionnel.
Dynamique des fluides… équilibrant les forces… transfert d’énergie…
Exit les amoureux, c’est entre hommes que le week-end s’annonce, entre guitare et télé, ordino et cinoche, tant qu’il y en a encore…
Un Will Smith en victime black d’un monde capitaliste blanc nous raconte la belle histoire qui ne fait plus rêver, et c’est dans une bande dessinée, puis avec un Simon insomniaque dans mon lit que je pars combattre de l’autre côté des rêves.
Je me retrouve le cul nu sur un champ de bataille médiéval sous les ordres d’une femme très poilue, alors que chants de canons et course les couilles à l’air achèvent de rendre la lumière aux paquebots qui garnissent ma fenêtre, et à la mer de toits qui nous entourent.
Simon m’a piqué la deuxième couette, Vendredi habille la B.O. de ce dimanche matin d’une suite de gammes qui doit tenir d’un réveil très matinal tandis que Facebook trahit 12 amis qui font publiquement l’impasse sur la messe.
Premier café.
Le Forex, temple mondial des marchés financiers, restera encore fermé jusqu’à ce soir, et je me pose beaucoup de questions sur ma position gelée depuis vendredi en faveur du dollar.
Cette monnaie ruinée devrait s’écrouler à la hauteur du franc CFA, mais le monde entier souhaite garder l’illusion, alors le dollar se monnaie encore autour des 1,40€.
S’il descend vers les 1,30€ comme je le soupçonne, ce qui est un pari en dépit des données macro économiques, je devrais gagner une option sur le top 30 de Etoro.
C’est mon but pour ce premier mois de l’année : vérifier que je peux deviner le marché, et me hisser en ordre utile pour gagner les 100$ qui me permettront de jouer à faire fortune à partir de rien.
« Everything’s gonna be all right!
Everything’s gonna be all right, yeah!”.
Simon nous tartine le petit déj Bob Marley.
Comment veux-tu laisser les angoisses platement matérialistes faire de l’ombre quand le printemps chante dans ton salon en plein hiver ?
Pensée pour sa maman qui se réveille à côté d’un autre que moi, et que je veux imaginer impatiente de nous retrouver.
Pensée pour le désespéré qui se lancera sous la rame de métro dans une minute, ouvrant la liste morbide de la Stib, station Jacques Brel, pour une Mathilde qui n’est même pas revenue.
A 40 ans la femme a des appétits dont son jumeau masculin se libère. Alors il lui en faut plusieurs amants : celui qui fait rêver, celui qui caresse, celui qui baise.
Rares sont les hommes qui restent les 3 longtemps, alors autant se faire une spécialité, profiter de sa liberté, et partager…
Celui qui ne comprend pas ça recommence le cycle de reproduction avec une plus jeune qui le larguera dans 10 ans, ou il ira au golf comme si de rien n’était.
S’il est fauché, il garnira le comptoir qui aura sa préférence d’une présence aussi assidue que déchirée, ce qui est une autre manière de se diluer sous une rame de métro.
Bouteille n°3
Le Forex, c’est comme la mer. Sur une eau calme ou déchaînée, tu peux faire des pêches miraculeuses, ou t’y noyer.
Le Forex est le premier marché au monde, là où se négocie le cours sans cesse fluctuant des monnaies, métaux rares et matières premières.
Tu verses de l’argent sur un compte, et te voilà crédité de ce montant sur une interface web qui va te permettre d’acheter, et tenter de vendre avec plus value, qui de l’or, qui du dollar contre du yen ou de l’euro.
Petit montant ? Petit bateau.
Gros montant ? Gros bateau.
Les interfaces web permettent de jouer avec de l’argent virtuel, pour réaliser des gains ou des crashs virtuels.
Après 3 mois, ma dette virtuelle avoisine les 10.000.000€ flambés dans des expériences aussi aventureuses qu’inconscientes, le kick du plongeon à l’instinct, le no limit, la quête du « 100% j’ai raison » m’ayant ratissé 100 fois après des heures de plongée…
Que se serait-il passé la première fois si j’avais tout perdu ?
Mais je n’ai pas perdu, j’ai gagné, d’une façon d’autant plus insolente que je ne cherchais qu’à tester sans ambition de résultat.
Après 48h00, j’avais multiplié ma mise de 2.000€… par 30.
Impossible. Alors je recommence. 100.000€ deviennent 300.000€ après 4h00 de bagarre dans une mer tonique et régulière à souhait.
Une semaine, deux semaines, 3 semaines à exploser les croissances, le but n’étant pas de gagner, mais de gagner le plus possible, prendre la vague de tout en haut en y jetant le moindre pourcent disponible, à chaque vague, dans le sens de la montée et de la descente…
Autant participer à un grand prix de formule 1 en freinant toujours plus tard, de tour en tour à chaque tournant…
Après 2 mois, je réalise à quel point ce truc est un miroir, un révélateur de tempérament. Je perds comme j’ai perdu mon père au tennis, à vouloir le coup parfait, au lieu de l’apprendre, comme j’ai perdu ce micro en radio à vouloir mieux plus vite…
Alors j’apprends, je réduis la voilure, et c’est de plus en plus dur.
Gagner 2.000€ en 3 à 30 minutes avec un 100.000 de base ? Tous les jours au petit dèj.
Mais décoller un 10.000 c’est déjà fort différent, beaucoup plus fragile en haute mer, très vite noyé sous la secousse.
Alors mettre à l’eau un 1000€, c’est reculer la frontière sans un gramme de recul, c’est jouer sa vie pour le pain, c’est réussir la sélection naturelle chance et talent mêlés.
Bouteille n°4
100 comptes à 1000€ plus tard, la chance ne peut plus être qu’une alliée, donc ne pas tirer dans la partenaire, la laisser souffler.
Savoir s’arrêter. Je les décolle tous, mais je n’arrive pas à m’arrêter.
Et même quand je m’arrête l’objectif atteint, il faut que j’y retourne pour créer une difficulté à rattraper.
Suis-je trop pressé ? Sûrement. Suis-je attiré par la limite ? Tout le temps.
Et pour gagner, il faut savoir se frotter au risque, mais ne pas vouloir vider la mer de tout le banc en un filet.
Et ça, c’est dur.
Après 3 mois, seul l’argent reste indisponible pour y aller pour de vrai.
De l’argent qu’on peut jouer comme s’il n’existait pas.
De cet argent qu’on ne doit ni aux amis qui voudraient bien miser, ni déduit de ce bout de confort qui reste la priorité pour le gamin.
Pourtant, le calcul est simple : en doublant mon « mille pour rire », chaque semaine, j’ai peut-être trouvé la recette du sourire… :
Semaine1 : 2000 ; semaine2 : 4000 ; semaine3 : 8000 ; semaine4 : 16.000 ; semaine5 : 32.000 ; semaine6 : 64.000 ; semaine7 : 128.000 ; 2 mois : la maison.
La première maison.
Celle que je dois déjà.
Si j’arrive à me contenter de doubler mon capital cette semaine, en paliers réguliers de 20% par jour, je limite ma présence sur la place, donc, le risque de m’auto-piéger dans trop de confiance.
Aujourd’hui, le contrat est rempli. Je n’ai pas pu m’empêcher de doubler ma balance pour une équité de 1500, puis de devoir liquider la position à 700 pour finir à 1162.62.
Je sais, ce n’est pas 1200, j’arrondirai demain.
Doriane m’attend, son lit, de l’autre côté de la rue à 65 kilomètres à vol d'oiseaux … Silvia de l’autre côté de la nuit sur Skype veut rentrer du Brésil ; son dépit l’emporte.
Studio demain chez Banktrysh, le feuilleton du délire économique explose d’imagination, ça me donne envie de me lever en même temps que les autres, rien que pour les infos.
Bouteille n°5
Réveil à la sonnette aux étranges échos de navette spatiale, Marjan est devant ma porte.
Je lui ouvre en slip, et c’est Ariana qui entre la première.
Une décence plus tard, la Croatie expatriée ce matin dans mon salon s’échange, comme là-bas, à grands renforts de décibels dans un sanguin incendie qui embrase tout à la fois le féminisme à 2 balles, la Yougoslavie d’avant, le monde qui arrive.
Allez dire à une femme savourant son émancipation que nous, les hommes, sentons le vent d’une guerre se lever…
J’essaie de calmer les débats à coup de généreuses tasses de café, mauvaise idée, mais je n’ai que ça à leur proposer. Je ne serai jamais au studio dans 20 minutes…
Un coup de fil plus tard, je gagne 24h00 pour être à l’heure, et termine la matinée entre ce réveil surprise plus déchaîné que jamais, et cette machine qui m’attire pour mieux m’aspirer.
Prudente tentative de rentrer sur le marché, je pars avec un 1162,30€, target de la journée : en faire un 1500€.
Le cours flotte à 1.31500€ contrariant encore le plongeon annoncé vers le 1.255 par mes amis d’Agora lus hier.
Je multiplie les positions prudentes, le cours est mou, mer semi-plate, sortie de l’école dans une heure, et encore un bain à prendre…
Alors je sors les grands moyens et multiplie la mise par 10.
Je termine d’enregistrer mon ordre à la hausse quand le gsm sonne, alors que je n’ai pas encore équilibré avec un ordre d’un même poids à la baisse.
C’est mon père qui m’appelle du golf sous un soleil radieux, pour dépanner ma sœur Julie en ramenant mon neveu de l’école à ma mère chez sa fille…
Même avec une balle à mettre dans le trou 5, papa s’occupe encore de sa tribu, on a toujours eu besoin de lui, il a toujours eu besoin de ça aussi, ce n’est pas à 70 ans qu’il va changer…
Julie profite de ses 40 ans pour nous mûrir une dépression longuement préparée qui lui permet de reprendre une bonne tranche de papa-maman, mais là il y a pause golf, alors il se souvient que j’habite à côté.
Il est vrai que nous n’avons pas toujours le même sens pratique, lui étant pro-actif en éternel mouvement, et moi très soucieux de ne pas me perdre dans une débauche d’énergie inutile, comme la plupart de nos contemporains.
Le cours a profité de cette minute de distraction pour plonger, je n’ai pas de parachute, la moitié de la coque est déjà enfoncée, plus de marge pour compenser…
Ce truc est vivant, je finis par le croire.
Je me bats avec un être vivant qui sent comment me croquer.
Tant que je le fixe, je peux le dominer, je tourne le dos, il me plante.
La coque est enfoncée à 70% quand le cours se reprend, doucement d’abord, puis confirme. Sauvé.
Je profite de la dynamique revenue pour conclure le contrat que je me suis fixé, mes mises à 1 rattrapent en 10 minutes le temps perdu à équilibrer 3 heures durant du 0,1, et je sors du marché avec 1.690€, pour plonger dans un bain devenu tiède.
Eau de parfum offerte par Caroline pour compléter mon effort de sociabilité, je suis content de croiser ma maman.
Le temps d’une tarte, je ne devrais pas avoir le temps de lui déplaire par mes positions « toujours excessives », positions qu’elle soutient finalement la plupart du temps en rejoignant les groupes que je crée sur Facebook.
Il y a 2 mois, le groupe « Anne-Marie Lizin me fatigue » est parti d’un ras-le-bol sans réel objectif. Comment veux-tu abattre une championne du nombre de voix de préférence perchée au sommet du Sénat avec mes contacts pour l’essentiel de gauche… ?
Pourtant, le groupe rassemble plus de 300 personnes aujourd’hui, et la radio me raconte qu’Anne-Marie est maintenant suspendue de ses fonctions par le PS…
J’aime bien quand le cours des choses va soudain dans le bon sens et que j’ai l’impression d’y avoir un peu participé ; comme quand tu pars à la chasse dans ton coin et que tu as servi de rabatteur pour les autres ; comme quand le cours se redresse dans le bon sens parce que tu étais dans le sens opposé depuis si longtemps ; comme le vent revenu dans des voiles fatiguées de ne rien tirer.
Prochaine bonne blague, créer le profil de Dieu sur Facebook. Il n’y est pas. Oserais-je… ?
Un Dieu qui n’aimerait pas Benoît 16, ni le american way of life, et présentant Marie-Madeleine comme sa bru.
Un Dieu demandant pardon d’avoir oublié de corriger ce qu’on fait dire à la Bible depuis 2.000 ans, un Dieu qui serait content d’avoir un fan club sans fanatisme.
Un Dieu qui menacerait Israël de diluer leur identité tribale dans une amnésie aussi générale que sans back up, s’ils ne partagent pas l’eau.
Une Star quoi.
Bon, is it really possible? Je serais l’humain qui crée Dieu sur Facebook… Faut aimer les emmerdes…
Je laisse flotter deux petits appâts pour la nuit, avec rachat automatique en contresens, dans les deux sens. Le Forex peut-il me rapporter pendant que je dors les quatre heures qu’il me reste ?
J’ose la risquette, au dodo.
Doriane a franchi la porte des phantasmes écrits… j’aime bien ce prénom…
Bouteille n°6
C’est le silence qui m’a réveillé. Les ouvriers flamands qui torturent les trottoirs avoisinants depuis le plus profond de mon sommeil respectent scrupuleusement les pauses bouffe.
Il est 12h30, deux messages sur le Gsm, j’ai encore foiré mon rdv pour gratter 200€ sur le dos de Banktrysh.
Douche, café, Banktrysh mange aussi, j’ai une heure devant moi.
Mes petits flotteurs ont bougé pendant la nuit, le compteur affiche maintenant un tonnage de 74€ de plus, pour un total de 1800€.
Et la journée ne fait que…
Un recommandé me rappelle soudain que l’argent virtuel reste virtuel, et que les ardoises qui traînent ne le deviennent pas. Et j’en ai assez pour couvrir un toit.
Banktrysh a fini de manger, je peux passer graver pour la postérité quelques lignes de plus sur leur scénario téléphonique.
Mes amis rient beaucoup quand ils appellent leur call banking, c’est moi qui leur dis, par répondeur interposé, à quel point ils sont fauchés.
Banktrysh n’étant pas gourmand de mon temps de travail, je savoure le record de pouvoir prendre mon trajet en bus retour avec mon ticket aller durée validité 60 minutes, même pas périmé.
Moins d’une heure de boulot, trajet aller et boulot compris, en reculant 2X le job suite à mes comas matinaux, certains pourront envisager que j’abuse, mais comme personne ne le sait, ou que tout le monde s’en fout, je ne me fouetterai pas.
Avant le coucher du soleil, nous sommes toujours mercredi, et mon petit capital de départ sur le Forex est doublé
Nous sommes mercredi, l’objectif de la semaine est atteint, et je suis arrivé à liquider la position…
… pour craquer 2 heures plus tard au prétexte que ce n’est que du virtuel, et tout flamber dans un nouveau défi aussi improbable qu’inutile et con.
Mais que je suis con !
Bouteille n°7
Pas de paquebots à la fenêtre ce matin, juste un brouillard qui ne laisse rien transparaître, tout le monde aura du retard avec cette purée de pois. Je m’offre une allonge d’une demi-heure, un rêve éclair, un éveil en douceur.
En me levant, le soleil est radieux, le brouillard observé n’est que de la buée sur la fenêtre, dernière conséquence d’une suite d'événements aussi divers que mes retrouvailles avec Dominique sur le pont de Dinant quelques mois plus tôt, et sa machine à laver héritée de son divorce, et qui étale maintenant avec ma diligente assistance le linge propre mais humide un peu partout dans l’appart, jusque sur le radiateur sous la fenêtre.
Une machine à laver contre mon Vendredi, mon plus vieil ami.
Un slip propre pour aller chez BelTv, studio à 10h00.
J’aime bien bosser là.
Trente minutes de marche à pied qui me rapprochent de mon ancienne vie avec Hana, qui habite tout à côté, et où je n’irai plus jamais.
Des collègues sympas, un job pas lourd consistant à baver, tantôt tendre tantôt gore, sur des bandes-annonces de films.
Une heure plus tard, je retraverse cette matinée glacée sous un soleil soudain pressé de nous bricoler le printemps, mais il ne sait pas que nous terminerons seulement janvier samedi, que les mille histoires qui feront février étant encore en gestation.
Mon linge n’a pas bougé. Juste un peu plus sec.
L’écran m’avale, et Facebook m’offre soudain Doriane en cadeau surprise :
je lui proposais, pour nos retrouvailles après 25 ans, de nous dire bonjour sans un mot d’un bout de langue sur le clito pour tout premier contact, et strike ! Ca, ça lui plaît.
14h00, 58.000 morts sur terre depuis minuit au compteur de la faim, et voilà à quoi on s’amuse…
Bouteille n°… entre 8 et 9
A l’heure où la moitié de la Belgique se vide qui la bouteille de rouge, qui le casier de Jup, je continue à soutenir le tiers-monde en consumant du cannabis.
Ce n’est pas l’idéal, mais avec les antidep et l’alcool pour seules alternatives, j’ai fait le bon choix.
Je suis un voyageur dans mes gènes, un coureur de savanes devant se contenter des espaces virtuels pour projeter ses idées dans la sphère imaginaire.
Rhésus O négatif mangeur de viande, c’est sur le dos du tiers-monde encore une fois que je dois jouer les vampires chaque fois que je me sustente.
Je mange de moins en moins souvent, de moins en moins, et ne m’en porte que plus léger.
Aucune femme pour me grassouiller, pas de Simon à nourrir, je m’oublie.
La machine à laver mange pour moi, avalant chaque jour un bout de la colline de fringues qui squatte la salle de bain.
L’eau.
Le défi.
L’enjeu. La cause d’une guerre permanente qui nous en promet une bien plus génocidaire.
Après de longs équilibrages et rééquilibrages dans un sens puis dans l’autre, tel un avion trop lourdement chargé s’alignant sur le plus loin de bout de piste possible, après des montées dans les tours aussi bruyantes que soudainement interrompues, le cube blanc décolle enfin vers les 1200 tours.
Cela relève de la musique industrielle, après une intro hésitante, toute la puissance d’une certitude enfin trouvée s’épanouit dans la posture de l’équilibriste tenant la position sous les applaudissements.
A la sortie, le linge est presque sec.
J’ai bien dit presque, ce serait trop beau.
J’attends les machines nouvelle génération, de celles qui rendront ses couleurs au bonheur agonisant sous le capitalisme, de celles qui rangent le linge elles-mêmes après l’avoir lavé, de celles qui servent le petit déj’ et paient les factures, jouent les chauffeurs et font les courses…
Pardon ? Une femme ?
Mais contrairement à ce qu’elle veut croire, la femme n’est pas une machine.
Ma dernière bougie rend l’âme, demain…
Bouteille n°10
Sur Facebook, c’est déjà le printemps. A moins que la proximité de la St Valentin n’agite les coeurs solitaires ?
Sur son dernier message, Doriane savoure la perspective de retrouvailles à l’ail, Geneviève apprécie que je puisse envisager de faire l’amour avec elle si nous devions comme suggéré dans « petites questions entre amis » nous retrouver seuls sur une île déserte, un appel en absence témoignant sur mon gsm de son impatience à vivre cet isolement forcé.
Mais c’est Cilou qui me réveille en reportant notre rendez-vous de lundi avec regret. Bisou ma belle, désolé de n’avoir pas décroché.
Simon est de retour dès 15h00, une promo à mettre en boîte chez BelTv avant, une maquette avec lui chez Buzz après la sortie de l’école, la journée s’annonce fort remplie, et il n’est que 11h00 du matin.
Comment font les autres … ?
Aujourd’hui, je leur dis que le poker débarque sur la dernière télé à la mode et, via des spots radio, que le tri sélectif va devenir obligatoire.
Ils vont devoir trimer toute la journée pour pouvoir s’offrir ce monde-là.
Simon allume la télé en rentrant, trop content d’avoir pu faire comme son père un petit rôle dans un spot, je m’allume le premier joint de la soirée, et m’entends dans la télé vanter l’action de Nicorette pour arrêter de fumer.
J’espère qu’ils m’appelleront pour faire la promo du vaccin annoncé pour dans 3 ans…
Vendredi a laissé un message, il regrette, moi non plus.
Caroline a joué du prétexte, je ne l’ai pas entendu.
Le Navigateur a laissé un message, je le laisserai sans suite.
Belle humanité insouciante, trop riche, trop gâtée, trop protégée, bons amis sado maso pour se sentir vivre du vrai, je n’ai plus le temps de vous distraire, ma colère n’est pas un spectacle, mon temps n’est pas le vôtre.
10 minutes de Forex, je gratte les 300€ du jour pour un solde final hebdomadaire de 1689€, en préparant le poulet qui scellera ce soir le sens de toute sa destinée dans le creux de notre assiette.
Les bourses continuent à dévisser telles des cordées d’alpinistes mal assurées, je ferme les yeux pour mieux entendre le murmure de l’insouciance couvrir le grondement de ce qu’ils appellent «La Crise»,...
Blanche Neige n’a pas encore vu que je n’étais qu’un nain.
Je donne toujours l’impression d’être grand, vu de loin.
Bouteille n°11
Quoi de mieux que faire le tour de l’horloge pour commencer un week-end ?
Un sms timide de Dominique pour s’inquiéter, une semaine après notre partie à 3 avortée…
Un autre moi-même a déménagé le living la nuit dernière, transformant la grande table et mon morceau de bureau en grand V.
Assis là, je préside un conseil d’administration aux chaises vides, image d’un passé révolu que l’avenir doit maintenant remplir de promesses.
Où ai-je mis ma naïveté d’y croire encore ? Dans son dernier message, Doriane s’obstine encore à m’imaginer beau.
C’est peut-être ça devenir acteur, lâcher prise sous le regard du metteur en scène, je ne suis qu’un rôle…
Simon est resté vingt-quatre heures, avant d’aller honorer l’anniversaire du WE de sa présence prolongée.
Déchiré entre celui de Gina, à qui il a promis (!) de passer, et celui de son ami Arno, l’Ami, son Ami.
Je les imagine torturant sur des guitares rebelles les classiques de mon adolescence pendant que Sara pleure en cachette son mariage révolu.
Hier, entre Alexandre et Marc, le regard de Sara trahissait l’absence soudainement cruelle de Jeff.
Jeff et Sara, c’est 3 gosses, une grande maison, 2 temps pleins, la réussite dans toute sa norme.
Un jour, Jeff a oublié de tirer la gueule : il venait de se faire virer.
Un an plus tard, ces deux-là ne se parlent de toute évidence plus beaucoup, le sourire de Jeff raconte à quel point il se libère de tout, celui de Sara est en berne, les gosses font le gros dos.
Je laisse Sara entre Alexandre El Forte et Marco le Superbe, 2 des mâles dominants de la tribu que l’école rassemble dix fois par semaine devant l’école, nos yeux s’étant dit de moult sourires forcés que ce n’était pas le moment de parler.
Je laisse donc les ballons voler dans tous les sens entre des gosses déjà trop grands pour aller garer 300 mètres plus loin la voiture que m’ont prêtée Johan et Maëlle pour la journée.
Maëlle et Johan, c’est 3 gosses dont Lionel handicapé, une grande maison, 3 temps pleins, la réussite dans toute sa forme.
Quand j’arrive, les enfants se chamaillent une fin de samedi sans sortie, Johan squatte la salle de bain qu’une Maëlle au bord de la crise de nerfs souhaite ardemment récupérer.
Je parle dans le vide, raconte le dernier sondage que j’ai lancé sur Facebook pour désigner LE politicien invité à ne plus se présenter, l’orage gronde, l’orage éclate.
Maëlle, l’animatrice radio avec un grand A, la sensibilité intelligente des matinées de Belgique-Inter, Maëlle la gardienne des valeurs et l’éveilleuse de consciences en masse, explose…
Elle confond son malaise avec les gosses, les tient soudain responsables de tout son inconfort, leur mettrait bien la responsabilité de la faim dans le tiers-monde et le réchauffement de la planète sur la gueule, le tout avec un niveau de décibels que je ne peux pas tenir moi-même.
Ils sont responsables d’être des enfants, et de l’empêcher de vivre, ils l’étouffent, la rendent dingue, le cortège d’horreurs défile en chapelets aux perles démesurées.
Interdiction de rire, silence total, Maëlle explose. Les enfants et moi, nous glissons doucement chacun dans un coin de la pièce, dans le silence qu’impose une tornade.
Après ça, on devra tout recadrer pour les gosses : leur expliquer pourquoi les mamans aiment autant, pour tout détruire juste après ; que l’amour est vrai, que la destruction n’en est pas une…
Leur expliquer que les mamans sont plus pressées que les papas, que chaque mois elles doivent accepter de ne pas avoir fait un bébé de plus, que le temps file pour elles beaucoup plus vite que pour nous.
Mais pour l’heure, Général Maëlle a ordonné ses troupes, le silence ronronne dans la résonance mouillée d’après tempête, et je suis invité à reprendre la parole.
Je n’ai plus rien à dire, Johan est sorti de la salle de bain, la baby-sitter prendra la relève dans une demi-heure, le temps qu’il reste à Général Maëlle pour se faire princesse en guêpière pour ce samedi soir sur Terre.
Bouteille n°12
De retour sur Facebook, je retrouve un Sam déchaîné.
Il a lancé un groupe invitant à « LA manifestation contre la crise », et le millier de membres est atteint en moins de 24h00, un mouvement déjà récupéré par un syndicat aux abois.
Du coup, il s’oublie déjà à rêver de la voir déborder en révolution « pour abattre le capitalisme »… Rien que ça.
Je comprends doucement mieux pourquoi mon groupe « Et que l’Allocation Universelle Soit ! » plafonne. Ils en sont là…
Quand le ciel lui tombe sur la tête, la foule garde ce réflexe incantatoire - et le ciel lui tombe sur la tête chaque fois qu’elle ne comprend pas ce qui lui arrive - de se rassembler pour partager sa stupeur et son désaccord.
Je cherche l’ombre d’une proposition, mais à part dégorger sa colère dans un 20 mars qui se rêve déjà printemps du même nom, je ne vois rien.
Alors j’y vais de ma contribution :
« Jean-Pascal Ledoux a écrit
hier, à 18:59
Vous savez ce que ça veut dire FGTB?
«Faites Grève, Tas de Biess !»
Plus sérieusement, que peut-on attendre d’un PS flanqué d’un syndicat qui tous 2 ne dissocient pas nos droits élémentaires d’une économie au démembrement de laquelle ils contribuèrent activement?
C’est un socialiste qui a privatisé la RTT, la CGER et la Sabena, pour ne citer que ceux-là. Elio était au conseil d’administration de Dexia pendant que Dexia jouait à qui encule l’autre.
On s’en fout d’avoir du «travail» si c’est pour fabriquer des armes ou démolir la planète.
A gauche, la vraie gauche, nous demandons maintenant que le pouvoir politique récupère le pouvoir sur notre monnaie, et que soit instauré le droit à l’allocation universelle, en commençant par l’inscrire dans la Constitution.
Je n’ai pas de souci à ce que les plus performants trustent les derniers emplois, mais nous devons tous en profiter.
Et que l’allocation universelle soit!
24h00 plus tard, le groupe de Sam compte 3.300 personnes, mon message est noyé dans une mer de mille colères partant dans tous les sens, l’absence de proposition clairement définie laisse le troupeau à son libre-penser, et si le troupeau est prêt à suivre, il ne sait que penser…
Mais ceux-ci au moins pensent quelque chose, et se hasardent même à l’exprimer.
L’idée de Doriane la main tendrement posée sur mon épaule en train de me lire s’impose tel un fantôme, son silence est empli de tout ce qui doit encore être écrit, et de la confiance dans ce qui le sera…
Je la retrouve alors sur Facebook, elle a aimé ma dernière découverte si délicieusement arrangée « Aimez-vous la chanson ? » de Ben Ricour.
De mon nouveau bureau, par 2 Velux transperçant le toit qui nous abrite, je vois encore mieux les grands paquebots qui se chargent de nouveaux chômeurs.
Combien sauteront du toit du paquebot dans la mer de béton 20 étages plus bas ?
Combien de personnes un sniper pourrait-il dégommer sur ce genre de cible avant de devoir dégager sans se faire prendre, et recommencer 3 kilomètres plus loin avec le même succès ?
Une population en ébullition, des troubles sociaux ? Pourquoi pas un sniper déterminé pour faire diversion, Monsieur le ministre… ?
Bouteille n°13
Hyperiums est le nom donné au premier jeu en ligne sur Internet ayant offert une partie permanente. Ce jeu ne s’est pas arrêté depuis sa création en 1999, et au fil des corrections et adaptations, il a trouvé un équilibre avec 10.000 joueurs du monde entier.
Il s’agit d’une équation mathématique sous forme d’espace virtuel constitué de milliers de planètes. A chacun d’y faire son trou et d’y survivre.
L’expérience fut très intéressante durant toutes ces années me démontrant comment l’humanité conquiert un espace : en s’alliant pour taper sur la tronche du voisin, en stockant, en menant une guerre qui anticipe celle qu’on peut subir, en forgeant au final un noyau des meilleurs que les mois et les années ne lassent pas.
C’est dans Hyperiums que mon dédoublement de personnalité a commencé.
J’y défends la mémoire et les valeurs de Saladin, une peau dans laquelle je me sens bien.
Saladin fait maintenant partie des meubles, il squatte le top 50 depuis plus d’un an, l’un des premiers joueurs à obtenir le plus haut grade imaginé par le créateur du jeu, entouré du gratin des meilleurs joueurs, assis au milieu d’une économie 20% plus puissante que partout ailleurs dans la galaxie Hyperiums.
Saladin est comme un frère jumeau, il m’a appris preuves à l’appui combien on pouvait être en avance sur la lecture des évènements, même entouré des meilleurs, Saladin m’a appris qu’on ne me donnerait pas raison de si tôt.
C’est Saladin qui me fait gagner au Forex, ce n’est pas moi.
Bouteille n°14
Ai-je vraiment envie de devenir un Kiwi aventurier ?
Jean-Pascal Ledoux est Cool 2 823 pts
Mon grade: Kiwi Marcheur
Grade 30 / 51
Prochain grade: Kiwi Aventurier, atteint avec 2824 points.
Classement : 20 485è sur 2 074 870
Bouteille n°15
Certaines transformations nous échappent…
Grade 31 / 51
Prochain grade: Kiwi Explorateur, atteint avec 3944 points.
Classement : 20 869è sur 2 090 351
Bouteille n°16
Tapis de neige pour prolonger la nuit blanche, 2h00 de sommeil au rab avant de courir à l’école, la mallette de Simon sur le dos, trouver Simon.
Au retour sous les flocons, Marjan m’embarque à bord de son char, matinée café entre amis à écouter de la zique, à se couvrir les plaies du cœur, à scruter l’ailleurs…
On t’a fait croire qu’on pourrait vider la mer de merde humaine ? Erreur.
Le Forex me tente jusqu’au piège, je double la mise pour mieux tout perdre…
Erreur.
17h00. Je plonge dans un bain pour rejoindre la tribu chez Jeff, puis Première du reportage de Gino, j’ai promis…
Bouteille n°19
Fleur s’est effacée de mon coma matinal au terme d’une nuit trop courte, Simon passe une tête pour constater les dégâts à l’heure où ses copains pensent déjà à la récré, mercredi de congé pour papa à l’impératif besoin de repos…
Au réveil, mon dernier pari lancé la veille sur le forex avec un petit 0,50 solitaire à la baisse me permet de faire du 90% de gain, tout n’est pas perdu.
Pizza pour un gamin affamé qui réclame sa copine pour l’après-midi. Simon n’a pas l’habitude de s’ennuyer, il projette un retour à Disney Land pour ses 14 ans.
Mais Disney Land sera-t-il encore debout en 2013 ? Pas d’après le calendrier Maya.
Bouteille n° 20
Allez… Fais…
Que je sois fier de toi
Que je sois fier de moi
Que je sois fier de nous quoi
Allez… Fais…
Qu’on soit moins con qu’hier
C’est pas grand-chose à faire
Il suffit d’être ouvert
Allez… Fais…
Fais donc le premier pas
Vers ton tout nouveau toi
Allez…
Dépose Les armes
Allez…
Allume ton âme
Allez… Fais…
Que je sois fier de toi
Que je sois fier de moi
Que je sois fier de nous quoi
Allez… Fais…
Qu’on soit moins con qu’hier
C’est pas grand-chose à faire
Il suffit d’être ouvert
Allez… Je fais…
Je fais le premier pas
Vers ton tout nouveau toi
Allez… Moi je dépose Les armes
Allume mon âme
Bouteille n°21
Il y a des catastrophes qui peuvent s’annoncer longtemps à l’avance sans désamorcer la surprise qu’elles provoquent quand elles se produisent.
L’imminence d’une explosion du Vésuve ne vide pas Pompéi de sa population, pas plus que le réchauffement de la planète n’arrive à concerner l’homme tant qu’il ne cuit pas.
C’est officiel : Jeff et Sara divorcent.
Tel une banquise en pleine ménopause fondant sa liberté trouvée sur une dérive vers le sud, se réduit à peau un peu plus chagrine encore ce qu’il me reste du mythe de la famille unie heureuse…
Il pleut ce matin sur cette triste nouvelle, aucun soleil n’aurait l’impudeur de briller comme souvent quand l’enterrement célèbre quelqu’un encore plein de promesses, et le Forex lui-même a sorti son costume gris et bégaie d’un cours incertain sur les 3 valeurs que j’ai sélectionnées pour répartir les risques.
Je tiens l’information de Marjan qui est passé prendre le café, et je lui confie sans trop savoir pourquoi une copie de la bouteille n°20 à destination de Jeff, avant de retourner à l’école équiper Simon du sandwich de midi qu’il a oublié.
Je le trouve avec sa classe sur le trottoir, descendant du bus de retour de la piscine, et lui glisse dans l’oreille « Faudra être cool avec Arno, il vient de se prendre un toit sur la tête » mais il est déjà au courant, et la première pudeur d’Arno semble s’incliner vers une philosophe indifférence.
Va demander à un gamin haut de 10 ans de ne pas crâner, de ne pas retenir ses larmes, de ne pas hurler qu’il est encore petit et que papa et maman, ce n’est pas papa ou maman.
Bouteille n°22
James Elmore pousse son blues jusque dans la playlist d’une Radio Pirate réclamant sa pitance du jour. Je reste le seul auditeur de cette radio perdue sur le web parmi des centaines de milliers d’autres, mais c’est la mienne, sur Radionomy.com qui en compte 1000 aujourd’hui.
Radio Pirate, c’est le fantasme d’une revanche de moins en moins motivée pour devenir mon petit jardin à musique à partager avec qui le voudra, à mesure que je le nourris de ma sélection très personnelle.
C’est la plateforme son quand l'œil peut se reposer sur l’oreille.
C’est une autre façon de préserver l’idée que je me fais de ce que je voudrais entendre comme mix musical dans un pays où les restaurants ne servent plus que des carottes râpées, ou de la viande saignante, ou la dernière invention culinaire asiatique qu’il faut ABSOLUMENT découvrir…
Moi je trempe mon sandwich de filet américain dans mon chocolat chaud, mon fils fait la même chose, et nos oreilles sont trop proches de nos bouches pour ne pas apprécier la surprise des mélanges…
2 idées me chipotent quand même le cortex quand je vois la tour de Belgique-Inter briller le soir telle une soucoupe volante posée sur les toits de mes voisins : adapter les spots radio au moment de la journée, et réduire le temps des émissions sur chaque radio en en créant une cinquième qui viendrait squatter les 4 qui existent.
Courrier à l’ami Pierre, juste pour éviter le stérile « hooo, mais si tu l’avais dit ! ».
Quand je fais l’inventaire du nombre d’idées que je me suis fait piquer, je remercie juste le ciel… de ne pas en avoir eu de trop mauvaises…
Le soleil revient, la vie doit reprendre…
Bouteille n°24
Quand l’immobile me cale trop longtemps au point mort, quand je veux que ça bouge, il suffit que je me tape une corvée, le genre de corvée bien gonflante et stérile comme préparer un bilan comptable, rassembler des pièces éparses avec des logos de banques aussi proprets qu’ils cachent des pratiques inavouables.
Mon gsm dans ces cas-là ne manque pas de faire une crise de jalousie, et c’est Caroline qui sort du bois. Laissera-t-elle un message ? Non. Normal, c’est Caroline, décrochera-t-elle un jour de ce positionnement qui lui donnerait tous les droits au prétexte qu’une femme malheureuse les a tous ? J’ai bien fait de ne pas décrocher.
Saluant mon initiative de préparer le maigre dossier comptable de l’asbl à l’agonie que j’ai encore l’honneur de présider depuis des années, c’est au tour de Nadjia de m’inviter à aller gagner ma croûte le lendemain chez BelTV.
Mon premier job du mois, nous sommes le 5…
Suffirait-il que je me tape 10 corvées par jour pour qu’on m’offre 10 jobs ?
Non, j’ai déjà essayé maintes fois, mais empoignées par grappes, les corvées se reproduisent en dizaines d’autres encore plus artificielles.
J’ai souvent constaté à quel point on gérait les citoyens, les contribuables, les chômeurs et la population qui compose notre société de manière à en faire de la matière à emploi pour d’autres, dans un dédale de paperasses administratives qui offrent à certains l’opportunité d’arborer une cravate et une carte de visite, mimant un peu plus encore leur quotidien pour mieux miner celui des autres réduits à l’état de viande à classer, reclasser, ou déclasser, c’est selon.
Et c’est Cilou qui rapplique à son tour, décidément toutes ces femmes aiment me distraire dès que je me risque à me mettre en ordre ; l’anarchiste qu’elles aiment est en danger de conformisation, leur sixième sens les met en demeure de l’appeler.
Cilou m’aime toujours comme j’aime toujours Cilou. Nous sommes allés sur le toit du monde ensemble, moi dans mes souliers et elle sur le dos d’un cheval, mais ensemble.
N’importe quel couple aurait alors programmé un mariage au retour, nous faisions un si beau couple, mais pas n’importe lequel, donc pas de projet de mariage…
Je l’ai quittée un an plus tard, fatigué de devoir briller dans une compétition où toute la Belgique cherchait à me la ravir, pour son plus grand ravissement.
Être celui que l’on rejoint après la fête est flatteur un temps, un temps seulement…
Il n’empêche, d’après le dernier délire improbable que nous nous échangeons, entre la navette spatiale de son mari actuel, et la mienne, chacune quittant une terre perdue pour un monde à trouver, Cilou ne sait pas aujourd’hui dans laquelle des deux elle sanglerait sa destinée.
C’est ça Cilou et moi qui nous réunit depuis le premier jour : cette incapacité à choisir, pour privilégier les possibles potentiels ouvrant au plus grand possible l’espace du choix… qu’on ne fait fatalement jamais, si ce n’est en ne l’assumant qu’une fois imposé le polichinelle dans le tiroir…
Un peu comme ce que je viens encore de faire sur le Forex en coursant tous les scénarios possibles sur 3 courbes différentes, l’ours était là, immense à me couvrir le ciel, j’aurais dû frapper comme la foudre, l’ours n’a pas de cerveau pour élaborer un doute, il frappe.
Bouteille n°- 2.700.000
Vivre sous un toit, c’est profiter de sa courbe, celle d’une branche, une branche plus haut plantée que celle sur laquelle j’ai su trouver refuge pendant des millions d’années d’évolution.
Une courbe de feuillages que j’ai troquée ensuite contre celle d’une grotte, devenue un abri plus sûr, et un support plus durable pour mes fresques dansantes aux rythmes de mes transes incantatoires comme au caprice du feu, ma dernière capture…
Sous mon toit, je me souviens de tous ces moi-même ayant traversé l’évolution humaine, à mesure que mon nombril prend sa plus juste place, une mémoire cellulaire s’impose à moi me réduisant à la multitude qui forme une longue chaîne de naturellement sélectionnés jusqu’à moi. Jusqu’à mon fils…
« Simon ? Que veux-tu manger ce soir ? »
Je me demande combien de moi-même avant lui ont pu profiter de ce simple luxe :
Choisir ce qu’on allait manger.
Bouteille n°25
Zoé est la plus jeune élue au Parlement depuis 10 ans.
Elle a commencé tôt.
Zoé est aussi infatigable qu’incorrigible.
Zoé a besoin d’agiter.
Zoé est une de mes amies facebookiennes.
Zoé essaie d'organiser un débat palestine, un débat emploi, un débat iran... Les yeux plus gros que le ventre ?
17:41 - Commenter
Jean-Pascal Ledoux, à 17:54 le 5 février
Le débat sur la Palestine, c’est en fait un débat sur l’eau, et le droit aux ressources naturelles que se réservent certains au détriment des autres. C’est aussi un débat sur l’autorité de l’ONU.
Faire un débat sur la Palestine, c’est comme en faire un sur le ghetto de Varsovie sans parler du nazisme...
Et puis...
Jean-Pascal Ledoux, à 17:55 le 5 février
Et puis...
L’emploi! Ce mot recouvrant l’activité de l’humain, activité validée par une intégration dans un système financier, niée en dehors. L’emploi, cette chose qu’on nous fait passer pour indispensable, alors que les machines ont pris la place, et qu’on devrait tous profiter de ce gain de temps...
Et puis l’Iran tant qu’à faire. Ou du déni fait à un peuple de vivre autrement, de croire autrement, et d’avoir en plus l’audace d’avoir aussi des appétits nucléaires, et surtout la bonne idée de vouloir faire une bourse des matières premières négociables dans d’autres devises que le dollar...! Quelle arrogance, quel mépris pour le capitalisme démocratique...!
Jean-Pascal Ledoux, à 17:58 le 5 février
Oh oui! Un peu de nucléaire aussi!
Pourquoi ne pas faire des centrales nucléaires enfouies dans un trou de 300 mètres de profondeur?
Quand on voit ce que le génie humain a pu mettre en œuvre pour l’accélérateur de particules de Genève, ce devrait être faisable.. ! “
Que restera-t-il du projet de débat après mon trait d’humour à l’acide cynique ?
J’aurais peut-être dû éviter, elle a quand même 900 contacts, ça va jazzer…
Assumons, c’est édité.
Qui gardera vivante la foi démocratique si nous n’avons plus de politiciens pour le faire ?
Ils se frottent à l’excusable bêtise populaire à longueur de journée tels des marathoniens préservant la flamme olympique sous les pluies de mousson, la conscience entretenue par le verdict des urnes, à l’abri du besoin, tant que la tribu les recase en cas de déroute électorale.
Mais Zoé, c’est une vraie, c’est une juste, une pure, une comme je les aime, aussi naïve qu’indispensable, qui n’a pas besoin de rester sous cloche pour ne pas en devenir une.
Bouteille n°6969
Caroline de retour par mail, la bouche en cœur les regrets mouillés.
Doriane de retour dans la même marée de mails, des excuses en guise de fleurs.
Les filles, vous me fatiguez.
Si les mecs vous traitaient comme ça, nous serions tous des salauds.
Nous sommes la génération des enfants de Jacques Brel rêvant Madeleine et pleurant Mathilde, de Dis-lui de Mike Brant, de Joe Dassin et son « Siffler sur la Colline ». Nous sommes les enfants de Serge Reggiani, de Serge Gainsbourg et nous avons pleuré sur « Louise » de Berliner.
Nous sommes les enfants de Balavoine, de Kramer contre Kramer, et de tous les plaqués-largués-fauchés-anti-héros du cinéma.
Vous avez la maison, vous avez le pognon, vous avez le boulot, la bagnole et la mainmise sur vos gosses.
Le pouvoir en plus sur un mec ?
Le chien ça ne suffit pas ?
Je ne sais pas comment on embrasse les filles.
Bouteille n°26
Depuis Internet, qui peut encore ignorer l’état réel de nos démocraties ?
La bêtise populaire s’étale en longs forums bourrés de fautes d’orthographe, obèse de préjugés aussi crétins que lui est étrangère l’idée même de mise en abîme historico-socio-psycho-économico humaine et environnementale.
De temps en temps, un moins con, voire carrément très éclairant vient perdre quelques minutes à relever le niveau. Une dose de pertinence bien trempée peut interrompre, ralentir, voire arrêter le con lambda de se répandre…
Mais des forums au cul d’articles, il y en a autant qu’il y a d’articles, multipliés par le nombre de journaux, ça fait beaucoup d’espaces nouveaux créés chaque jour pour ramasser sa petite suite de témoignages bas de plafond…
La connerie s’évapore-t-elle quand elle est exprimée ? Ou se renforce-t-elle dans l’esprit de son hôte originel ? La connerie est-elle contagieuse ?
Comme toute idée, une idée conne se propage jusqu’à rencontrer suffisamment de résistance à sa propagation.
Comme l’eau, tant que ça descend.
Elever les esprits est donc le seul moyen d’endiguer la connerie.
Un con qui se tait est-il plus ou moins dangereux qu’un con qui s’exprime ? Le taiseux sera-t-il plus enclin à soigner sa connerie que celui qui se répand ?
Nous sommes tous le con de quelqu’un, comme dans l’escalade de la montagne, il y en a déjà devant nous, et d’autres derrière. Ce que j’appelle un con, c’est celui qui ignore ce premier principe. S’il le sait, c’est un con qui se soigne, donc quelqu’un qui progresse par la conscience d’une auto-critique régulière.
Des propos tels que ceux-ci nous feront vite passer pour quelqu’un d’arrogant.
Remplaçons « con » par « potentiel paralysé », et nous passerons pour quelqu’un d’instruit, donc intelligent.
Mais quel intérêt de s’encombrer de ce qu’on pensera de vous, puisque vous passerez toujours pour un con, ne fût-ce qu’à vos propres yeux, à un moment ou à un autre de la journée… ?
Alors autant nous y faire.
Regardons bien le con qui dort encore en nous chaque matin, ce qu’il est devenu au moment d’aller dormir, c’est le meilleur moyen de l’empêcher de prendre les commandes dans une paresse d’esprit que rien n’arrêtera, si ce n’est l’inconfort dans lequel cela peut nous conduire à subir des situations sans les comprendre, et à nous répandre en explications simplistes et dangereuses.
Je passerais sans doute pour quelqu’un de plus intelligent aux yeux des moins cons que moi en me taisant, mais il me semble qu’il y a tellement de monde quand, dans mon escalade vers ces sommets inaccessibles, je me retourne pour voir le chemin parcouru.
« C’est dire si t’étais très con, alors tais-toi, et pense… »
« Ai-je le droit d’écrire pendant ma réflexion ? »
« … »
Ils ne répondirent plus…
Bouteille n°27
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7
Violette, violette…
Je pense à Inès.
Un destin cette petite. Une centaine d’hospitalisations en dix ans pour ne même pas savoir ce qu’elle a, ce qu’elle est.
Pour ne même pas savoir marcher. Ni parler.
Une grande fille de deux ans dans un corps de dix qui s’allonge comme une ombre sous le soleil d’hiver.
Sauf qu’elle ne sait pas tenir debout, alors c’est l’ombre d’une petite boule ramassée sur ces jambes repliées et trop longues de ne jamais l’avoir portée que dessine le soleil de la silhouette d’Inès.
Une petite fille qui voulait jouer au foot avec les garçons, les courser à vélo, et leur faire des bisous. Mais les bisous d’Inès sentaient les médicaments qu’elle devait prendre tout au long du jour pour éviter les crises d’épilepsie, alors les garçons couraient vite, sans se retourner.
Alors on chantait pour passer le temps, les chiffres restant des abstractions inapplicables, on les recyclait dans les chansons…
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7
Violette, violette…
Quand on renonçait à comprendre ce qu’elle baragouinait, pour enfin l’écouter sans l’interrompre ni chercher à la corriger, Inès parlait.
Elle parlait, parlait, parlait, parlait encore, on comprenait les structures de phrases entrecoupées de « pakeuu », entendez « parce que », et ponctués de « Woui ! » aussi sûrs d’elle qu’elle était à moitié portugaise.
Inès, vidée de mots après 10, 20 voire 30 minutes se taisait alors, et retournait au silence de l’écoute de nos pensées.
Car Inès entendait nos pensées, mais elle n’a jamais pu le dire, l’aurions-nous entendue ?
Et c’est sans doute pour ça qu’elle pouvait nous entendre, le secret étant si bien gardé dans ce corps si difficile d’usage.
Inès ne disait pas non plus Simon, elle l’avait rebaptisé « Keno »
Inès ne disait pas non plus «bicyclette», mais elle savait presque compter, presque sans se tromper, jusqu’à 7…
1,2, 3, 4, 5, 6, 7
Violette, Violette
1,2, 3, 4, 5, 6, 7
Violette…
Et Inès de conclure hurlant de gloire:
A VéLOOOOOOOOOOOOOOOOOO ! !
;-)
Bouteille n°28
Le nombre d’artistes qui produisent un produit fini tout seul dans leur coin témoigne à lui seul d’un véritable phénomène de société ; signe de la disponibilité et de la prospérité dont ont profité deux générations, cette production gratuite pourrait nourrir de quoi remplir une radio qui ne se répéterait pas avant longtemps, sans doute jamais…
Vincenzo, passant récupérer la batterie prêtée à Simon pour ses débuts, me branche sur son dernier projet. J’écoute… 4 morceaux purs rock fins prêts pour le pressage.
Stéphane me retrouve sur Facebook, autre style, même qualité.
Et comme les choses vont souvent par trois, c’est Edouard de Lanoix qui complète le trio de la soirée en m’invitant à participer à la pêche aux talents sur son site YYakamusic.com.
Or YYakamusic, c’est la copie conforme de A(rtistic).N(etwork).A(ssociates)., un concept de bourse à la co-production artistique, impossible à déposer, concept que j’ai chéri, mûri et promu, cherchant des partenaires, pendant 7 ans…
On veut des rêves, pas des rêveurs, alors c’est un Richard Branson version belge qui l’a fait.
Il a un petit « de » dans son nom, une particule sur laquelle un concept à la viabilité indémontrable devient soudain intéressant à développer.
Richard Branson a gagné son titre de « Sir Branson », une victoire que notre aristocrate belge de naissance ne gagnera jamais.
Moi j’ai un « Le » dans mon nom, et même pas détaché. Tu rajoutes « doux », tu entends « dingue », tu prends le rêve, et tu ne te retournes surtout pas.
Mais un rêve, ça devient quoi sans le rêveur pour le poursuivre, le développer, le nourrir ?
Moi je m’en fous un peu : des rêves j’en fais tous les jours, ça donne des idées à chaque heure de la journée. Mais comment font ceux qui n’ont que les rêves des autres pour colorer leurs nuits d’évasions sublimes et de projets tout frais au jour revenu ?
Ce soir, j’ai donc posé un acte majeur de libération personnelle: j’ai salué d’un message d’encouragement un type qui tente de réaliser un de mes rêves sans moi.
Si je me trompe, si c’est un rêveur comme moi qui a fait le même rêve, il me répondra.
Rêve…
Bouteille n°29
Le match du soir opposait Sarko à 15 millions de téléspectateurs.
17% de la population est déjà sous le minimum vital, le fameux Smic.
Le journaliste : « augmenter le Smic en ces temps de crise ? »
Sarko : « Non. »
Le journaliste : « Pourquoi ? »
Sarko : « parce que cette mesure serait injuste pour les 83 autres pourcents de la population ! »
Bon sang, je n’y avais pas pensé ! Ca, c’est une trouvaille ! On a failli risquer une injustice de plus dans ce monde injuste…
La répartition des bénéfices sur les ouvriers en défiscalisant les entreprises s’annonce beaucoup plus équitable, la construction de 4 lignes de tgv aussi.
C’est bien connu, les pauvres sont si pressés de trouver le bonheur à l’autre bout de la France qu’ils emplissent les tgv quotidiennement, pendant que de méchants ultra gauchistes, comprenez à gauche de l’extrême-gauche, préparent des sabotages risquant la vie de ces millions de pauvres entassés dans les tgv !
L’ultra gauche, encore une trouvaille.
Mais moi, si je tourne à gauche, puis encore à gauche pour être à mon extrême gauche, je ne peux pas encore me tourner à gauche de mon extrême-gauche sans me casser la gueule ! C’est physique !
A moins de faire un pas, et je ne me retrouve pas à mon ultra-gauche, mais à mon extrême-droite…
Si les Flamands s’en vont sous la mer un jour travailler rien que pour eux dans leurs scaphandres noirs et jaunes, nous laissant tout seuls à Bruxelles et en Wallonie, je crois que nous resterons seuls finalement.
Au moins en Belgique, les tgv ne font que passer…
Bouteille n°30
Idée de titre : « Je… sort un livre. » Un livre bien couvert pour qu’il ne prenne pas froid, signé d’un Je inconnu.
Autre idée : « Suicide Cannibale » ou comment une société mange ses plus petits, l’auteur étant lui-même avalé avant de finir son bouquin.
Autre idée : « Quelques bouteilles pour la route » le livre censuré par la sécurité routière sans même l’avoir bu.
Autre idée : « Cave à liquider » Mais de qui parle-t-on ?
Bouteille n°31
Une heure trente au gsm, faut-il que je l’aime mon Vendredi.
Il va devoir liquider sa maison, incapable d’en payer la moitié, en plus des deux dernières voitures qu’il a suicidées cette dernière année.
Mais le moral est bon, le band groove, Dominique roucoule, l’avenir s’ouvre, vierge d’inconnu après des années de glaciations matrimoniales.
Avons-nous assez de toits pour mettre des murs entre tous les couples qui explosent, entre tous ces célibataires qui vieillissent chaque jour un peu moins capables de partager le modèle de leurs parents ?
C’est comme le reste, on sait que non, mais qui vivra verra, les enfants seront vite grands. Pour ce qui est de nous, tant que la musique habille les jours, on se verrait bien en Inde ; tant que l’assiette est pleine, on peut même s’envisager dépossédés de tout ce qu’on n’aura pas…
Bouteille n°32
Symbole de ce qui m’arrive tout le temps sans que ce soit ce que j’attende vraiment, je renouvelle la réservation de coïncidences. com comme on allume une bougie dans une église, comme on renouvelle une concession pour la vie, comme on jette son dernier jeton du jour sur le rouge.
J’aime les mots, alors quand on a pu déposer des noms de domaine, je n’ai pas résisté. Aujourd’hui seuls les meilleurs passent encore le cap du renouvellement avec de l’argent que je n’ai pas.
A vouloir courser trop d’idées, ne suis-je pas en train de me fabriquer ma plage de Normandie à moi tout seul ?
Un obstacle toujours plus infranchissable se protégeant de mes tentatives à le vaincre, dont l’efficacité à se défendre se nourrirait de mon énergie à le traverser.
Un fight club sur mesure rien que pour moi, une corvée dont je serais la victime, et le sergent bourreau à la fois ?
Allo ? Psy.com je vous prie…
Combien ? On va se débrouiller solo…
Bouteille N°33
« Dites 33 »
« 33 »
« Ca ira, bon pour le service… »
D’abord ce sont les factures de soins de santé auxquelles les pauvres renoncent, ensuite c’est la bouffe. La télé vient en dernière position, après la voiture.
Oublier sa vie devant celle des autres est l’auto-médication la plus pratiquée.
Avaler des clichés codés, nourrir le goût de l’envie le temps d’une page de pub, puis s’amnésier dans un déluge d’images en traversant une histoire de plusieurs mois ramassée en une heure, un destin tragique consolant toujours de la banalité confortable de celui que l’on traîne soi-même de l’autre côté de l’écran.
« Tu sors Médor ?, N’oublie pas de lui mettre la couverture ! ».
La phrase qui ponctue la fin du film, soir après soir.
On a prouvé que la vie affective était garante d'une bonne santé, les câlins stimulant le système immunitaire. Même un chien fait la différence.
C’est ce qui fait que tant de vieilles ont leur chien, pas la peur des loubards non, juste un besoin de câlins.
Sur Internet, c’est criant, le nombre de copines qui cherchent le prince charmant et sont en fait en train de se dessécher à dormir seules.
Le gamin ou la petite compense un temps ce désert en venant rejoindre sa maman nuitamment, mais les enfants grandissent, les mamans dorment de plus en plus souvent seules…
L’ami-amant trouve sa princesse, et c’est la solitude qui ramasse le tapis.
Des hommes sont dans la même situation, mais un homme affiche sa faiblesse dans cette position, et les femmes ne sont pas séduites par les faibles.
Alors elles se percutent le fantasme sur des types qui n’ont pas « besoin », et qui brillent de toute leur indifférence.
Ils ne le sont jamais, c’est juste une impression qui laissent à la femme l’idée qu’elle choisit encore, alors qu’elle choisit chaque nuit un peu moins.
Dictature de la peau, l’hydratation à coup de crème n’y change rien, même après la piscine ou une nuit de danse, la peau réclame une sœur.
Bouteille N°34
« Dites 33. »
« 34 »
« Hmmm, ça ira quand même, bon pour le service… ! »
Quand tu achètes une voiture, tu signes plein de papiers qui te donnent l’air d’être soudain important, et d’exister dans cette société de brutes.
Tu sors du garage au volant de ta nouvelle Mustang, et tu te sens vivre, exister.
D’ailleurs les autres font soudain attention. Les piétons qui ne s’écartaient pas s’écartent, les autres voitures soudain te voient et ne te passent plus sous le nez que de la droite.
Un coup d’accélérateur te rappelle que la puissance t’obéit, et le con lambda se confond vite avec la puissance qu’il a sous le capot.
Le con lambda passera son dimanche à caresser sa carrosserie comme sa femme prend soin de sa peau.
Quand on achète une voiture neuve, on s’engage à la mettre à l’entretien selon le diktat du carnet d’entretien. Si tu ne respectes pas les échéances, ta garantie saute.
Prévenir vaut mieux que guérir dit-on.
Sauf quand il s’agit de nous-mêmes.
Nous sommes productifs tant que nous fonctionnons, puis nous tombons malades.
Imaginez qu’on roule jusqu’à la panne, chaque fois.
Et bien c’est ce que nous faisons avec nous-mêmes.
L’avantage ? Pour l’économie pharmaceutique seulement.
L’industrie pharmaceutique fait des recherches pour développer de nouveaux médicaments.
Il faut que suffisamment de gens en aient besoin pour amortir la recherche, et engranger les bénéfices qui donnent le goût, le sens, l’intérêt aux investisseurs d’encore jouer à cette table-là.
Donc une médecine préventive, c’est comme un pare-choc mou indéformable : une idée tellement bonne qu’elle est dangereuse pour l’économie, celle qui repose sur la fabrication et le remplacement des pare-chocs en plastique explosés au premier « flirt »...
« dites 33 »
«35 »
« hmmmm, vous êtes en règle de mutuelle… ? »
Bouteille N°000000
Je suis mort de froid
Je suis mort de faim
Et parfois même d’effroi
Je suis mort pour rien
Je suis mort en roi
Je suis mort en chien
Je suis mort d’oubli
Je suis aussi mort d’ennui
Refrain
Mais d’amour mais d’amour mais d’amour
………………………………….Jamais.
Je suis mort à la guerre
En cadence 6 pieds sous terre
Naufragé perdu en mer
Dos au mur pour des chimères
Je suis mort courageux
Je suis mort en lépreux
Je suis mort par hasard
Je suis même mort sans l’savoir
Refrain
Mais d’amour mon amour mais d’amour
………………………………….Jamais.
Je suis mort au soleil
Et je suis mort sous la lune
Je suis mort dans les dunes
Et souvent même pour des prunes
Je suis mort d’impatience
D’inconscience ou manque de chance
Par troupeaux entre 2 danses
Je suis même mort pour la science
Refrain
Mais d’amour mon amour mais d’amour
mon amour Mais d’amour mais d’amour
………………………………….Jamais.
Je suis mort sans les fleurs
Sans amis sans patrie
Je suis mort comme on naît
Nu fripé et déjà laid
Je suis mort comme les anges
Comme une vérité qu’on tait
Dans le silence intense
De ceux que ça arrangeait
Refrain
Mais d’amour mon amour mais d’amour
mon amour Mais d’amour mais d’amour
………………………………….Jamais.
Je suis mort de me pendre
Mon regard pour seule branche
Je suis mort entouré
Quand je voulais mourir seul
Je suis mort sans linceul
Sous un arbre comme on cueille
Un nouveau fruit défendu
Un nouveau malentendu
Refrain
Mais d’amour mon amour mais d’amour
mon amour Mais d’amour mais d’amour
………………………………….Jamais.
Je veux bien encore mourir
Mais qu’alors ce soit de rire
Dans un saut, du plus haut,
Dans un ciel sans un nuage
En mourir, de plaisir
Dans la conscience du très haut
Mettre les compteurs à zéro
Dire merci, puis revenir
Refrain :
A la vie mon amour, à la vie
…………. A la vie et à jamais.
Bouteille N°35
Un janvier de plus sans lumière à l’horloge de la dépression, saison des suicides aux raisons assassines, les sensibles pleurent le printemps, les plus fragiles en oublient de l’attendre.
La Belgique rivalise chaque année avec les pays nordiques pour rester dans le top 3 des pays les plus suicidaires.
Ce serait une question de déficit de lumière en hiver.
Et éclairer les autoroutes avec la production nocturne des centrales nucléaires n’y change rien :
En hiver, on devrait dormir plus, tout simplement.
On peut rêver la lumière qui nous manque, et gérer les conséquences de ce déficit à l’économie, au fond d’une couette au coin du feu.
Avons-nous seulement encore conscience de ça ?
Bouteille n°36
Sms de Pierre : « mes chers amis, j’ai une terrible nouvelle : notre frère Vincent est mort brutalement la nuit dernière, profonde tristesse… ».
Pierre fait beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses.
Donc, il connaît plein plein de gens.
Donc, quand il faut relayer une nouvelle au plus grand nombre, c’est encore Pierre qui s’en charge.
Un sms de Pierre, c’est simple, c’est une fois sur deux « mes chers amis, j’ai une terrible nouvelle… ». Pendant 2 secondes, ton cœur suspend son battement, tu as peur du nom qui va apparaître, tu sais juste dans un sursaut de conscience que ce n’est pas toi, mais qui ?
Jusqu’à présent, ça touche des gens que je n’avais pas vus depuis longtemps, quand je me souvenais d’eux.
Sauf une fois.
Cette nuit-là, en me couchant vers les 2h30 du matin, m'en sommeillant doucement comme on dépose un bébé dans un premier bain, j’entends soudain quelqu’un hurler !
C’est un homme, il hurle d’un cri qui dit « pas maintenant, non pas moi ! ».
Je suis rassis sur mon lit le temps de réaliser ce que je viens d’entendre, et c’en est d’autant plus effrayant que je réalise que je ne l’ai pas entendu de mes oreilles, mais dans mon sommeil, et la certitude tombe soudain que quelqu’un vient de mourir, quelqu’un que je connais sans doute, et qu’il n’était pas d’accord.
Je lui « pense » très sincèrement de se calmer, et arrive à me recoucher avec la conviction de ne rien pouvoir faire, que d’attendre demain une bien triste nouvelle.
Le lendemain j’en parle à Hana dès le premier café, et c’est Anne notre amie voisine qui débarque la tête toute retournée : elle vient d’apprendre la mort d’un ami.
Bertrand, psychologue…
Je ne me connais pas de Bertrand psychologue dans mes relations, je me dis que le message d’entre-deux-mondes était puissant, et qu’adressé à Anne, il a traversé le mur et l’étage qui séparent nos chambres.
L’après-midi, sms de Pierre : « mes chers amis, j’ai une terrible nouvelle : notre frère Bertrand Cush est décédé la nuit dernière d’un arrêt du cœur, profonde tristesse… ».
Bertrand… oh non, pas LE Cushe !
C’est vrai il était en psycho, on a trop fait la fête à l’unif que pour la prolonger dans la vie, en attendant de se revoir un jour, je ne le reverrai plus.
Anne et moi avions un ami commun sans le savoir, car il était bien difficile de ne pas se lier d’amitié avec Bertrand.
Bertrand est mort à l’hôpital vers 2h30 des suites d’une opération…
Alors j’ai pris les devants, j’ai passé commande, j’ai choisi les mots.
“Salut Pierre,
Mes condoléances pour Vincent que je ne connaissais pas, on n’aura pas pris le temps.
J’en profite pour te demander quelque chose me concernant. Très sérieusement: Quand ce sera mon tour (cool, je vais bien), mais quand ce sera mon tour quand même, s’il te plaît, que le message commence par «Il voulait que je vous l’annonce comme une bonne nouvelle, Jean-Pascal s’est envolé...».
Merci 1000X d’avance.
Je compte sur toi.
(Mais on va prendre le temps, un max, le gsm sera devenu télépathique, ou y’en aura plus du tout... qui sait?)
Prends soin de toi
Jp”
Pierre a bien reçu le message, il m’a promis.
Bouteille n°37
La lune se gonfle aujourd’hui comme un ballon, une fois de plus.
Elle n’éclate jamais, elle se contente de respirer à un rythme pratiquement constant, de la pleine lumière au noir complet.
La lune nous a toujours influencés, mais son rythme est trop lent pour l’industrialisation qui s’accélère, alors on oublie la lune.
La lune était un partenaire gratuit pour le fermier, pour le pêcheur, elle a fait la différence entre une fin d’hiver rassurante, et la famine.
La taille des filets, des bateaux, des tracteurs, l’emploi d’engrais ont relégué l’influence de la lune au rang de superstition, au plus grand profit de ceux qui prétendent en remplacer les bienfaits.
Prouve que tes tomates poussent mieux en respectant les rythmes lunaires, et tu passes pour le « doux ». Ca fait sourire, puis on oublie.
Pourtant, la lune conditionne notre humeur, notre sommeil, mais cela aussi est nié.
Certains vous diront que les nuits de pleine lune sont particulières d’agitation dans les hôpitaux psychiatriques comme dans les commissariats.
Mais comme tout le monde s’en fout, rien n’est prouvé.
« Quoi ? Tu parles de la Lune ? T’es une gonzesse ou quoi ? »
Bin oui, aussi.
A hauteur de 49% environ, je suis féminin. Et la brute qui me traite de gonzesse noyé dans sa toison de mâle brut l’est aussi, peut-être à hauteur de 48,7% seulement, mais pas moins.
Donc venir dire que la lune est une histoire de gonzesse, c’est une connerie de gros con de mâle.
Faut pas lui en vouloir, faut juste le savoir.
Nous sommes tous des machines hormonales, et si les hormones s’agitent plus visiblement chez la femme, elles n’épargnent pas son mec.
La lune appartient à notre environnement naturel, et la nature nous est offerte gratuitement depuis la nuit de nos temps.
Le capitalisme consumériste n’aime pas la nature, sauf quand il peut l’exploiter.
La lune existe donc quand il s’agit d’y envoyer une navette spatiale, ou d’y installer une base de départ vers d’autres mondes.
Mais de la terre, la lune ne rapporte rien aux rentiers, ses bienfaits ne peuvent être rentabilisés que par l’individu en ligne droite, sans que la droite puisse la taxer.
Alors je me fais traiter de gonzesse chaque fois que je défends l’importance qu’il faut accorder à la lune, chaque fois que je rappelle qu’elle s’arrondit, et que le point culminant approche.
Les filles me disent merci, quelques hommes aussi, car bien heureusement, je ne suis pas le seul mec à rester conscient de mon presque demi-féminin.
La dualité masculin-féminin semble plus rentable politiquement et économiquement que sa complétude. Diviser pour mieux régner. Trop connu.
Quand les femmes cesseront de revendiquer l’égalité pour la complétude, quand elles revendiqueront leur 49% de masculin, au lieu de s’y opposer, elles seront enfin plus fines que les hommes qui nient leur part de féminité.
Hope
Hope
Hope…
La lune s’arrondit au fil de mes lignes, tel un porte-voix de nos pensées, elle se remplit de nos rêves d’amour et de nos sueurs de haine pour mieux nous les rendre à mesure qu’elle se dégonflera dans les prochains jours.
Elle nous apprend cycle après cycle, doucement, à entretenir notre zenitude.
« Encore une histoire de gonzesse ? »
Sans doute, mais je préfère les histoires de gonzesses aux suffisances de ceux qui ne s’assument pas, un homme qui ne reconnaît pas sa part de féminité n’est pas un homme, juste quelqu’un d’incomplet dans la perception qu’il a de lui-même…
« Alors ce match ? Qui gagne ? Une bière les gars ? »
Bouteille N°37.2
Le matin ?
Mieux vaut être solidement con, que psychologiquement faible…
Bouteille N°38
Je suis un jaloux possessif qui se soigne. C’est naturel d’être animé de pulsions de jalousie et de possessivité, mais c’est stupide de les laisser prendre le pouvoir.
Un peu comme le sentiment amoureux, l’ivresse de la vitesse, celle de la colère, de la fatigue, ou celle de la vodka.
Je suis pratiquement plus jaloux des belles idées que je n’ai pas osées, que des moyens mis à la disposition de celles que les imaginations mortes m’ont volées.
Des fous ont mis un site en ligne permettant d’adopter des mots.
Des centaines de néologismes plus savoureux les uns que les autres attendent leurs parrains et marraines
sur http://www.savethewords.org/.
J’ai beaucoup hésité sur le petit à sauver de l’oubli.
Puis, nous nous sommes reconnus.
Comme moi, il n’était pas le plus beau, comme moi, il transpire la révolte sèche, comme moi, il est obtus dans ce qu’il affirme.
Oserais-je dire que nous avons tellement raison tous les deux ? Je l’ai adopté, je vais devoir le faire vivre, et tel que je m’y suis engagé dans le formulaire d’adoption, l’utiliser et en promouvoir l’usage jusqu’à lui obtenir le statut de mot reconnu et respecté pour ce qu’il dit.
Combien serons-nous de parrains et marraines ?
Sur Google, 520 occurrences en anglais, 2 en français, notre mot existe, mais il a encore du chemin à parcourir jusqu’à son entrée dans le dictionnaire, le but à atteindre.
Autant je me fous de voir un jour Simon entrer à l’université, même si je lui souhaite d’avoir le goût d’y faire autre chose que la fête, autant je souhaite ardemment voir ce mot au dico.
« Et alors mon bon monsieur, encore papa ? Comment allez-vous l’appeler? »
« Modernicide ! »
« Ah bon ? Heuu… râpé le gruyère ? »
Bouteille N°39
Ce que l’on fait des mots est souvent assez hallucinant.
« Toujours » n’a rien d’éternel, ça veut juste dire « tous les jours ». Mais quand on limite l’idée de l’existence à celle du temps de vie, les deux sont confondus.
Prenez le mot « exécuter ».
Comment peut-on utiliser ce terme pour parler d’une œuvre, et d’un homme, dans les mêmes lettres ?
Le mot « survie ».
Quand il s’agit de désigner en fait un état de « sous-vie »…
Le mot « sécurité » quand il rime avec l’idée que les armes sont nécessaires…
Alors je passe mon temps à vérifier si on ne fait pas dire aux mots l’inverse du sens qu’ils sont censés porter. La moisson est quotidienne, nourrissant cette colère qui m’habite quand on me prend pour un con.
« Libération », parlons-en avec les Irakiens…
« Pauvre », alors que les plus belles leçons de vie que je tire de la mienne n’étaient possibles qu’en vivant cet état, que je ne quitte pas sans doute par peur de devenir riche…
« Riche », alors que mes amis les plus riches s’appauvrissent d’eux-mêmes d’année en année…
« Actionnaire », quand seuls les autres travaillent…
« Entreprendre », entre prendre ? Prendre entre…
« Aimer », tel un aimant, attirer et l’être, alors que l’amour se doit d’être libre pour être…
Bouteille n°40
La crise file son fil au fil des jours.
Nous n’en sommes même plus aux querelles d’experts, ceux d’hier sont totalement décrédibilisés, et ceux de demain n’ont toujours pas droit au chapitre.
Les mêmes journalistes constatent, les mêmes politiques tournent autour des questions dans des réponses plombées malgré le goût de miel qu’elles voudraient inspirer.
Ça sent juste le soufre, l’incompétence, le principe de Peter prenant tout le monde de vitesse.
Un peuple de taupes surprises par le coup de bulldozer.
Et le bull ne fait encore que sortir du camion, là nous n’en subissons que les premières vibrations. Après, on sait que le bull va passer la clôture.
Mais tant que la clôture n’a pas lâché, faisons confiance aux banques.
Alors les taupes tapent tout ce qu’elles ont de leurs réserves imaginaires, endettant jusqu’à leurs futurs arrière-petits-enfants, pour renforcer les piquets de la clôture, taux d’intérêt à zéro.
Le pilote du bull casse la croûte, le moteur allumé, les galeries tombent par plafonds entiers, les journaux recensent les licenciements dans une surprise qui continue à jouer la comédie rassurante qui veut qu’une crise a une fin, et que tout ce qui arrive ne peut qu’être surprenant ; la crise rime avec surprise imprévisible à durée de vie d’autant plus courte que c’est vachement surprenant, tous ces emplois qui tombent par grappes, par vignobles entiers.
Le journaliste aventurier ose une surprise de plus en s’étonnant des bénéfices réalisés encore le trimestre dernier, mais les entreprises savent, elles, déjà, que le carnet de commandes ne se remplit plus, que les voitures s’alignent par centaines de milliers sur des parkings de la taille de déserts, et qu’on ne va quand même pas payer des gens à ne rien faire avec le capital !
D’autres entreprises veulent continuer à y aller, elles sont la suite des réponses à des besoins, des emplois, du marché, mais elles n’ont pas profité des dernières décennies pour accumuler des bénéfices, c’est ce qu’on peut appeler la relève entrepreneuriale. L’économie devrait glisser là.
Les Etats injectent des milliards dans le poteau des banques, des milliards dans les entreprises géantes, on ne mise que sur ce qu’il y a de plus gros, et surtout, SURTOUT !, on se tait, on retient son souffle, on ne joue pas au malin à distraire qui que ce soit de la manoeuvre, comme si le doute à lui seul pouvait prolonger cette « crise ».
Ce qu’on a trouvé de plus dur dans toute la pâture, c’est effectivement les piquets qui tiennent la clôture, enfoncés à 50 centimètres, c’est du solide depuis longtemps.
La pâture, tout le monde y tient.
Surtout ceux qui ont creusé en hauteur sur la butte ! Jamais une inondation, exposition plein sud, et puis la proximité du bois qui leur donne de quoi manger sans bouger…
Moi je suis au milieu de la pâture, je n’ai pas toujours le soleil, je dois quand même bouger pour trouver chaque jour de quoi manger, mais je ne me plains pas.
Ceux qui sont à plaindre sont plus bas, dans une humidité permanente et la boue pour seul refuge.
En attendant, notre pilote de bull vient de s’allumer une clope, ça sent la manœuvre.
Il a déjà défoncé le sentier, toutes les galeries ont déjà souffert sur toute la surface de la pâture ; moi-même, plus aucun de nous ne peut dire ce qu’il fera demain.
Je ne te dis pas la motivation pour aller bosser…
Le sens de l’avenir pour tous nos petiots taupoulliots et toutes nos petiotes taupoulliettes qui auront à vivre là-dedans, à la merci d’une chaîne de bull, et certains parlent même d’une grande bouche qui peut avaler toute la pâture d’un coup !
On irait bien dans la pâture d’à côté, mais elle a laissé de mauvais souvenirs aux anciens, et ceux de la-butte-au-soleil-à-côté-du-bois-qui-donne-à-manger-sans-bouger ne veulent absolument pas en entendre parler, même le Paute 16 les soutient.
Faut dire que dans la pâture d’à côté, ils ont voulu partager.
Il ne fallait pas courir partout pour trouver à manger, mais faire la queue.
Et celui qui n’était pas d’accord ne mangeait pas.
Et puis là, ils avaient aussi un bois, et une pelouse au soleil, mais tout le monde n’en profitait pas, seuls les chefs en profitaient.
Moi je suis parfois allé sur la pelouse au soleil, c’est cool.
Mais trop court. Très vite, il faut redescendre à regret.
Il y en a qui n’en descendent jamais.
D’autres qui ne savent même pas qu’elle existe, ceux de la boue, et ils sont beaucoup.
On sent bien que ceux de la butte ne veulent pas voir ceux de la boue venir leur crotter le soleil, alors il y en a une couche de comme moi, entre les deux camps.
Pour l’heure, je pense moins au soleil qu’au Bull.
Il vient d’hurler la puissance de son moteur, il semble affamé.
Il va commencer par traverser la boue, mais c’est toute la pâture qui va trembler, de moins en moins fort à mesure qu’on est haut sur la butte, proche du bois.
Et le bois, le Bull n’osera pas ; c’est la terre qu’il mange le Bull, pas les arbres.
Alors quoi? Creuser encore vers le bois les dernières minutes qu’il reste ?
Mais ça fait une vie que j’essaie de me rapprocher du bois ; c’est vrai, en voulant faire une galerie entre la butte et la boue, ça m’a ralenti.
Mais même en oubliant ceux de la boue, ai-je le temps de creuser suffisamment haut que pour m’abriter sous la butte ?
La pâture d’à côté, où on partage tout, ce n’était pas une si mauvaise idée finalement : on supprime la queue pour aller manger et on organise un tour de rôle pour profiter du soleil.
Et puis on ramène un peu de la terre de la butte vers la boue, pour l’assécher, ça évitera au Bull de venir là aussi…
Non ?
«Tais-toi ! Tu vas attirer l’attention du Bull ! Creuse …»
Bouteille N°41
Chez les Ledoux ? On est fous.
C’est inscrit tellement profond dans nos gênes que c’en est devenu notre nom de famille.
Mais des fous malins : pour donner l’impression d’avoir 7 gosses, mes parents ont commencé par leur donner des prénoms composés.
L’autre jour, je tombe sur un Jp ledoux sur facebook. Je vérifie que ce n’est pas moi-même dans une schizophrénie enfin mise à jour.
Mais non, le mec est au Canada, il a des dread locks jusqu’au cul, et renseignements pris, le Jp cache un Jean-Philippe.
Jean-Philippe Ledoux… Pas cool non plus hein ça Jean-Philippe ?
Je lui demande « tes parents sont profs ? »
Il me fait « comment t’as deviné ? »
Donc chez vous aussi au Canada, on enferme les fous dans les écoles pour toute leur vie ?
Faut reconnaître qu’être fou pour être prof, ça aide…
Avec tous ces enfants de gens normaux, toute la journée, qui ressemblent déjà à leurs parents dès la maternelle…
Tu me diras, Ledoux est quand même dilué dans l’apport de maman, mais maman, c’est Guillaume…
Pas beaucoup mieux hein… ?
Je te dis Guillaume, tu penses à quoi ? Le Conquérant ? Tell ?
Guillaume Tell et sa flèche dans la pomme sur la tête de son fils… tu le fais toi ? Sur la tête de ton fils ? Faut… un petit grain hein ?
Et le Conquérant, c’est de la mégalomanie pure ! Aujourd’hui, on les enferme des comme ça ! Ou on les élit, comme Sarko ou Berlussolini…
Enfin, nous les Ledoux-Guillaume, on ne nous a pas enfermés. A part à l’école, mais depuis les normaux nous laissent en liberté. Enfin, jusqu’à présent…
Ils se contentent de mettre leur doigt sur la tempe, discrètement, et s’éloignent, des fois que ce serait contagieux.
Alors les fous s’agitent entre eux…
Y’a pas de bibliothèque ? Quoi ? Y’a même pas une bibliothèque à Doische, petit village de 650 habitants entouré de prairies tachetées de vaches ?
A l’heure où les autres font la grasse matinée, profitant de leur pension et de leurs rhumatismes, le couple infernal Ledoux-Guillaume s’agite, et voilà que les rhumatismes n’ont plus d’excuses pour ne pas lire…
« Mais pourquoi veulent-ils absolument qu’on lise ? »
« Mais pour se rendre intéressant, allez, une chope ? »
Après avoir mis sur pied le syndicat d’initiative, le foyer culturel, une radio locale, l’exposition artisanale de la Pireuse, la bibliothèque communale, en plus de 4 gosses comme eux, 6 petits-enfants prometteurs, et une carrière de prof en double… un petit arbre généalogique ? Juste pour rire..
Histoire de remonter l’historique de notre folie…
Alors papa écume les bibliothèques du royaume sur les traces des ancêtres.
Maman ? Elle vise.
Après le macramé, le dessin, la peinture, elle a choisi l’aiguille.
Et elle martyrise pendant des heures des bouts de tissus qui étaient cools, ils ne demandaient rien ces bouts de tissus, et les voilà collés les uns aux autres bien rangés comme des élèves dans la norme.
Maman, elle rassemble symboliquement l’humanité à coups d’aiguille, elle recoud les bouts de la vie qui manquent de sens.
Y’en a qui se lèvent à six heures du matin pour prendre les poussières avant qu’elles se déposent, au moins, ça sert à quelque chose…
Mais Marie-Paule ? Elle coud. Puis elle surveille l’ordinateur, des fois qu’il tombe en panne…
Puis ce sont alors des bouts de photos qu’elle colle, accole et superpose sur son écran, moments de vie capturés par son photographe de mari qu’elle scrabooking entre culte du kitch et création artistique.
Pendant ce temps-là, Michel cultive ses approches.
Comme Marie-Paule a toujours été d’une jalousie possessive d’une grande efficacité, Michel n’a jamais rien osé approcher… Il se tenait à l’écart…
Mais là, il se rattrape, champion en titre de l’Approche, au club de golf de la base aérienne de Florennes.
Même avec quatre F 16 passant le mur du son en rase-motte au-dessus de lui, papa… dans un mouvement qui trouve son amplitude dans l’art de respirer plat, soigne son approche…
La mettre dans le trou l’intéresse moins, alors il tourne autour, il approche encore… Puis faut bien la mettre dedans !
C’est ce qu’il fait alors, à regret, comme meurt le désir soudain, pour aller approcher le trou suivant.
Mercredi, c’est Bruxelli…
Le mercredi, Michel et Marie-Paule montent à Bruxelles. Leurs enfants vivant une vie de fous, ils se joignent au vertige citadin.
Soudain, c’est cool Bruxelles, on se sent moins seuls, y’a tellement de cinglés.
Des qui roulent comme s’ils fuyaient les Allemands, on a beau leur dire que la guerre est finie, ils courent…
Des qui parlent tout seuls dans la rue, et que la police rhabille quand leurs fringues ne cachent plus ce que la vertu refuse de voir…
D’autres qui surchauffent leurs magasins en laissant la porte grande ouverte pour tiédir la rue.
Et d’autres encore qui s’entassent dans des manifestations dûment contrôlées, comme si une manif pouvait changer le monde.
Leur grand gamin de 43 ans qui continue à gerber le capitalisme tout en le vendant très cher dans des spots de pub tout brillants de promesses rarement tenues au regard des envies éveillées, ou simplement impayables.
Le second qui travaille comme un fou, comme si le monde ne tombait pas.
La troisième qui croit que l’homme peut encore changer.
Et le dernier qui a encore l’inconscience de faire un moutard en 2009…
Tous doux.
C’est dans les gênes, c’est dans le nom.
Mais ça conserve la folie.
Et puis si le monde était juste fou comme ce couple-là, je crois qu’on vivrait dans le plus grand asile du monde, mais qu’est-ce qu’on y vivrait bien.
Bouteille N°42
Je pense à Hana.
Il a fallu 3 ans, 30 ruptures, 8 hospitalisations, 4 internements et 18 tentatives de suicides pour que finalement je renonce à l’aimer moi-même.
J’étais fou d’elle.
Son côté borderline et mon complexe du sauveur nous offraient un mélange détonnant.50 51
Elle se suicidait dès que j’avais le dos tourné, alors je n’ai plus tourné le dos.
Mais ce face-à-face lui était pénible, alors elle a inventé une connerie par jour pour améliorer le quotidien, du pot de peinture sur la tronche des voisins trop joyeux 3 étages plus bas, à la sortie en rue en petite culotte pour voir si j’irais la rechercher.
Ghislaine, notre voisine de pallier n’en dormait plus, craignant une tentative de suicide au gaz qui ferait sauter tout l’immeuble.
Ceux du dessus avaient peur de la trouver un matin écrasée comme une tomate sur le trottoir, « pour les gosses, ce serait traumatisant, tu comprends ? »
Qu’elle se suicide, la belle affaire, mais pas n’importe comment !
Je l’ai laissée avec un type plus jeune, avec qui elle pourrait recommencer toutes ses conneries sans se donner l’impression de se répéter.
C’est beau l’amour, non ?
Aujourd’hui, on ne se voit plus, et ça va mieux merci.
Enfin, je crois...
Son métier ? Professeur bien sûr.
Bouteille N°43
Le grand avantage de n’en être nulle part dans sa vie, c’est qu’on peut tout remettre en question sans devoir bouger, puisqu’on n’est nulle part.
Je me mets une seconde à la place de Hitler quand il commence à comprendre qu’il perd la guerre.
A-t-il eu le temps de la remettre en question ? Pas la manière de la mener, mais les raisons qui la portaient ?
Plus tragiquement banal, le type qui se réveille à 40 ans dans la vie que ses parents lui souhaitaient a-t-il le temps de remettre tout à plat ?
Sa bagnole qui lui coûte un avion, sa femme qui l’emmerde, ses filles qui deviennent aussi chieuses que leur mère, et les collègues lourds, lourds les collègues…
Cette après-midi, j’ai assisté à une conversation entre deux cadres dans un ascenseur.
Le premier très inquiet de la nouvelle politique commerciale
Le second : « Franchement, je m’en fous »
Et puis les budgets de déplacement pour les formations par rapport à 1998
Le second : « oui, mais je m’en fous »
Et l’autre de continuer à propos du nombre de jours pour donner la formation
Le second : « je sais, je sais, mais je m’en fous »
En sortant, le second s’en foutait toujours ouvertement alors que l’autre n’avait toujours pas capté à quel point son collègue n’était déjà plus là.
Et dire que vous êtes encore si nombreux à vous lever tous les matins pour vivre ça…
Compassion. Beaucoup de compassion.
« Ho ! Notre monde tombe ! »
« Je m’en fous… »
Par les fenêtres dans mon toit battu par les vents mouillants, je vois les paquebots dégouliner de toutes leurs faces comme d’immenses bougies géantes. S’il pleut comme ça toute la nuit, les paquebots seront tout fondus au lever du jour.
Le cadre sera en train de se lever, je dormirai encore. Déjà dans son inquiétude, je serai encore dans mon rêve.
Il ne fera rien pour que je le rejoigne, je ne ferai rien pour qu’il ne me rejoigne pas.
Puis tous les cadres décadrés du monde se donneront la main pour que triomphe un lendemain qui chante.
Je n’avais pas encore pris conscience à quel point en étant nulle part, j’étais à la meilleure place finalement…
Ou le savais-je ? Il est toujours difficile de s’avouer le plus évident.
Bouteille N°44
Le papa de Cécile, la femme parfaite de Marjan, est mort hier.
Victorieux d’un cancer à coup de chimio auquel on adosse un bien nécessaire « thérapie », il a finalement perdu le combat au décompte des points. On ne sait toujours pas qui compte les points ni comment, ni qui joue l’arbitre et siffle la fin du match dans ce type de combat.
Le papa de Cécile s’envole en même temps qu’Eluana, une cendrillon italienne de 38 ans, morte après 17 années de coma ; cette immobilisation aussi artificielle qu’inhumaine ne l’ayant pas empêché de semer, autour de son cas devenu public, les germes de la révolte dans son Italie natale devenue durant son sommeil celle de Berlussolini.
Le papa de Cécile aura eu l’honneur de l’accompagner, et je leur souhaite le meilleur là-haut, le temps de revenir.
Le ciel pleure toujours ce matin dans le fracas des marteaux-piqueurs flamands, un mardi gris, comme il convient quand il faut préparer un enterrement.
Je n’ai jamais dû organiser d’enterrement. C’est sans doute la dernière chose à laquelle je tiens.
Courage Cécile, courage Marjan, je pense à vous très fort.
Bouteille N°45
J’ai pu payer le loyer hier, il reste 200€ pour tenir les vingt prochains jours, aucun studio à l’agenda, mes coups de gueule sur Facebook n’arrangent certainement rien à cet état de liberté sans moyens pour en profiter. Ni la Boue, ni la Butte, et le Bull poursuit sa route…
Reste le Forex, qui ne digère que très lentement les positions automatiques que je me suis aventuré à pronostiquer, toujours pour du beurre.
Encore une expression décalée, quand c’est pour du beurre, c’est qu’on n’en a justement pas à mettre sur la tartine.
Roseline, sur Facebook, me confirme que tout jeune déjà à l’école, j’étais un chieur.
Je prends le compliment tout entier, Roseline étant de droite, de cette droite laborieuse qui s’imagine que ce sont les plus pauvres qui ruinent son pouvoir d’achat, de cette droite qui en veut à ceux de la boue de la place qu’ils n’ont pas sur la butte…
Puis c’est Nath qui m’appelle : Nath est en charge de mon dossier chez Tirelire asbl, l’organisme qui facture pour moi mes « prestations artistiques », m’évitant un piégeur statut d’indépendant, et il manque des signatures qui nous garantissent à tous que je serai payé malgré une chute de météorites sur la terre.
« Pas grave, je prends le risque. »
« Non, moi pas, il faut respecter la procédure tu comprends… »
Non je ne comprends pas, mais le boulot de Nath, c’est de faire passer pour nécessaire ce que les 25.000 membres ne comprennent pas.
Quand je disais que la société nous recycle pour garantir un emploi à certains dans les méandres d’un 1984 administratif aussi taré qu’inutile… Je sais comment je perds mon après-midi, pour pas un radis, juste pour ceux qu’on me doit déjà.
Consolation : la signature manquante ne doit pas être authentifiée par un officier de l'État Civil assermenté, ni gravée dans l’argile, un mail est suffisant. Tiens ? Un mail vaut pour une signature ? Depuis quand ?
Depuis que Paypal nous permet de faire des paiements via une simple adresse email, et que ça fonctionne quand même…
En fait, seule l’écriture m’intéresse, m’enfoncer toujours un peu plus profond dans le fleuve des mots.
Je n’ai plus de shit, j’ai tiré le dernier bout de mon bout jusqu’à plus rien, et je me demande si j’arriverai à garder la distance sans...
« Espèce de drogué ! »
« Chacun la sienne… essaye de te passer de ta bagnole, de ton pognon, de tes antidépresseurs, de tes somnifères, du cadre de ton emploi qui pré définissent ta journée et ce que tu mets dedans, passe-toi de sport si bon pour la santé qu’il tue plus que le shit, oublie ta bouteille de pinard qui te rosit les joues soir après soir, renonce aux kilos que tu accumules sous ta peau quand ça crève de faim de l’autre côté du barbelé, et on en reparle… dans quelques mois… ça marche comme ça ? »
Le nombre de crétins qui peuvent faire la leçon apprise sans jamais la vérifier est directement dommageable à toute forme de communication, ce qui ne nous aide pas à grandir la démocratie, ni à sauver l'environnement.
Mais depuis qu’on enferme les fous dans les écoles, comment puis-je encore m’en étonner ?
Bouteille N°46
La lune m’éclaire à nouveau de sa face cabossée, s’éloignant comme à regret, imperceptiblement de un centimètre sur ces douze derniers mois.
Les « petites questions entre amis » m’apprennent que Vincenzo a répondu à une question me concernant.
Subtil le concept, si je vais voir maintenant, je sais qui est l’auteur inconnu de la dernière question. Donc à quoi a-t-il répondu ?
Vincenzo me prête une certaine classe.
C’est un pote, on ne va pas se fâcher hein ?
Mais 3 lignes plus bas, quelqu’un se verrait bien coincé avec moi dans un ascenseur…
C’est là qu’il faut à mon tour faire pipi dans la mer en répondant à quelques questions pour savoir qui se verrait bien me coincer sur le même mètre carré qu’elle.
Doriane. Doriane qui me pousse des plumes jour après pages depuis un mois, Doriane qui emplit de là-bas dans sa vie le vide qui pourrait vite pousser sur les contours de la place que j’ai faite pour ne pratiquement voir plus personne.
Doriane, démineuse d’écoles en panne le jour, muse dont je reste l’auteur virtuel nuit après nuit…
Ainsi, tu te retrouverais volontiers coincée dans un ascenseur avec moi...?
C’est dingue ce que les gens peuvent répondre parfois... Je t’imagine coincée dans un ascenseur avec ma représentation virtuelle, je squatterais un côté, ou les 6 faces, je pourrais regarder sous ta jupe en squattant le sol.
A moins que la représentation tienne de l’hologramme, et là, je me ferais tout petit, un centimètre, et je pourrais t’escalader.
Tu aurais tellement peur de m’écraser entre tes doigts que tu serais obligée de me laisser faire.
De toute façon, en passant à la taille du micron, tu ne m’attrapes plus, mais là je devrais escalader et descendre tous les replis de ta peau plus si lisse que ça, et affronter la faune microbienne qui squatte déjà le territoire.
Mais l’aventure vaut la peine, le triangle d’or m’appelant de tous tes poils pour y reprendre ma taille réelle, explosant ta petite culotte et tout le reste, puisque je me regonflerais sous tes vêtements...
Tu te taperais mon clone virtuel pendant que je suis tenu à l’écart? C’est un peu écoeurant non? Et ne sommes-nous pas déjà dans cette réalité...? Matrix est partout...
A la télé, un plateau de télébiles parlent d’Internet, s’inquiètent des dérives, attaquent Google, paranoïent benoîtement face à Facebook leur propre mauvaise conscience à assumer leur propre réseau se racrapotant sur la notion d’amitié, encore incapables de mesurer l’upgrade qui les attend, eux en première classe, pour ne pas être largués dans un train qui soudain va trop vite, transpirant leur peur d’être soudain, eux qui savaient tout avant tout le monde, les derniers à ne pas savoir…
Faire de la télé et prendre la mesure de ce que le web peut muer en l’homme, ça ne rentre pas dans les 24h00 que nous avons sur une journée pour devenir.
On ne peut pas être à la cour de Versailles et à la conquête de l’ouest dans la même tranche de vie.
La télévision n’est qu’un portail parmi d’autres, et elle a beau traiter le web comme un mal de société entre l’alcoolisme des jeunes et le masochisme, elle a beau avoir abruti deux générations, bien heureusement la télé n’est plus que la télé.
Bouteille N°48
Malgré le froid, le soleil rit splendide ce matin au cortège fort répétitif des informations qui roucoulent leur bégaiement à la radio.
Ce matin, c’est le gouverneur de la banque centrale qui nous rassure… ce n’est qu’une crise imprévisible, question de temps…
Ce qu’il m’inspire s’auto-tag dans mon premier réveil sur mon humeur Facebook, autant que tout le monde sache que la nuit n’a pas guéri ma colère :
« Heureux Amusement que nous ayons des spécialistes pour prévisionner «la crise»... Un spécialiste, ça peut se tromper combien de temps? »
Mais ça ne suffit pas, j’ai un goût de trop peu malgré le café à la dynamite que mon gamin s’emploie à me perfectionner depuis quelques matins, alors juste avant de le conduire à l’école, la voix encore brumeuse, j’y vais de ma petite question d’auditeur sur répondeur au secours de journalistes anesthésiés…
De retour de l‘école sur le trajet de laquelle Simon ne manque jamais de me coller sur l’économie, la philosophie, la psychologie, et ce matin sur les raisons pour lesquelles on ne change pas tout, tant qu’à faire… je retrouve la radio… passera, passera pas ?
Première question des auditeurs…
Yes, c’est ma voix brumeuse qui ouvre le bal :
« Bonjour bonjour, donc si je résume bien, quand les pauvres n’en sortent pas, c’est de leur responsabilité. Mais quand les riches trinquent, c’est la crise et il faut les aider.
Quand les spécialistes ne voient pas la crise arriver, ce n’était pas prévisible, mais quand d’autres hurlent à l’incendie, ce sont des gourous sans crédit. Combien de temps un spécialiste peut-il se tromper avant de changer d’idéologie ? Merci, bonne journée… »
Silence…
Le journaliste relance : « un mea culpa dans le chef des autorités est-il nécessaire ? ».
La réponse se tord en lieux communs, on fait ce qu’on peut pour réhabiliter la croissance, c’est la faute des Etats Unis, ce n’est pas notre faute… Pas un mot pour les pauvres spécialisés dans l’art de la pauvreté, bref, le jukebox est calé sur la même complainte.
Un autre auditeur rappelle que le Spécialiste-Gouverneur-de-la-Banque-Centrale gagne quand même 500.000€ par an ; il se défend en clamant qu’il a hérité du salaire de son prédécesseur, et n’a pas réclamé d’augmentation depuis 10 ans…
Mais quel geste fort! Quel argument ! Une petite pièce pour le Spécialiste-Gouverneur-de-la-Banque-Centrale m’sieur dame ! Il ne gagne que 3 fois ce que son homologue américain reçoit, mais les USA paient si mal les fonctionnaires… vous comprenez ?
Une auditrice parle de changer de modèle économique, dans le respect des hommes et de la nature, le Spécialiste-Gouverneur-de-la-Banque-Centrale retient qu’un nouveau modèle émergera sans doute pour relancer la croissance.
Ce type a 60 ans, et personne ne lui a dit que le principe d’une accélération sans fin était impossible.
A sa décharge, les enfants pauvres savent très vite que St-Nicolas n’existe pas, seuls les enfants de riches sont longtemps victimes de ce mythe.
Mais là, il serait quand même temps de leur dire que c’est une blague.
Peut-être refusent-ils cet état de fait comme Simon, qui veut encore y croire chaque année le temps de me passer commande.
Consolation : le mot « Poujadisme » semble être usé jusqu’à la corde, plus personne n’ose la mauvaise foi jusqu’à l’utiliser encore.
Nous vivrons donc d’espoirs mal placés, et de dettes garanties…
Bouteille N°49
Que disait Bossuet ?
« Dieu rit des gens qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes… »
L’explication est peut-être là… Dieu s’ennuyait, et là il a décidé de rire.
« Comment pourrions-nous faire rire Dieu sans Bulldozer ? » se demandèrent 3 taupes plus allumées que la moyenne…
« On garde les mêmes, et on recommence ! » dit l’une d’entre elles.
Et les deux autres d’applaudir cette idée pleine d’originalité…
Bouteille N° 50
Un air de jazz me nettoie le cœur jusqu’à l’âme, c’est du vieux jazz qui goûte la marmite sans amplis, de celui qui s’est trempé dans la grande crise du siècle passé et qu’une assiette de soupe arrosée de la bouteille suffit à nourrir. Pas ce jazz pointu qui se la pète sur des accords inexplorés, mental déconnecté de la souffrance et de la joie de vivre, mais de celui qui gonfle les joues, explose la misère du quotidien, et nous creuse le tunnel de la grande évasion…
La crise est l’Athanor où se forge le futur dès que le forgeron a les mains libres de créer, à condition que l’orfèvre devenu banquier lui laisse la place.
On pourrait isoler sur une île tous ces cerveaux de taupes au bronzage d’or, ils se feraient un capitalisme sur mesure rien que pour eux, nous laissant jazzer la vie sans leur idéologie génocidaire.
Mais nous sommes tellement de taupes sur cette terre, ne faut-il pas une bonne glaciation pour faire de la place ?
C’est ce que pensent entre eux ceux de la Butte-au-soleil-près-du-bois-qui-donne-à manger-sans-se-bouger. C’est le grand tabou de ce début de siècle, on évoque à peine la bombe à retardement que représente la croissance démographique, chacun attendant qu’elle explose, que l’autre soit nettoyé de la surface de la prairie pour prendre sa place.
« Tu comprends, faut sauver la planète… »
Les violons ont pris la suite du jazz, de ces cordes qui pleurent sans fin sur les images de l’holocauste depuis 60 ans…
« Ne pas oublier surtout, ne pas oublier… »
Bouteille N°51
Pendant ce temps, tel un serpent indifférent au désert qu’il traverse, le Forex aligne des hauts compensant des bas, pour aussitôt compenser ces mêmes hauts par d’autres bas eux-mêmes inspirateurs de nouvelles hausses prélude à de futures baisses, brassant son lot de gagnants et de baisés.
A la hausse comme à la baisse, le trader inspiré fera son blé aussi sûrement que le serpent traverse le désert, sans devoir se protéger à l’ombre d’un emploi productif.
Ma nouvelle stratégie s’inspire de cette philosophie du minimum au mieux, et je laisse le cours de l’or et de la paire US/dollar engranger des bénéfices que mon indifférence s’applique à ignorer tel un pêcheur d’écrevisses qui prend tout son temps pour relever le filet.
Comme pour un pommier au sommet d’une pente, je refuse de risquer ma peau sur une échelle, je laisse les fruits tomber et rouler jusqu’à mon solde…
120% de croissance si je liquide, le double dans la balance.
Les dettes s’accumulent, l’ennemi surgit de toute part, et j’ai beau économiser les cartouches, viser la tête et ne tirer qu’à coup sûr, les factures s’écrasent dans ma boîte tels des Zéros japonais à court d’essence.
Parmi elles, la promesse de mes congés payés quand j’aurai rempli les documents justifiant l’emploi d’une Nath appliquant les procédures, formulaires, signatures certifiées par ma banque, bref l’inutile 1984 administratif du jour.
Mes congés payés ont été adjugés pour la valeur de 1.000€ cette année, et c’est précisément le montant virtuel que je viens de doubler en 8 jours.
Les congés payés sont tombés en mai l’an dernier, et les voilà déjà en février pour cette année ?
Faut dire qu’avec tous ceux qui ont perdu leur emploi, ou à la bourse, on gagne du temps comme on peut sur la fronde qui se prépare…
Avant, on disait « tu pars où en vacances cette année ? »
Puis c’est devenu « tu pars en vacances cette année ? »
On en est à « tu prends des vacances cette année ? »
Moi cette année, je vais au Forex, et toi ?
Bouteille N°52
Est-ce parce qu’il pleut beaucoup en Belgique que les politiciens se prennent pour des parapluies ?
Je les aime bien les politiciens.
Ça ne se voit pas, ne se lit pas quand je les allume, mais il y a un noyau commun chez eux dont je me sens proche.
On ne peut pas aller vers les gens, porteur d’un projet, même quand il est appris par cœur dans un programme défini par le parti, sans avoir une envie d’améliorer les choses.
Du moins au début.
Après, ils font, pour la plupart, comme tout le monde : ils sauvent leur peau, protègent leurs rejetons de là où ils sont, avec ce que la vie leur permet.
Hier, mon ami Moktar est venu manger.
Moktar est l’ami fidèle. Gardien de parc dans notre vert coin de ville, Moktar vit la frustration de n’être pas rentier, plus encore pour la reconnaissance sociale qu’il prête à ce statut qu’au confort supposé.
Issu de la « seconde génération immigrée », un paquebot rempli de pauvres venu du Sud s’échouer il y a 40 ans dans notre Nord d’apparence prospère, Moktar vit toujours chez ses parents, qui pour leur part, sont restés calés entre leurs murs depuis leur naufrage ici.
Il a pu se hisser hors de la rue, passage obligé par le trottoir où ça trafique, le voilà au vert.
Mais pas celui du dollar.
Alors Moktar tempête, « J’en ai marre d’être un esclave !
- Mais tu n’es pas un esclave Moktar
- Mais si, on doit toujours dépendre de quelqu’un, je veux être libre !
- Mais tu es libre…
- Non, pas sans pognon !
- Tu confonds liberté et confort.
- Mais c’est quoi la liberté si c’est sans confort ?
- C’est la vie Moktar, la vie est belle, mais elle n’a rien de confortable. »
Dans la rue marchant en direction du Bazaar pour entendre le concert de Vincenzo, Moktar tempête toujours, réclamant que je lui reconnaisse le statut d’esclave.
Dans la rue, des bandes de types de sa tribu, qui suivent le débat en souriant.
Alors je sors de mes gonds :
« Moktar. As-tu des chaînes aux pieds ? Es-tu une prise de guerre à qui on a épargné la mort pour qu’il serve le vainqueur ? As-tu le droit d’aller et venir ?
-Mais oui, mais pour quoi faire si j’ai pas de tunes ?
- Ce n’est pas ça être esclave Moktar, c’est être pauvre ! Et encore, sais-tu qu’en Belgique, les plus pauvres avec le chômage sont encore parmi les 12% les plus riches de la planète? Tu dirais quoi si tu étais dans le dernier tiers ? Un esclave reçoit de quoi manger, un très pauvre même libre ne mange pas à sa faim et voit ses enfants crever ! ».
Mais Moktar n’a pas d’enfants…
J’ai repensé à cette conversation, et je me demande si Moktar n’a pas raison finalement.
Il n’est pas un esclave dans la mesure où il peut s’évader sans crainte de poursuite de son protecteur, mais c’est vrai qu’il dépend d’une administration communale dans son emploi, donc du politique, donc de quelqu’un.
Quant à sortir de ce système de protection, de cette pyramide de parapluies se protégeant les uns les autres dans une multitude de cascades, il faut c’est vrai du pognon, le Sésame qui semble ouvrir toutes les portes.
Les riches vous tairont qu’il n’ouvre pas forcément celle de l’intelligence, et qu’ils se sentiront pour toujours pauvres en regardant leurs enfants trop gâtés grandir sans conscience pleine de leur « chance », abrutis de confort depuis le berceau.
Ils vous tairont que l’argent n’ouvre pas les cœurs les plus purs, ni n’embellit le rapport humain.
Les riches vous tairont qu’à vivre au soleil, la vie s’appauvrit de sa part de surprise, et que si le pognon permet d’éviter le tirage au sort pour aller à la guerre, il est des guerres à mener sans les choisir qui forgent l’homme, dont ils ont été privés…
Encore un peu de gâteau mon chéri… ?
Et les riches qui pourront le taire sont encore riches de le savoir, quant aux autres…
Bouteille N°53
Tel un vaisseau spatial de retour les pieds vers la terre, à défaut de les avoir dessus, fonçant droit sur notre caillou dans une accélération qui lui arrache les tôles par compartiments entiers, le système capitaliste brûle notre atmosphère dans une gerbes d’étincelles visibles du monde entier, le vaisseau se consume, les commentateurs constatant minute après minute l’évolution catastrophique de ce qu’ils ont sous les yeux, au-dessus d’eux.
De jour en jour, les initiés rentrent la tête dans les épaules un peu plus profondes, eux qui avaient droit aux caméras hier pour roucouler leur science confiante dans ce navire sans rivaux, ils rasent les murs évitant autant que faire se peut les micros. Ils étaient tellement d’initiés confiants qu’il en reste encore une brochette pour faire semblant, piégés sur les plateaux télés.
L’or vient de prendre 20% en 3 mois, 5% en une semaine, les riches commandent en urgence les coffres-forts et des chambres blindées pour protéger la seule monnaie dont la valeur grimpe, la seule qui la gardera pour ce qu’elle garantit d’être : rare.
La monnaie papier n’ayant de valeur que trempée dans la baignoire de confiance que l’on prête au pays qui la produit, à sa situation économique, à l’évolution de ce qu’il produit, vend et n’importe pas…, chacun se refuse aujourd’hui à regarder l’absence de tuyau derrière le robinet, sans préjuger du niveau actuel de confiance, un simple regard sur celui-ci le faisant automatiquement tomber, aussi sûrement que parler du suicide à la radio est le message que certains suicidaires interprètent tel un signal leur étant prédestiné pour passer à l’action.
Le bœuf trace son sillon en ligne droite.
Le gouffre se rapproche.
Il ne serait pas si prêt.
Les débats se déchaînent sur la proximité du gouffre, le moyen de le passer.
Des ailes à un boeuf ?
Un pont détruit à mesure que la charrue le traverse ?
Et l’humanité qui suit le bœuf ?
Silence.
Personne, ou si mal entendu, pour proposer de faire demi-tour vers un concept tellement évident : la croissance zéro.
Bouteille sang de boeuf N°54
Il s’appelle Marcel, en hommage au vieux Marcel qui est mort la semaine avant sa naissance.
Marcel est aujourd’hui fort de 800 kg, et ira montrer son cul à la foire de Libramont, la Mecque annuelle des agriculteurs.
Les agriculteurs, c’est une tribu.
Ils se disputent un sentier depuis 3 générations, se contrôlent les uns les autres, rivalisent de puissance à l’achat de chaque nouveau tracteur. Les agriculteurs se lèvent tôt pour additionner les Marcel, et tous les dimanches comptent les points de cette compétition en attendant le retour de leurs pigeons « Au champ », le café du René.
Enfin, quand j’étais petit dans mon village, on ne disait pas « l’agriculteur » mais le « fermier ».
« El’ cinsî » s’il avait un petit tracteur, et pas beaucoup de Marcel.
Va dire à un fermier que les pets de ses cochons font des trous dans l’atmosphère…
Vas-y, j’te r’garde..
Va lui dire, que les nappes phréatiques ne supportent pas son fumier enrichi sur son champ.
Profite pour lui parler des 7 calories végétales qu’il faut pour fabriquer une calorie animale, et tant qu’à être dans le sujet, de l’impact de son dernier achat de nourriture pour bétail sur le cours de céréales et des 20.000 morts quotidiens, de faim, que ça provoque en bout de chaîne.
Paradoxal quand même de mettre un type, qui fait son maximum dès le matin pour produire un maximum de viande, dans la chaîne de responsabilités qui signe la faim dans le monde.
Marcel a reçu des médicaments pour le constiper un peu, autant qu’il reste propre pendant que la foule se presse devant tous ces culs de boeufs plus bleu-blanc-belge que ça tu meurs.
Marcel ? Des hormones ?
« Ah ! On ne l’a jamais vu se piquer… ! » Quand on voit ce que les Marcel humains s’injectent, sait-on jamais…
Quand j’étais petit, le village était mon monde à découvrir, chaque ferme un pays, l’au-delà des champs, l’espace…
Quand j’étais petit, un camion me réveillait chaque matin vers 5h30 pour charger les cruches pleines de la moisson laitière du jour de mon voisin Alain.
Puis je me rendormais. Je savais que pour avoir du lait dans mon bol 2 heures plus tard, de l’autre côté de la rue, il fallait qu’il passe par le camion. C’était normal, qu’aurait fait le camionneur de sa nuit sinon ?
Marcel a reçu la médaille de bronze du « Plus beau Cul Brabant 2009 ». Et son agriculteur une bonne bouteille pour fêter ça.
Il est content, il essayera de faire mieux la prochaine fois.
Hier j’ai mangé un peu de Marcel, je n’ai pas vraiment fait attention mais quand j’y repense, je crois bien que c’était lui.
Bobinot N°54 Prise 12, 7ieme, 587.555.879 ieme diffusion.
Après les fermiers, ce sont les radios qui ont choisi la monoculture intensive.
Un pacte de non agression, ou de répartition des besoins les a amenées à se spécialiser dans la patate « top 40 » ou dans le céleri « ici on rit ».
La tomate-souvenir se résume à la forme présumée la plus demandée, et la diversité disparaît, jusque des mémoires.
Comme si planter une ligne de jazz, quelques radis de classique, un chou d’accordéon sur la même longueur d’onde que le succès d’avant-hier avec l’inconnu d’aujourd’hui était automatiquement contre-productif, ou signera une déclaration de guerre avec les spécialistes de chaque genre.
La radio m’a fait autant rêver dans mon enfance qu’elle m’emmerde aujourd’hui.
A l’époque, il y avait 2 radios publiques, une sérieuse, et l’autre qui se voulait plus légère.
Il fallait plaire au plus grand monde, non pas pour gratter de l’audience sur une concurrence inexistante, mais simplement pour faire plaisir à tous, dans la mesure du possible.
La grand-mère entendait la même chanson que les deux générations qui la suivaient, la culture populaire avait un tronc commun fait de ces chansons que tous pouvaient fredonner pour les avoir entendues.
La programmation musicale était réfléchie, sentie et signée, elle était artisanale, du jour comme le bon lait.
L’hyper-spécialisation des stations de radio nous prive aujourd’hui de la surprise, de l’audace, et du goût.
La voilà informatisée, formatée avec une rigueur qu’aucune sensibilité humaine ne peut altérer. L’émotion de l’animateur ne peut plus être vécue, mais jouée par un homme en première ligne de ce flot, pour lui-même le premier, monotone.
Tous les jours se ressemblent, malgré les standards de Noël ressortis en décembre, et les mêmes succès d’été, été après été…
La bande-son du temps qui passe ne s’inspire pas du jour, elle se répète chaque jour de semaines en mois, décrochée d’un calendrier que la vie elle-même aurait oublié de marquer.
La radio nous dit que le temps ne compte pas, qu’on est bien, elle évite de surprendre pour mieux rassurer, elle flatte son propre vide pour au mieux nous éviter de penser, au pire nous éviter de zapper.
Elle nous fait l’article de la célébrité, du succès, du roi Pognon, elle nous infantilise en nous prenant pour des cons, nous façonne une fiction dès le matin qui banalisera les embouteillages dans un matraquage de pubs qui nous dit que nous sommes déjà en retard et qu’il est urgent d’aller bosser pour survivre dans la course au pouvoir d’achat …
Une fois en position de travail, une invitation à envoyer un SMS surfacturé se fait passer pour un jeu dont le seul enjeu est de répondre à une question à la portée de tous pour gagner le seul beau cadeau qui tombera fin de matinée, ou fin de semaine.
On est bien sur Radio Bonheur, mais vous serez encore mieux aux Îles Soleil, et Radio Bonheur vous offre le voyage.
Le Lotto, c’est tous les jours l’idée de la porte vers une liberté qui laisse sous-entendre que nous sommes tous emprisonnés, et qu’il n’y a rien à faire d’autre que de bosser entre 2 chances de gagner le précieux billet pour l'Île sans soucis.
« Ici Londres…. Les Français parlent aux Français… ».
Ils savaient faire de la radio utile en ce temps-là…
Alors je me tais, c’est peut-être le meilleur moyen d’être entendu… quoique…
Bouteille N°-120.000 - Silence N°4
De la grotte à l’appart…
Qui n’a jamais mis les pieds dans une grotte sans avoir une pensée pour nos ancêtres qui y trouvèrent refuge pendant des millions d’années… ?
Les pauvres, ils devaient souffrir le froid, l’humidité et l’absence de lumière.
Pourtant, il suffit d’imaginer une tempête de neige au-dehors pour la trouver presque chaude, accueillante, salvatrice.
Les lueurs d’un feu dansant sur ses parois furent un spectacle permanent stimulant l’imagination pour une collectivité qui dut apprendre là à partager l’espace.
Plus facile à défendre que n’importe quel autre habitat, elle est la première esquisse des châteaux-forts qui seront plus tard construits, aussi sombres, aussi humides et aussi froids.
La grotte présente naturellement les formes du ventre maternel, les rondeurs l’emportent, la ligne droite et le coin n’existent pas.
Quand l’homme sortira de sa grotte pour construire ses premières huttes, il reproduira le mode d’hébergement collectif que la grotte lui offrait.
On ne peut imaginer que des formes rondes pour construire cet abri, d’abord parce que l’homme a toujours copié ce qu’il connaissait, et qu’il n’avait que la grotte pour l’inspirer, ensuite parce qu’un mur extérieur rond présente le moins de résistance au vent.
Alors, ces murs en ligne droite, à quoi les doit-on ?
A la forme du tronc d’arbre qui empilé, fera le premier mur en dur ?
A une rationalisation de l’espace rendue nécessaire dans les premières concentrations de population, prémisses des villes ?
La ligne droite, l’angle droit et le coin qui en naissent sont en tout cas contemporains de l’atomisation d’une société collectiviste en autant de cellules familiales qui la composent.
Autant de murs pour signifier la frontière qui doit désormais protéger la propriété privée.
Le mur rond protégeait du vent, de la nature, le mur droit protège de l’homme.
Bouteille Coco Charnel n°55
Un samedi pour fêter la St Valentin, quoi de mieux ?
C’est la Noël des amours, Le nouvel an des coeurs de beurre, le Carnaval de Venise des Pour Toujours, la grand-messe du nous 2 en Sol Majeur, La grande corrida jusqu’à la mort, une citrouille de fiançailles pour 2 brouettes de coeurs brisés.
Dans la première brouette, les cœurs brisés par trop de St Valentin devant le même Toujours à prolonger.
Dans la deuxième, celles et ceux qui ne sont pas remis en selle en ce jour fatidique de Love for Ever’s Day.
Pour eux, ce n’est pas trop grave, mais pour elles… Etre célibataire peut encore être branché, mais surtout pas le 14 février.
Alors on se bricole un plan dans les semaines, les jours, les heures qui précèdent la soirée, juste pour ne pas se sentir toute seule, même si ce ne sera pas pour se marier.
On oublie l’imparfait possible pour l’imperfection disponible, on se bricole des raisons inaudibles hier et qui seront demain oubliées, on sera le 15 février, la prochaine St Valentin sera loin.
Dans cette foultitude de sourires papier glacé glacés, je vois deux fois deux yeux qui brillent, eux deux n’ont d’yeux que pour eux, pas besoin de se forcer.
Ici jeunes, là plus âgés, ces deux fois deux yeux brillent de pouvoir encore du regard se toucher.
Pas d’usure ni de cache-cache party, ces yeux-là sont dans 2 têtes connectés, et pendant 2 minutes de les voir, même moi je vous jure, j’y croirais…
Mais cette année, à qui reviendra la palme ? Dominique sans doute, elle est encore arrivée à me surprendre, alors que je m’attendais à tout, mais même à ça ?
Claironnant sur son humeur Facebook son amour pour son Valentin, que je ne pouvais imaginer autre que mon bon Vendredi, voilà qu’elle m’appelle soudain sur mon gsm, pour m’annoncer qu’elle va… se… marier !
Même pas encore divorcée, mais déjà repartie pour la fête dès le mois de juin.
Je me surprends à lui demander « Mais… avec qui ? »
… mais avec Vendredi pardi !
Tu prends ton Pied, tu gardes le G du point, et te voilà Pied G !
Cela s’appelle « petits arrangements entre adultes consentants », mais devant le maire et le curé, consentants doit-il rester en un mot ?
« Merci de me l’avoir présenté » me dit-elle quand je prends congé, « tu viendras ? » on verra, m’enfuir vite de ce que je viens de provoquer en présentant ces deux là l’un à l’autre.
Je ne veux aucune responsabilité dans la programmation des déceptions auxquelles vous vous abonnez.
Si vous m’aviez demandé mon avis, j’aurais juste dit que 4 semaines pour décider de se marier, c’est peut-être un peu précipité.
Vendredi aurait sans doute profité de mon conseil pour le suivre, et Dominique m’en aurait beaucoup voulu. Mais ce que Femme veut, et de toute façon je ne voulais pas m’en mêler.
Ils garderont la maison, famille reconstituée, 4 garçons une fille et leur petite sœur pour la fin de l’année, y’a qu’à deviner, c’est tellement beau sur le papier, alors tant qu’on y est… Vive les mariés ! Même si perso, ce jour-là, faudra m’oublier.
Bouteille Cerise N56
Le parfum…
Comment peut-on aimer l’odeur d’une huître fraîche sans penser à celle du sexe ?
Pourtant, tous les parfums intimes ne s’accordent pas…
Il a été démontré qu’au plus on apprécie l’odeur corporelle de l’autre, au plus le bagage génétique de l’individu concerné sera différent du nôtre.
Une logique olfactive qui nous évite les pulsions à l’égard de nos sœurs, connues ou non, et encourage un brassage génétique plus pérenne qu’une population condamnée par une attirance aux conséquences dégénératives…
Nous vivons pourtant dans une société qui a banni les odeurs naturelles de l’individu et nie délibérément le statut de notre identité olfactive.
Cela conduit à des troubles de la séduction : un homme ou une femme en campagne de séduction va consciencieusement s’asperger de parfum, un parfum qui lui plaît, et donc afficher une odeur qui séduira quelqu’un qui ne lui correspond pas, et qui recourt peut-être au même stratagème, doublant ainsi l’espace de confusion.
Tant que nos deux compères n’ont pas abondamment sué, les masques olfactifs les privent d’une information essentielle…
Nous avons pourtant un réflexe dans notre bain, celui de l’agrémenter d’un pipi aussi irrépressible qu’il est incompatible avec les bons usages hérités d’un bain autrefois partagé par toute la famille.
L’expression « je ne le sens pas » est restée dans l’usage. Et le Roi Soleil est resté célèbre pour se rendre aux appartements de sa Reine aussitôt qu’il la savait promise à un bain, pressé d’en profiter une dernière fois avant le gaspillage de saveurs.
J’en viens à penser que la mode du parfum fut encouragée par tout le système conservateur, l’usage de l’encens dans nos églises contribuant à figer la société dans le mode monogame qui lui est si peu naturel.
Et dire que des générations de bourgeois se sont mariés et reproduits sans s’être reniflés animal avant la nuit de noces, pas de quoi favoriser la fidélité à long terme…
Ce qui nous amène au taux de parentalité avéré.
Depuis l’usage du test de paternité, les statistiques qu’il révèle sont significatives : 3 pères sur 10 ne le sont pas. En d’autres termes, dans 3 cas sur 10, le père n’est pas le père biologique de l’enfant qu’il élève.
On a pu démontrer par ailleurs qu’une même femme n’est pas attirée par le même type d’homme de façon continue : une femme en période de fertilité sera attirée plus volontiers par un visage anguleux, alors que durant le reste de son cycle, c’est le visage plus rond qu’elle choisira.
Il n’est pas difficile d’imaginer notre tribu sédentaire, trop fermée sur elle-même, et l’attrait que les femmes devaient ressentir instinctivement pour des solitaires aussi nomades que taillés pour la route et ne faisant que traverser leur après-midi pendant que monsieur était au champ…
Génétiquement, encore un comportement payant, génération après génération après génération…
Deux hommes sinon rien…:
C’est un peu comme si l’homme s’était spécialisé : reproducteur ou protecteur.
Le nomade profite des caresses moins souvent, mais chaque fois qu’il peut avec des femmes qu’il croise. Il a pour elle le bagage génétique que son compagnon sédentaire n’a pas. Le nomade disperse son code génétique plus largement, mélangeant ses gènes avec plus de combinaisons que le fidèle sédentaire. Il est moins gras et plus musculeux, il correspond encore aujourd’hui au profil qui séduit une femme en période de fertilité.
Le protecteur aura a priori une sexualité plus régulière plus souvent que l’autre, puisqu’il partage toutes ses nuits avec sa compagne, et il est aussi plus lourd.
Tout le pousse à s’arrondir : montrer sa force, sa puissance économique, et rassurer sa femme en ne ressemblant pas à ce qui peut attirer les concurrentes.
Car la femme se dilue dans le dilemme : si elle a d’abord besoin de trouver un code génétique « exotique », elle sera par ailleurs mieux protégée pour vivre sa grossesse et élever son enfant dans un mode de vie sédentaire.
La femme restera donc au côté d’un homme qui s’inscrit dans le temps dont elle a besoin pour se reproduire, alors que lui-même pouvait jusque-là disparaître, ses gènes étant transmis dans la seconde qui suit le premier échange sexuel.
Qui vampirise la position de l’autre ?
Le nomade, qui plante sa semence sans la protéger ?
Ou le protecteur, qui tentera sa chance avec cette femme qui dépend maintenant de lui, alors que ce n’est pas de lui qu’elle rêve quand l’ovule s’agite en elle…
On peut aussi se dire que ces deux hommes ne mangent pas à leur faim au même rythme.
Le groupe sanguin A n’apparaît d’ailleurs qu’avec la sédentarisation, et se caractérise par un mode alimentaire moins carnivore que le groupe sanguin O, qui lui remonte à l’origine de l’homme.
Donc notre nomade, amant d’un jour et père d’une bonne partie de l’humanité ne mange que quand il trouve du gibier, alternant des repas faits de viande avec des périodes de diète.
Pendant ce temps, le sédentaire stocke, dans son grenier comme dans son corps. Il mange plus souvent, plus régulièrement, plusieurs fois par jour, un rythme qui n’a rien de naturel pour le nomade.
Il l’est par contre pour la femme enceinte, ce qui l’éloigne du géniteur pour se rapprocher du protecteur sédentaire.
C’est la femme qui nous a sédentarisés, bien avant l’emprunt hypothécaire à rembourser sur 20 ans…
Bouteille N°57
Je suis sidéré par le mépris qu’affichent notre société, ses médias, ses politiques à l’égard des passifs. On les appelle avec pitié les chômeurs, avec reproche les glandeurs, ils sont taxés de poids pour l’économie, de problème à dissoudre dans le monde de l’emploi.
Ramenés à l’état de statistiques, on les suit mois après mois dans la colonne rouge, quand la colonne bleue ou verte affiche les performances des bourses soutenues, elles, par les banques centrales.
Pourtant, plus de glandeurs dans une société est signe d’espoir quand on voit la vitesse à laquelle les actifs s’emploient à bousiller la couche d’ozone…
Mais qu’entend-on par le terme « glandeur » ?
Le glandeur, à l’inverse de l’actif, ne se lève pas au chant du réveil. Il se lève quand il s’éveille.
Sur l’air de
« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Et leurs baisers au loin les suivent, comme des soleils révolus »,
je vous invite donc à fredonner :
« L’éveil était si doux aux lèvres, pourquoi lui avoir mis un « R », un tic tac, puis ce bruit… ? »
Le glandeur ne se rase pas tous les matins, ou alors pour le plaisir, sans courir, donc sans risquer de se couper. Il économise donc des lames, de l’eau et du savon, ou de l’électricité.
Le glandeur, reposé à l’heure du premier café, fait l’économie de bon nombre de maladies que son cousin « actif » collectionne au prorata de la fatigue accumulée.
Le glandeur prend le temps, à chaque moment de la journée, d’éviter les accidents de la route et du travail.
Le glandeur prend le temps de se demander pourquoi…
Et les pourquoi ne manquent pas.
Pourquoi les actifs s’entassent-ils tous à la même heure sur des autoroutes encombrées pour écraser leurs collègues dans des performances de rentabilité qui sont elles-mêmes noyées dans la concurrence que se livrent impitoyablement les sociétés commerciales ?
Pourquoi ces entreprises doivent-elles nourrir de plusieurs pourcents des banques qui gagnent toujours plus, et qui sont les seules à être sauvées par l’Etat quand elles ont mal placé l’argent qui leur est confié ?
Pourquoi les actifs doivent-ils payer tant d’impôts alors que les gains de productivité sont chaque année plus importants?
Pour payer les glandeurs ? Les glandeurs ont pourtant appris à vivre avec si peu, et ils constituent une telle minorité, et ils rendent aux actifs ce qu’ils reçoivent en échange de ce que ces actifs produisent, donc ils rendent l’argent reçu en soutenant leurs emplois, que d’année en année, les impôts devraient diminuer !
Pourquoi l’Etat vend-il ce qui est rentable pour lui, au profit d’un secteur privé qui s’empresse de licencier un maximum d’actifs, ce qui finalement coûte de l’argent à l’Etat là où ça lui en rapportait ?
Le glandeur se pose beaucoup de questions, il a toutes ses journées pour ça, alors avant qu’il ne les pose à voix haute, il est impératif de le décrédibiliser, ce qui donne à ce terme de glandeur toute sa dimension péjorative.
Un peu comme le mot « juif » dans l’entre-deux guerres, le glandeur rimant avec « chômeur » doit être la cause des maux affligeant les actifs.
D’ailleurs, nous ne disons plus « chômeur », statut honteux s’il en est, mais « demandeur d’emploi », même si l’individu concerné ne demande rien du tout…
Le glandeur est privé de pouvoir d’achat, il a juste un peu trop peu pour vivre, et juste un peu assez pour survivre.
Encore un abus de langage que ce mot « survivre » : entendez « sousvivre », en imaginant bien sûr que le pouvoir d’achat est effectivement comme on voudrait nous le faire croire synonyme de vie…
Avant d’être dans les statistiques du chômage, j’étais dans celle des actifs temps plein.
Cette semaine-là, une fois n’est pas coutume et hasard du calendrier, la plupart du monde du travail s’offrait un jour de congé un lundi, jour de fête nationale oblige.
Le lendemain, je vois deux secrétaires et leur demande : « alors les filles, ça donne le goût de la semaine des 4 jours ? »
-Oh non ! me répondent-elles en coeur, « on a déjà bien assez de mal avec ce qu’on gagne en bossant 5 jours, on n’en sortirait pas si on n’en travaillait que 4 ! ».
Alors je leur explique que lire un livre ou faire une balade en forêt, ça ne coûte quand même rien, donc ce qu’elles ne gagnent pas ce jour-là, elles peuvent le vivre gratuitement…
Elles m’avouèrent n’y avoir jamais pensé…
Depuis ce jour, je suis très inquiet pour le monde du travail, il ne semble tenir que sur l’illusion de son inéluctable nécessité, et de la crédulité des partisans de cette névrose collective….
Bouteille N° 58
A qui profite le crime ?
En réalité, quelle est la plus petite utilité marginale du crime ?
Pour rappel, l’utilité marginale est un terme en économie qui désigne le coût d’un investissement pour ce qu’il rapporte.
Lever le bras pour cueillir une pomme présente un indice marginal plus intéressant que de devoir faire 15 kilomètres pour aller chercher cette pomme…
Souvent donc, quand une chose se produit, il suffit de se demander à qui ça profite.
Mais la question ne se limite pas aussi simplement à un salaud, et un hold up en ligne droite, ce sont souvent de ridicules petits intérêts qui conduisent aux plus grandes catastrophes.
Exemple : le Mexique.
Fin des années nonante, le Mexique affichait une croissance à faire pâlir d’envie le reste du monde. Le Président en fonction était tellement bien coté à l’échelle internationale qu’il était pressenti pour les plus hautes fonctions dans une institution mondiale à la fin de son mandat.
L’économie mexicaine tournait tellement bien qu’elle s’est emballée, et qu’une dévaluation de sa monnaie s’est révélée nécessaire.
Mais cette dévaluation risquait de nuire aux ambitions présidentielles, ce qui amena le président en question à ne rien faire, et de laisser cette désagréable obligation à son successeur.
Résultat : une crise économique historique raya le miracle mexicain de la mappemonde des super winners, le président ne fut pas nommé à la Banque Mondiale, et surtout, surtout !, 5 millions de Mexicains se retrouvèrent du jour au lendemain dans les statistiques des glandeurs…
5 millions de familles dans le désarroi de se lever à l’heure qu’elles voulaient (ou de ne pas se lever du tout…) pour l’ambition internationale même pas aboutie d’un seul homme.
Un autre exemple ?
La politique des USA. Le nombre de fois que les Etats-Unis d’Amérique ont créé les conditions d’une guerre pour de petits intérêts partisans comme une réélection ne se compte plus.
Pourquoi ?
Simple : chaque fois que les USA ont été en guerre, leur population a renouvelé sa confiance dans le président sortant, 10% de la population totale vivant de l’industrie de l’armement.
C’est comme une règle physique, la loi de Newton ou celle d’Einstein.
Mais revenons à notre glandeur.
A la télévision, chaque soir, on nous sert les rôles selon le même rituel immuable : la misère dans le monde, les performances de la bourse, puis des séries américaines héroïsent l’actif sauveur, qu’il soit flic, sauveteur brancardier, militaire tuant pour le monde libre de bosser pour le grand capital, ou avocat défendant le magot accumulé.
On n’a jamais vu une série mettant à nu la journée du glandeur, ou faisant l’apologie de son impact particulièrement bénéfique pour l’environnement.
On n’a jamais vu combien un glandeur qui s’assume comme tel fait économiser à la société en soins de santé.
Et c’est bien pour ça que le glandeur ne peut être un « glandif » ou un « glandiste », il n’est ni productif, ni gros consommateur, un comble dans cette société névrosée jusqu’au cannibalisme.
Alors je le dis haut et fort : ode au sérial glandeur, vive le chômeur, il est l’espoir de demain.
Bouteille n°59
De la bonne heure au bonheur…
Le glandeur a toujours existé.
Il regarde le monde et la vie pendant que les autres s’agitent.
Il prend le temps… Le temps de quoi ?
Mais se pose-t-on la même question à propos de l’emploi du temps des agités ?
Les agités défendent le crédo qu’on leur a appris :
- « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt »
- « Un tiens vaut mieux que 2 tu l’auras. »
- « Le travail c’est la santé. »
Pourtant, l’inventeur de la roue n’est certainement pas celui qui portait le plus…
Il a dû s’arrêter, et sans doute même s’asseoir alors que les autres passaient devant lui.
Une pierre qui roule, le cerveau oxygéné par cette pose anarchiste, il a même peut-être pris le temps de s’en rouler un, et le gars invente la roue.
Pendant des millions d’années, nous nous sommes éveillés sans réveil, dormant quand le besoin s’en faisait sentir, plus en hiver qu’en été, et selon les anthropologues qui ont reconstitué le mode de vie de l’époque, l’humanité n’a travaillé que 2 jours par semaine pour s’assurer sa grotte de vie.
Tailler une flèche, tuer la bête, tanner sa peau, collecter le bois, cuire la viande, un collier pour madame et un silex pour le père à Noël, 2 jours de boulot par semaine…
La tribu qui garde le feu survivra mieux, alors on cultive l’art de garder le feu.
A l’échelle de l’histoire de l’humanité, nos gènes ont dû passer une grosse moitié de leur existence dans le rythme et la chaleur d’un feu de bois.
Nos hôpitaux psychiatriques permettent-ils à leurs patients de profiter de l’élément premier qui a pu rassurer tout homme depuis l’aube de l’humanité à avant-hier ?
Le feu était le lieu de rencontre, le lieu à partager, le lieu du lien en-dehors de celui de l’action, le centre, celui que l’on partage en apportant sa bûche, où l’on viendra prendre sa part de repas.
Dans l’art de garder le feu vivant, en particulier lors des déplacements, l’homme apprend à fumer. Bientôt, les fumeurs sont essentiels à la tribu.
Ils ont la charge du feu, y compris quand les autres dorment.
Aujourd’hui, il n’y a plus de feu collectif, les lieux collectifs sont les bars, et je me préserve d’y retrouver les gardiens dépossédés du feu, gommés jusqu’au souvenir de leur nature et de leur fonction ancestrales, noyés d’alcool telle une tribu d’indiens à génocider lentement dans le silence : les fumeurs…
Ils ont la charge du feu, y compris quand les autres dorment, et dorment quand les autres se lèvent. Ils guettent les bruits de la nuit, fument sans doute toutes les herbes du monde pour s’attarder aux plus légères, ils ont le temps de penser, développent leur sens de la veille et évitent ce qui fait dormir.
Ils deviennent conteurs, mémoire, artistes…
Aujourd’hui, le tabac qui fait rêver est proscrit, les cheminées sont rebouchées et remplacées par la télé, d’ailleurs, il n’y a même plus de bois à ramasser…
Les dernières lueurs collectives brillent dans la nuit derrière la vitrine des bars où l’alcool fera oublier ce qu’on y venait chercher.
« Je ne dors pas bien docteur ».
Avez-vous déjà entendu un médecin demander « À quelle heure ? » … ?
Tout qui a du mal à dormir au-delà des heures nécessaires à une bonne nuit de sommeil avant le chant du réveil – puisqu’il n’y a plus de coqs non plus – est soudain, en quelques générations, à ce point nié dans sa nature vitale première, qu’il est invité à « prendre un cachet ».
Une qualité première, l’instinct de veille, est soudain un défaut.
Cet instinct de veille ne produit rien de monnayable pour la société, on parlera donc d’insomnie ce qui permet de vendre une mauvaise solution à un problème qui n’en était pas un.
Les rançonneurs de sommeil droguent des millions de gens pour les aligner sur un fuseau horaire de masse, car la concentration d’activité est la plus rentable.
24 heures ? Où ça ?
Bouteille de Silence N°59% ¾
résonance d’un trou de serrure fermée
quand sa clé est absence,
les pluches passent sous mon lit
comme les nuages traversent la nuit
volutes de bougie consumée
aux contours d’ombre
orpheline de sa lumière
Communion d’âmes au soleil levant
page blanche pour idées avortées
reproche ravalé comme le compliment est tu
vacarme des larmes noyant les joues
quand le mouchoir s’agite au vent…
Bouteille N°60
La grotte de Lascaux est un monument historique à plus d’un titre.
D’abord, c’est la grotte fameuse pour la conservation des fresques rupestres aussi préhistoriques que magnifiques qui la tapissent, en tout cas jusqu’à sa découverte pour l’ouvrir à notre pollution.
Ensuite, c’est notre propre décodage du site qui mérite à lui seul qu’on s’y attarde.
D’abord, on s’est extasié sur l’esthétique, en se passionnant pour les motifs et les techniques utilisés.
Puis sur le sens potentiellement sacré de ces dessins et, du rituel de chasse dans lequel ils pouvaient trouver leur origine.
Dernièrement, une femme, toute seule dans ses recherches, au nez et à la barbe de toute la communauté scientifique internationale, vient d’établir que les fresques de la grotte de Lascaux étaient en fait … une parfaite carte astrale.
Croyez-vous que ceux qui ont fait ça programmaient un réveil sur 7h00 du matin en toute saison ?
Et quelle part de nous nions-nous quand nous acceptons cette coupe en règle du temps qui passe ?
Ce rythme qui ignore celui des saisons, beau progrès de confort qui dégage les routes de tout risque de gel afin de s’assurer que nous serons dans les embouteillages aussi sûrement en hiver qu’en été…
Et le rythme lunaire dans tout ça ?
Et si j’ai appris dans mes gènes à courser le gibier deux jours et deux nuits durant, pour dormir tout le troisième jour et glander le temps de finir la bête, le temps que ce soit à nouveau mon tour de nourrir le clan…
Et si dans mes gènes était encore et toujours inscrit le besoin de manger quand il y a à manger, et le même besoin de supporter la diète quand le gibier est plus rare, comment pourrais-je supporter les 4 repas quotidiens ?
Je sais que je serais plus rentable pour les actionnaires des multinationales agroalimentaires en m’entretenant dans un état de surpoids qui me permettrait de rejoindre le club du milliard d’humains obèses aujourd’hui dans le monde…
Un milliard de gros, alors qu’il y en a encore qui crèvent de faim.
On veut bien payer la bouffe du chien, mais pas celle d’un inconnu.
Comme s’il était plus gratifiant de s’occuper d’un animal qui n’a rien demandé que d’un homme qui en a besoin.
Du coup, c’est le Sahel qui s’invite à la table du souper, tous autour du Jt, et c’est juste après qu’on ira marcher dans la merde du chien du voisin.
Mais c’est vrai que le pauvre qui meurt de faim là-bas au loin, même vivant, il ne nous fera jamais de câlins…
Bouteille N°61
Un jour, l’homme s’arrête de suivre le gibier de grotte en grotte, et cultive, élève…
Où sont les gains de productivité ? On peut s’imaginer que si l’homme s’arrête, c’est que c’est plus confortable.
Physiquement d’abord, on peut travailler au champ dès l’âge de 5 ans jusqu’aux rhumatismes, alors que la chasse réclame plus de force et de vigueur.
Psychiquement aussi, la possibilité d’entasser dans un grenier devait permettre de dormir plus tranquille, mais aussi de gagner un pouvoir sur les nomades en période de disette.
C’est sans doute de là que vient l’aube du capitalisme.
Le plus fort du village fera payer sa protection. Il n’était peut-être pas le plus agile pour attraper le poisson ou approcher la biche, mais contre l’homme, c’est le plus fort.
Puis vient le malin, qui remplace le plus fort en additionnant la force du clan autour de lui, il n’est pas le plus fort, mais il sait cultiver l’idée de la force du groupe, il l’incarne.
Il prend le pouvoir sur son village, bientôt sur la région.
Tous ces greniers bientôt convoités à une échelle de territoires toujours plus grande vont réclamer une protection qui va ordonner la production et la consommation.
Entre la production et la consommation, la dîme au malin, pour la protection de ce qu’on produit, terre et récoltes, et de ce qu’on consomme, maisons et chevaux…
La société se structure économiquement sur une réaction, une réponse à la convoitise possible du voisin.
Et cette réponse prend progressivement tout le pouvoir.
Ce sont bientôt des châteaux-forts et de véritables armées de métier qui sont entretenues contre celui d’en face.
L’homme travaille de plus en plus, se spécialise, innove et copie tout ce qu’il peut.
Avant, un enfant était le bienvenu, allait-il être celui qui survivrait à l’hiver ? A la maladie ?
Et quand l’enfant serait en âge de flirter avec la voisine, le village prendrait un jour pour lui faire une hutte, ça donnerait une fête et bientôt d’autres cris d’enfant.
Mais là, avec les châteaux, les « inventions » comme on disait à l’époque, la protection à payer pour s’offrir une place dans le cercle protégé coûtera toujours plus cher à mesure qu’il s’agira de s’intégrer dans un espace dont l’hostilité n’est plus naturelle, mais devenue humaine.
Et pourtant, alors qu’il s’agissait déjà de se former de plus en plus à une spécialité, et de dépendre des besoins des autres en lieu et place de ses propres besoins, l’homme prend encore le temps de prendre le temps…
Rome est restée célèbre pour son calendrier de jeux, de fêtes et de congés.
Au moyen-âge encore, l’église truste 180 jours sur l’année pour célébrer sa panoplie de Saints, autant d’occasions d’écraser les derniers païens.
Vous imaginez ça ? C’était il y a 400 ans, hier à l’échelle de l’humanité…
Il y a quelques siècles, pas 10 ou 100 siècles non, juste 2 ou 300 ans, 10 générations sur le million de générations qui fait l’histoire de l’humanité – dans l’état actuel de nos connaissances – l’homme travaillait 2 jours par semaine, il prenait le temps des relations sociales et familiales, mais ce temps est perdu pour le système économique qui s’installe…
Plus pour longtemps…
La vitesse va s’inviter au bal de l’humanité, à commencer par celle à laquelle les idées vont se répandre grâce à l’invention de l’imprimerie.
Comme toujours, les plus forts font main basse sur la bonne parole à répandre, et l’usage qu’en fera l’église en infiltrant la Bible dans chaque foyer n’est qu’un avant-goût de l’usage qu’Hitler fera plus tard de la radio, ou le capitalisme plus tard encore de la télé.
La révolution industrielle accélère le processus, toujours tiré par les besoins militaires, et leurs conséquences.
On mourait de la faim, de la guerre ou d'épidémies.
Dorénavant, on pourra éviter de mourir de faim en acceptant d’aller creuser sa mine la moitié de sa vie, celle durant laquelle le soleil brille.
Les guerres, les famines et les épidémies égrenaient les morts.
C’était facile à compter, clairement identifiable, puisqu’on en mourait vite.
Maintenant qu’on meurt lentement des suites du cancer du mineur ou de la pneumonie, on parlera de « longévité », et son allongement validera d’ailleurs chaque année le modèle comme étant le bon, un peu comme si une maladie ou une guerre était bénéfique parce qu’on en meurt moins vite d’année en année…
On met les femmes sur un marché du travail en pénurie d’hommes un peu plus chaque fois qu’il faut payer l’efficacité croissante des armes.
Et finalement, c’est tout bénéfice pour le capital qui les emploie : plus de main-d’œuvre permet une meilleure « maîtrise » des coûts de production.
En 2004 L’OCDE recommande ouvertement aux pays industrialisés de cultiver un taux de chômage autour de 10% pour éviter l’inflation salariale…
Le modèle de la femme indépendante, gagnante, maîtresse mère et cadre en même temps que belle sportive et bonne copine l’emporte, elle élèvera ses enfants seule en prime, faute d’un mari idéal.
Ca double la demande d’appartement, de voiture, de frigo, d’aspirateur et d’écran plat.
Tout fait farine au soutien d’une croissance qui ne sert qu’elle-même, dans l’aveuglement névrosé d’une idée du bonheur qui exclut le plus grand nombre, masse miséreuse dont il faut se protéger.
Bouteille N°62
Pour changer, un joint vaut mieux que deux « tu l’auras »…
Ce serait si bien pour tous les capitalos du monde si on pouvait taxer le rire…
Chaque fois que vous ririez en lisant ces quelques lignes, je toucherais des droits d’inspirateur de rire, ce qu’on appellerait la dîme au comique.
Un pote vous ferait rire en pétant au bureau, une petite vieille en s’étalant dans la rue, et voilà leur compte en banque regarni automatiquement.
Du coup, on devrait rire avec parcimonie pour éviter le surendettement, et on ne dirait plus d’un riche qu’il a beaucoup de sous, mais les moyens d’en rire…
Certains rires devraient être démontrés comme étant thérapeutiques, pour être remboursés par la sécurité sociale, on s'empresserait d’oublier qu’à une époque où il n’était pas taxé, le rire était encore considéré comme l’élément indispensable à une bonne santé.
Alors on nous retrouverait tous les cas avérés de décès provoqués par une crise de rire pour en justifier la taxation.
Les gens qui rient durant leur sommeil seraient obligés de dormir avec des capteurs prouvant qu’ils dorment lors de ces rires irrépressibles, en attendant qu’une bonne psychothérapie en vienne à bout.
Cela augmenterait les taux de dépressifs pour le bonheur de l’industrie pharmaceutique et de suicides pour celui du ministre de l’emploi et des pensions.
Les fous rires seraient déclarés hors-la-loi, et isolés en centres fermés pour éviter les contagions.
Bouteille N°63
La puce électronique interdit le choix d’une vie vertueuse, elle l’impose.
La société n’a jamais manqué d’idée pour asseoir ses règles sur les individus qui la composent, mais en jouant toujours de la carotte et du bâton, et en faisant des exemples à ces 2 extrêmes.
Le soldat méritant doit servir d’exemple, alors on l’honore d’une médaille devant la garnison rassemblée pour l’occasion.
Il aurait préféré prendre une permission en toute discrétion, mais son courage doit être publiquement reconnu, et rester visible sur sa poitrine de héros.
De même, le déserteur ne sera pas liquidé en secret au fond de sa geôle par une main anonyme dans le silence d’une nuit sans lune, mais bien traîné publiquement au poteau pour y être bruyamment fusillé par 12 des siens qui ne manqueront pas de répandre la peur qu’une telle exécution doit susciter.
On pourrait l’ébouillanter, le clouer sur une croix, mais comme il ne s’agit pas d’en faire un martyr, l’armée veillera à apaiser le potentiel rebelle des consciences en mettant une balle à blanc dans l’un des fusils.
Dans les prisons, l’exécution avait encore un caractère visible par l’électrocution du condamné.
Ici, pas de fracas sonore, mais toutes les ampoules entonnent le chant du bourdon dans un accès de faiblesse collective le temps de griller un noir de plus, éclipse de lumière avant le retour au blanc du 60 watts.
La peine de mort perd de son sens à mesure qu’on veut l’humaniser. L’injection létale en petit comité peut-elle encore affirmer le pouvoir dissuasif qui la justifie ?
En attendant, depuis toujours, l’humanité a fait des exemples à suivre, d’autres à éviter.
Les femmes libres-penseuses du moyen-âge brûlaient publiquement sur les bûchers de la Sainte Eglise Catholique, héritage probable d’un temps où les vierges avaient droit à la roulette russe du sorcier, ce qui ne devait d’ailleurs pas les encourager à le rester …
A l’opposé, les nazis ont gazé des millions de juifs sans devoir en faire l’exposition, il n’y a aucune valeur pédagogique à supprimer des juifs pour les empêcher de l’être, être juif n’étant pas un choix.
Cet espace entre ce qui est encouragé et ce qui ne l’est pas, c’est notre espace de choix personnel laissé par la société.
On peut vouloir l’élargir, et même en transgresser les limites sans devoir subir la justice, cette dernière ne pouvant tout régler.
Je n’en veux que pour preuve un exercice qu’un professeur fait faire à ses élèves apprentis policiers. L’exercice est simple : 30 élèves, 500 mètres à traverser en ville avant midi, le but du jeu est de dresser le plus de contredanses possible.
500 mètres… 30 élèves…
Après une demi-journée, la classe n’a toujours pas atteint la ligne d’arrivée, et les carnets de contredanses sont remplis.
« Il ne faut pas tuer tout ce qui est gras » dira le professeur en guise de conclusion.
Donc bien heureusement pour nous, et alors qu’on peut considérer que notre pays est aussi bien équipé qu’un État policier, l’impunité reste une réalité quotidienne.
Imaginons maintenant l’usage des nouvelles technologies exploitées au maximum de leurs possibilités dans le but de prévenir les délits…
Ça passera immanquablement par l’implantation d’une puce électronique dans le corps de chaque individu, une puce permettant de tracer son positionnement géographique, toutes ces données étant stockées dans une gigantesque base de données.
Chaque fois qu’on cherchera le coupable du délit, il suffira de vérifier qui était sur place au moment du crime en consultant les données en partant du moment et du lieu concernés.
La puce électronique placée sur votre voiture permettra de vous verbaliser automatiquement pour toute infraction au code de la route.
Une ligne blanche mordue, un refus de priorité de droite, un excès de vitesse, un parking sauvage, la puce vous dénoncera sans devoir mobiliser un brave flic qui a une autre manif à canaliser…
Dans un premier temps, on pourra se contenter de recourir à la puce pour résoudre les crimes de sang, délit de fuite pour les voitures, enlèvements ou assassinats, de ces situations qui désespèrent les victimes et pour lesquelles l’impunité est dommageable.
La puce électronique équipera les militaires en opération, afin de les guider à distance au mètre près. Plus moyen de se planquer pendant que les copains partent en première ligne, à moins qu’on applique cette puce sur des chars téléguidés.
En attendant ce jour que certains envisagent comme idéal, la puce est implantée sur tout objet, de sa sortie d’usine à la sortie du magasin, cette puce trace des milliards d’objets.
Les magasiniers, camionneurs et vendeurs n’ont plus le choix moral ou éthique de ne pas voler l’objet qui leur est confié, la technologie les y contraint.
Au plus la puce sera utilisée, au plus l’espace d’adhésion à une éthique sera restreint.
Je rêve de buter mon associé, je n’ai pas peur de la prison car je crois dans ma capacité à le liquider sans y laisser mon ADN, ainsi que dans ma capacité à ne pas regretter l’impunité de mon geste.
Que me reste-t-il pour éviter de passer à l’acte ?
L’idée que le respect de la vie d’une ordure est le meilleur moyen de ne pas gâcher la mienne, et que je peux me regarder en face, fier de ce choix.
Si une puce m’interdit de mettre en oeuvre cet assassinat, comment puis-je encore choisir en toute liberté de ne pas le commettre ?
Bouteille 64
J’avais échappé à la première vague de cheveux blancs, mes copains s’en prenaient comme d’autres les perdaient, moi je gardais mon cheveu raide brun trop fin, en le perdant au ralenti.
Les rides sont arrivées récemment, mais les lunettes...
Y’a quelque chose de rompu, de rendu, de plus jamais comme avant, de distance que tu ne peux plus jamais ignorer....
J’avais pris l’habitude de voir en presque trop petit, en presque trop flou, du bout de mes bras parfois trop loin pour encore avoir le plaisir de lire.
La juste distance m’est rendue avec le livre, le journal, l’ordino.
La migraine pourrait-elle en profiter pour s’inviter et vouloir me prétendre que je dois m’en passer?
Non, j’ai besoin, c’est très clair, de ces lunettes.
C’est une inconnue qui en a choisi la monture.
Entre le rond rouge discret et le bleu rectangulaire, elle a choisi la tronche que j’aurai dorénavant.
Vais-je voir le monde différemment?
Qu’est-ce que ça modifiera dans le rapport que les autres auront avec moi?
Plus?
Moins?
«Du détail!» dira l’indifférence, mais le détail fait toute cette différence.
L’important reste que nous sommes incapables de maîtriser tous ces détails, et que ça fait la valeur de la liberté et de la surprise qu’elle nous fait chaque jour, d’un nouveau jour.
De derrière mes lunettes, j’essaierai de vous aimer d’autant plus, de vivre d’autant plus, avec des rides qui remontent le long des branches logées dorénavant derrière mes oreilles...
Je baisse le menton, regarde par-dessus les verres...
Comment faisais-je sans lunettes...?
Bouteille N°65
Le bal reprend son train pour aller faire danser un peu plus loin les cœurs qui n’y ont pas encore eu droit.
Moiteur de nuit froide, l’errante erre, en quête d’un but qu’elle est seule à ignorer.
Trace ta ligne, et si tu ne peux pas lire ta partoche, on se revoit plus tard, ok man ?
La symphonie du chaos se met en place, et le vaisseau capitaliste s’use en haute atmosphère n’en finissant pas de tomber, étincelant le monde de circonvolutions en collisions en chaîne.
Un fantôme de satellite soviétique première génération profite de l’aspiration pour dévier de sa trajectoire, et percute un relais américain dernier cri, à peine sorti du plastique.
Au sol, 48 millions de gsm se retrouvent tels des poissons sans eau, orphelins du grand réseau.
La panne dure 4h00, le monde ne s’arrête pas de tourner, 3 satellites canadiens prennent le relais le temps de répartir cette nouvelle surcharge. En bas les taupes retrouvent le sourire, leur poisson nage à nouveau, les opérateurs ont « trouvé l’origine de la panne », ils s’excusent encore, de la pub en perspective pour être sûr de faire oublier l’incident.
Pourtant, des satellites meurent tous les jours, et comme les déchets nucléaires, on n’a rien prévu pour s’en débarrasser.
D’autres « pannes », d’autres excuses en perspective.
Si le super vaisseau « Capital » continue à tomber au ralenti, tournant et tournant encore autour du globe, d’autres fantômes devraient se trouver une deuxième vie en qualité de sérial killer de satellites opérationnels.
Et passé un nombre de morts que seule une poignée d’initiés ignorent d’ignorer, c’est l’accès au web qui risque d’être touché.
Sans doute ce que je redoute le plus : une coalition d’intérêts qui profiteraient de tout ce chaos pour offrir une prime au bordel ciblé, avec pour conséquence le web soudain limité et réservé à la crème de l’élite qui peut s’offrir la bande passante des satellites survivants.
Le web cannibalise l’audience des télés, mais il est surtout l’outil que des centaines de millions de gens sont appelés à utiliser pour se trouver un rôle, une utilité, un emploi dans la réorganisation nécessaire qui s’annonce.
Un produit, un réseau de 1000 consommateurs, et tu peux dormir tranquille. Nous serons des millions à devoir nous recycler dans cette cyber-galaxie d’épiceries spécialisées, rognant les parts de marché des grandes surfaces.
Les médias et les grandes surfaces, c’est de la puissance concentrée aux intérêts convergents depuis qu’ils existent, les uns et les autres.
Une puissance qui ne se laissera pas gâcher l’avenir sans vouloir le redessiner.
Quand on voit comment les événements servent les intérêts macroéconomiques, il ne faut pas faire preuve d’une imagination débordante pour écrire les informations avec un peu d’avance…
Et pour peu qu’une tribu de révolutionnaires use et abuse du web pour structurer une résistance, pour rassembler les taupes autour de la décroissance, il suffira d’un clic pour remettre tout ce petit monde dans le noir.
Bouteille N°68
Cela me met en colère alors je devrais enfin pouvoir parler sans elle de celui qui m’a mis là.
Alex Maniptramp, ce capitaine sans cervelle qui connaissait prétendument la route, et qui ignorant mes « Récifs ! Récifs ! », obsédé par le pillage des restes de notre garde-manger, a planté le bateau qui était le nôtre pour s’enfuir en chaloupe.
J’ai dérivé, et maintenant, de mon île au milieu des hommes, je regarde le temps passer, pousser les arbres peut-être plus vite que ne pourrit l’épave à restaurer, sauver le bateau, mais sera-ce pour rejoindre les hommes ?
Ou pour mieux les laisser s’écraser comme le soleil oublie ma plage, me laissant pour seule sagesse celle de la trouver… ?
Bouteille N°69
Faire l’amour avant de se quitter ?
Mais l’amour, elle l’a fait sans moi hier, c’était pour moi tellement vrai que cela s’est passé, et si ce n’est, je n’y étais pour rien.
Encore et toujours revivre ce sentiment de trahison quand on ne me doit rien qu’une idée de la liberté à laquelle j’essaie d’éduquer en prenant la cage de l’autre pour mieux la briser, chacun sur son caillou, chacun son soulier.
Faire l’amour ? Alors que le mythe n’a de valeur que pour lui-même, comme on éteint une bougie, puisqu’elle est déjà par un autre allumée ?
Et décevoir au matin, pour ne laisser que la liberté retrouvée ?
Et ne plus regarder cette tranche de vie, comme on oublie la tranche de Marcel de la veille…
Faire l’amour… Quelle drôle d’idée, l’amour se fait de lui-même, quelle prétention à croire que nous en sommes les artisans quand nous nous comportons comme des actionnaires…
Bouteille N°70
L’attaque de cet après-midi vient comme toujours, par surprise. Le Che est visé. C’est gratuit, faut charger le canon et identifier l’origine des tirs… Clic clic clac… voilà…
Lucas est journaliste sur la plus grosse audience du pays, il complète son espace d’expression d’un blog sur la toile.
Lucas se dit libéral sans reconnaître être de droite.
De cette droite qui défend la liberté à tout prix, et qui ce matin déplore que le Che puisse encore servir de symbole à une lutte armée dont personne ne veut, le drapeau rouge que nous embrassons étant déjà trop taché de sang.
Armez !
Prêt. ?
Tirez !
Mais comme nous sommes d’accord Lucas!
A condition que le rouge du drapeau mentionné soit d’abord celui du drapeau américain, plus rouge qu’aucun autre, et que soient cités la moitié des présidents de cette république démocratique éprise de SA liberté imposée à coup de bombes au napalm au Vietnam où, aujourd’hui encore, l’agent orange répandu assassine, en silence, dans l’indifférence générale, depuis 2 générations, les paysans qui ont hérité d’une terre empoisonnée.
Comparez Le Che à Polpot!
Et quoi encore?
Je sais que les arguments pour défendre la “liberté” capitaliste se réduisent à peau de chagrin trop sec d’avoir trop fait pleurer, mais si nous en sommes là, je me surprendrais presque à retrouver l’espoir…
Le Che se battait comme un homme de guerre, il y a laissé la vie, l’as-tu vu massacrer des civils? L’as-tu vu s’enrichir sur le dos de son peuple?
L’as-tu vu réduire des peuples entiers à la famine par cupidité et au nom de la “Liberté”?
“La liberté, c’est d’abord garantir celle des autres, car dans un monde prisonnier, je ne peux me considérer comme un homme libre”.
C’est de moi, tu peux t’en servir comme bon te semble.
Notre prison aujourd’hui est cette incapacité d’une droite gavée de puissance à ne pas pouvoir en préserver la valeur, faute de redistribuer le fruit du travail de ceux qu’ils pompent.
Le principe de Peter frappe partout, même chez les plus forts à faire du blé, à l’entasser, à exploiter.
That’s all Bab’…
Just it.
Alors range tes scuds sur le Che, il est déjà mort pour mieux devenir un symbole, ne t’en déplaise. Tu aurais préféré Salvador Allende (Gossens tant qu’à être complet), pour mieux rappeler qui met les Pinochet au pouvoir depuis des décennies en Amérique Latine à son plus grand profit…?
Salvador Allende était moins sexy, et puis au suicide, je préfère la lutte jusqu’au bout…
Comme toi Lucas, pour la Liberté, mais pour tous…
Obus tiré, cible touchée, en attente d’une estimation des dégâts.
Bouteille N°72
« Allo Docteur ? Alors je lui ai dit, et elle m’a dit, et alors que j’avais dit, j’ai redit, mais elle m’a répondu, alors… qu’en penser ? Docteur ?
-La séance est terminée, ça fera 50€ »
Depuis que je le fais tout seul moi-même, je fais de sérieuses économies…
Il ne faut pas oublier de se payer soi-même en fin de séance, c’est important pour le symbole de transfert…
Ca t’oblige à toujours garder un billet de 50€ disponible chaque fois que tu te fais une séance d’auto-analyse, mais le même billet peut être utilisé d’une fois à l’autre…
« Et ça marche ? »
« Bien sûr, regarde-moi, ça va hein ? »
Bouteille pétrole N°73
Un vieux fond de spag… 3 jours ? 4… ? J’oserais ?
73, la crise du pétrole, les dimanches sans voiture…
Et puis on a oublié, on en a fait un dimanche folklorique deux fois par an.
Journée sans voiture ?
Alors, vite, s’agiter sur tout ce qui roule sans moteur pour en profiter.
On pourrait décréter l’inverse : « LA journée pour rouler en voiture », battre des records d’embouteillage et exploser les pics de pollution...
Et puis revenir à pied, jusqu’à la journée avec voiture suivante, dans 6 mois...
La journée sans voiture ne peut durer qu’une journée, comme la panne de tv, ou la perspective d’une journée sans aller au boulot:
C’est dangereux de nous permettre de vivre en dehors de nos habitudes, nous pourrions en changer...
Bon ce spag… allez, halte au gaspi.
J’ose…
Bouteille N°74
La femme parfaite de Marjan nettoie les caprices que le temps dépose sur les églises.
De tout en bas jusque sur des échafaudages haut perchés, elle gratte le temps jusqu’à la couche temps zéro : elle est restauratrice.
Alors que je devine demain avec l’angoisse de ce que nous en faisons, Cécile restaure les couleurs d’un temps sali par les siècles.
Elle gratte, centimètres par décimètres puis mètres et murs entiers la poussière que des poumons ayant rendu leur dernier souffle depuis longtemps ont imperceptiblement déposée.
Respire, tu pollues déjà.
En soi, c’est déjà très beau de vouer sa vie à ce travail.
Mais là où ça devient sublime, c’est qu’après des mois, voire des années de travail, elle ne se décourage pas quand des crétins viennent remettre un couche de peinture acrylique à la bombe aérosol sur l'œuvre remise à neuf.
Comme ça, juste pour rire.
A sa place, je leur viderais volontiers leurs bombes dans le cul, contenant et contenu mêlés, juste pour rire…
Mais elle non. Tout au plus pousse-t-elle un soupir, un sourire pour se donner du courage, et s’y remettre.
Tu comprends maintenant pourquoi la femme de Marjan, c’est « la femme parfaite » de Marjan… ?
Bouteille N°75
Rapport des dégâts : position ennemie réplique encore avec des balles en caoutchouc mou.
Lucas : « Il y aurait beaucoup de choses à dire, Jean-Pascal. D’abord sur l’interventionnisme étasunien, que je déplore de la même façon que toi.
Le mal, vois-tu, n’est ni de gauche ni de droite.
Attenter à la personne humaine est un crime, point.
Je ne place ici le débat que sur le plan de la morale.
Et sur ce plan, Guevara, qui a du sang sur les mains, vaut autant que n’importe quel assassin.
Il aurait été capitaliste que cela n’aurait rien changé.
Le fond de commerce idéologique n’a rien à voir avec cela, c’est ce que je m’efforce de dire aussi dans mon article.
(Et entre nous, Allende non plus n’était pas un enfant de choeur.) »
Armez Canon !
Visez !
Feu !
Bon Lucas, tant qu’à mettre tous les combattants dans la même erreur, que dire de nos grands-pères morts pour libérer l’Europe de l’Allemagne, ils ont aussi du sang sur les mains…
Mettre les croisés sur le même plan que Saladin, c’est oublier qu’il y en a un pour venir prendre, quand le premier installé sur les lieux décide de ne pas se laisser faire…
Et le Che est de ceux-là, symbole de résistance, et on s’en fout qu’il ait trompé sa femme ou qu’il promenait des morpions. Il a tué, mais quel français de 60 ans aujourd’hui n’a pas du sang algérien sur les mains?
Tu parles de “l’interventionnisme” américain, quel joli mot inventé rien que pour eux ! On dira terrorisme - intrusion - invasion - occupation quand il s’agit de groupes non capitalistes, et “libération” ou “intervention” quand il s’agit des troupes occidentales?
Comme si on y allait pour des raisons humanitaires ou sécuritaires,
Nous vivons d’un pillage quotidien, le Che voulait y mettre un terme.
Et une dernière chose: quand les pauvres prennent les armes, c’est qu’ils en ont marre de compter leurs morts. Cela s’appelle une “libération par le peuple”, et ça se fait toujours malgré les Américains.
Toujours…
Et quand ce n’est pas malgré les Américains, ce sont les anciens colonisateurs qui s’en mêlent.
La violence du système ultra capitaliste est quotidienne, c’est sans doute ce killer-là qu’il faut dégommer en premier.
Mais le Capital est bien armé, et tu me diras sans doute que lui ne fait que se défendre..?
Halte au feu.
Attente de l’estimation des dégâts.
Bouteille N°76
Doriane est toute liquide, de la femme en concentré que tu ne peux pas ignorer, sauf si tu es de glace, et encore.
De toute façon je ne suis pas de glace, ça se saurait, et même un homo virerait Bi le temps de la prendre dans ses bras.
Doriane a besoin de moi, et j’ai sans doute besoin de Doriane.
Je ne suis pas sa solution, elle n’est pas la mienne, mais nous pouvons de toute évidence nous aider à grandir.
Elle, doit d’abord dormir.
Notre match semble avoir été la goutte d’eau dans son emploi du temps de ministre.
Doriane fait partie de ces gens qui pédalent tellement pour remonter le peloton qu’elle se retrouve devant lui, sans le savoir.
Monsieur le ministre de l’éducation n’appréciera sans doute pas que je m’applique à mettre, à l’une de ses démineuses d’élite d’écoles minées, quelques limites à ce suicidaire don de soi, si ce n’est de l’oubli.
Elle s’annonce en chair et en os, pour mercredi.
Encore 3 nuits avant le choc de tendresses mêlées auquel nous nous savons condamnés.
Mais reconnaissons-le, il y a pire comme catastrophe annoncée…
Bouteille N°77
La spéculation est la grande cible de ces derniers mois, l’arbre pour désigner la forêt.
Bla. Bla. Bla.
Mais comment peut-on prétendre vouloir l’arrêter quand on sait cette mondialisation sans porte, sans prise, sans adresse.
Le meilleur moyen d’abattre cette spéculation est de spéculer, massivement, tous.
J’ai juste quelques années d’avance dans ce combat.
Le Forex reprend dans une heure après la pause week-end, les initiés vont encore se bâfrer quand les Gogols comme moi, pour la plupart, prendront la tasse.
Je continue pour du beurre, mon pécule de vacances n’ayant pas encore trouvé le chemin de mon compte bancaire. J’envisage de jouer avec un moteur.
C’est un logiciel qui semble beaucoup plus prudent que moi, mais qui annonce quand même du 100% de gain chaque mois.
1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128, 256.000 et joyeux noël.
L’espoir fait vivre.
Je confirme, sans lui je serais déjà mort.
Demain c’est studio Banktrysh pour gagner un peu de sous, puis dentiste pour les dépenser, puis enterrement du papa de la femme parfaite de Marjan.
Un lundi sans soleil, de là à dire qu’ils le sont tous, il ne faut pas croire la chanson : Claude François soutenait les patrons.
Mais qui l’avait remarqué ?
« Si j’avais un marteau » est une ode aux cadences infernales,
« Le jouet extraordinaire » n’est pas une chanson sexuelle mais une promo pour l’industrie du jouet.
Quant à « Comme d’habitude », elle enferme définitivement tous les possibles dans une routine sans espoir.
Je me demande combien de gens peuvent louper leur vie, ou y mettre fin, en prenant une chanson dangereuse au pied de la lettre…
Bouteille Vinaigre N°78
Ce que les gens peuvent être de mauvaise foi parfois.
Ça dépend de plusieurs facteurs…
D’abord il faut une base, un socle, et rien de mieux que la peur du vide et du lendemain pour nous faire une bonne base.
Ensuite, il y a le terme que l’on se donne pour restaurer l’équilibre perdu, l’inconfort à retrouver.
Vient enfin le degré de compromis dans lequel on clapote, proportionnel quant à lui au temps déjà passé dans la bassine de mensonges qu’on s’est bricolés pour soi-même pour ne pas prendre toute la mesure de l’inconfort dans lequel on s’est mis.
Bref, la mauvaise foi adore les peureux qui sont dans la merde sans pouvoir admettre leur degré de responsabilité dans la situation qu’ils occupent.
La mauvaise foi est insidieuse, elle donne un confort de vérité au premier demi-mensonge, à la première exagération qui permet d’avoir moins mal aux yeux quand la vérité se révèle trop crue.
Les douillets sont les hôtes préférés de la mauvaise foi.
Les douillets n’aiment tellement pas l’inconfort de leur responsabilité dans la situation qu’ils occupent, qu’ils usent de la mauvaise foi comme d’une vérité.
Je ne dis pas la vérité, mais une vérité, celle qui les arrange, pour le reste on s’arrange.
Mettez deux personnes de mauvaise foi, dont les vérités tronquées se consolident, et ils s’aiment tels des frères d’armes s’étant trouvé leur ennemi commun.
Mettez-en trois, quatre, et votre souci de vérité ne fera que renforcer leur détermination à vous abattre sous le mensonge.
Très vite, leurs vérités sélectives se confondront soudain en Vérité validée par le groupe, et c’est le souci de vérité que vous tentez de préserver qui sera alors taxé de mensonge.
Les peureux, dont la sophistication première est le douillet, sont légion à se bricoler des vérités sans souci de ce qu’elles peuvent être toute mauvaise foi mise à part, et quand la mauvaise foi devient la norme dans un groupe d’amis, la quête de la vérité est perdue au profit d’une vérité offrant le meilleur compromis pour chacun.
Je me sens soudain fort seul dans ce groupe-là, mon souci de vérité l’emportant sur mon souci d’adhésion au groupe que je croyais d’amis.
Seul ?
Non, pas avec ma quête de vérité, depuis que j’ai décidé de ne plus avoir peur d’être seul dans ce que je crois, je suis avec moi, et d’autres apparaissent qui, comme moi, ne supportent pas la mauvaise foi.
Sont-ils de ceux qui dénoncent la mauvaise foi pour mieux la faire passer pour une quête de vérité ?
L’avenir le dira.
Si tous ne sont pas mes amis sur FaceBook, les faux amis n’y sont pas les bienvenus.
Avec ces amis-là, on n’a pas besoin d’ennemis.
Consolation : la mauvaise foi vieillit mal, perd son hôte, un jour elle s’ennuie et le plante là.
Alors l’hôte se réveille de ne plus rien savoir, ni le quand le qui ou le pourquoi, il se met en quête de son passé, à la recherche de la vérité ; mais le temps a passé, comme les vrais amis s’en sont partis, lassés.
Mon compteur affiche -4 amis ce soir, c’est moi qui suis parti, je ne pouvais plus supporter de les voir pervertir ma quête de vérité, aussi silencieuse soit-elle, pour mieux nourrir leur mauvaise foi.
Allemand, blond aux yeux bleus, anti-fasciste à Berlin, en 1942… impression de déjà vécu…
Bouteille baume au coeur N°79
Ce matin, je me sens dégueulasse
Ce matin, je me sens tout cassé
Ce matin, il me faut du café
Ce matin, j’ai envie de tout quitter
Hier soir, j’ai été dégueulasse
Hier soir, j’ai encore tout cassé
Hier soir, j’en ai fait de la place
Des histoires de plus avortées
Si le monde pouvait me ressembler
Ce matin, il serait comme il est
Si je devais ressembler au monde
Je voudrais au moins que tu le saches
Hier soir j’ai été dégueulasse
Ton amour ne pouvait être nôtre
Hier soir je n’y ai rien gagné
Qu’une idée de la vie sans les autres
Ce matin, je me sens dégueulasse
Ce matin je me sens tout cassé
Ce matin j’ai envie de tout quitter
Hier soir j’ai été dégueulasse
Hier soir j’ai encore tout cassé
Hier soir j’en ai fait de la place
Des histoires de plus avortées
Si le monde pouvait me ressembler
Ce matin il serait comme il est
Si le monde devait me ressembler
Je voudrais au moins que tu le saches
Ce matin je me sens à ma place
De tout prendre sur mon dos de salaud
Ce matin je voudrais que tu saches
Le mensonge, c’est vrai c’est dégueulasse
Plus facile pour moi d’être le salaud
Même si je sais que tout ça n’est qu’un faux…
Peut-être que prendre seul cette place
Peut-être est-ce cela être salaud
Je la prends, je l’accepte, c’est ma place
Mais je voulais qu’au moins toi tu saches
Ce matin, je me sens dégueulasse
Ce matin je me sens tout cassé
Ce matin il me faut du café
Ce matin j’ai envie de tout quitter
Hier soir j’ai été dégueulasse
Hier soir j’ai encore tout cassé
Hier soir j’en ai fait de la place
Des histoires une fois de plus avortées
Si le monde pouvait me ressembler
Ce matin, il serait comme il est
Si je devais ressembler au monde
Je voudrais au moins que tu le saches
Plus facile pour moi d’être le salaud
Même si je sais que tout ça n’est qu’un faux…
Peut-être que prendre seul cette place
Peut-être est-ce cela être un salaud
Que ta vie te soit douce à ta place
Que ta vie te soit douce pleine de mots
De silences comme tu aimes les entendre
Que pour toi le monde reste beau…
Bouteille N°80
A l’accueil chez Banktrysh, un soldat arborant l’uniforme d’une armée privée, assis dans une cage de verre blindé, troque, contre ma carte d’identité, une carte électronique qui permet d’entrer dans le temple Pognon.
Je l’allume gentiment « y’a encore quelque chose à voler ici ? »
Lui : « Je ne suis pas autorisé à parler de ça… »
C’est beau la démocratie » lui dis-je en souriant.
« De ça non plus je ne peux pas parler » me répond-il trahissant d’un demi-sourire réprimé l’effective présence d’un cerveau comprimé sous sa coupe de G.I.
Un étage plus bas, je prends ma voix la plus artificiellement humaine possible pour aligner les
« Pour les opérations internationales sur les comptes à vue – Chèques de voyage, transferts, encaissements et lettres de change – tapez 5 »
Une page de « Pour consulter votre compte, historique et autres nouveaux transferts, taper 3 » plus tard, de retour dans le bus avec mon ticket aller toujours valide, je me prépare à une très mauvaise nouvelle.
J’ai 32 dents si mes souvenirs scolaires sont bons, disons le quart à sauver, ça doit faire dans les 8 caries à soigner.
On dit de certains lieux qu’ils sont vivants.
D’autres semblent figés dans l’attente de votre visite.
Ainsi la salle d’attente de Bernard Mondentiste, n’a pas bougé depuis ma dernière visite cinq ans plus tôt, pas une poussière pour s’y être déposée depuis mon dernier détartrage.
Bernard lui-même semble avoir passé les soixante derniers mois dans un congélateur à attendre que je m’inquiète de ma dentition.
Radio, examen du carnage, et verdict : pas une seule carie.
Mais je dois arrêter de fumer, le tabac attaque mon os qui ne repousse plus, tous ses clients déjà morts étaient fumeurs, dans 20 ans je n’ai plus de dents si je n’arrête pas.
Bref, Bernard n’apprécie pas mon haleine de fumeur. Je comprends.
Sur cette bonne nouvelle, rendez-vous est repris dans 15 jours pour détartrer le cendrier, et je reprends le bus pour me rendre à l’enterrement.
Comme les salles d’attente de dentiste, les églises ont cette même caractéristique de ne vivre qu’au ralenti, offrant un paysage de chaises alignées comme on les a quittées lors du dernier enterrement, rassurant comme la grand-mère que l’on sait pouvoir retrouver dans le même fauteuil que la veille, dans le même tablier.
Curés de nos dents comme dentistes de nos âmes attendent patiemment qu’une carie douloureuse, ou un proche pour toujours à quitter, récompense leur éternelle disponibilité…
Bouteille d’eau bénite N°81
La famille accueille en rang d’oignons les convives dans le fond de l’église, et après ces salutations qui m’inspirent toujours des phrases aussi mal à propos que « Ça va ? » ou « C’est bien ici? », bref, que des trucs pour détendre l’atmosphère, je me trouve une chaise en milieu de rangée encore vide, premier hippie pas rasé à s’être égaré là…
Est-ce le plafond voûté surplombant le chœur de courbes veloutées, les briques nues tricentenaires ou simplement la taille humaine aux rondeurs maternelles de cette église ?
Est-ce le fond d’encens qui traînait dans l’air me renvoyant à mes fantasmes de pré-adolescent auxquels j’avais recours pour raccourcir ces trop longues messes qui m’affublaient d’une tenue d’enfant de chœur ridicule, trop courte de vingt bons centimètres ?
Me voilà donc à temps à l’enterrement, sans erreur ni sur le jour, ni sur l’heure, ni sur l’adresse, et pourtant déjà ailleurs, au chaud enrobé de fantasmes érotiques que ma Doriane imaginaire remplit le long des colonnes qui voudraient monter jusqu’au ciel.
Deux vieux sourds me ramènent les pieds sur terre en venant compléter le casting improvisé pour dire au revoir à Maurice, le papa de la femme parfaite de Marjan.
« ON VA S'ASSOIR Là ? CA T’IRA JULES ? » gargarise l’un d’eux de sa voix de vieux fumeur, retraité depuis 30 ans, mais encore et toujours militaire comme il l’a toujours été, et le restera sans doute jusqu’au dernier jour…
Toute l’assemblée s’est retournée vers Jules qui opine du chef s’appliquant à rejoindre la rangée devant moi. Les voilà assis, et le vieux militaire, toujours bon pied bon oeil de poursuivre :
« ET TES DENTS JULES ? CA VA TES DENTS ? » Les bigots en règle d’abonnement froncent maintenant des sourcils, les regards se font durs pour les deux vieux aux tympans de corne.
Le curé soudain sort de la sacristie en civil, le regard perdu, le masque inquiet.
Il traverse l’église et dans le brouhaha qui monte doucement de l’assemblée, comme un public de bourgeois endimanchés retient son émotion en croyant apercevoir planquée derrière le rideau la star qu’il vient applaudir ce soir, j’entends le curé crocheter Marjan d’un « On ne va pas faire n’importe quoi, si elle n’est pas sûre d’elle, tant pis ! ».
« ET TA FEMME ? CA VA TA FEMME ? »
Le curé repart vers sa scène, suivi du mètre nonante de Marjan d’un pas que je lui connais trop bien, le brouhaha monte d’un cran, mon sourire l’emporte sur mon masque de circonstance…
Les bigots en règle d’abonnement sifflent la situation de tous leurs sourcils torturés de désapprobation, leurs regards fusillant les deux sourds, tout en marquant une pointe d’inquiétude pour le curé suivi de Marjan, tous deux avalés par la sacristie.
Je tends l’oreille à l’affût d’un Marjan que je devine en train de désosser le serviteur de Dieu, mais la rumeur couvre le meurtre que la sacristie nous cache.
« ELLE A ENCORE ÉTÉ OPÉRÉE ? ALLEZ DIT ! »
On frôle le burlesque, Marjan réapparaît, retraverse l’église suivi par ses cheveux flottant tels deux anges qui encadrent en cadence un visage fermé sous le regard interrogateur de la centaine de convives perdus.
« OUI, ON JOUE ENCORE AUX CARTES TOUS LES MARDIS… ET TOI ? ON N’TE VOIT PLUS ? »
Les bigots ne tiennent plus en place sur leurs chaises, hésitant sur la bienséance que réclame la situation.
Le curé apparaît enfin dans son apparat rosâtre aux dorures d’un autre âge, il n’est de toute évidence pas rassuré, mais le cercueil s’avance maintenant vers lui, il va devoir officier.
Est-ce l’enterrement de Maurice auquel j’ai assisté ou à la récupération des âmes présentes avant que leur tour ne vienne faire d’eux le Maurice du jour ?
Comme les aviateurs qui marquaient d’une croix leur victoire sur le fuselage de leur spitfire, le premier geste de ce curé sera d’en mettre une petite sur le cercueil, récupérant symboliquement l’âme et la dévotion d’un homme qui n’est plus là pour dire « non ».
La petite croix, apprend-on, ira rejoindre en fin de cérémonie la collection qui s’allonge sur un mur de l’église.
Au premier rang, la famille.
Dans cette famille, la petite Lucia qui vient de perdre son grand-père, et Lucia voudrait tellement dire un mot gentil sur son Papy, par cinq fois elle se lève, impatiente, croyant son moment venu.
Par cinq fois ce curé interrompt son argumentaire de vente pour lui dire « Non, pas maintenant ! ».
Je bous.
Mais je ne suis pas de la famille, si ce n’est par adoption spontanée quand l’amitié est blindée.
« Je vous invite maintenant à venir saluer le défunt en rang par deux, et pour ceux qui voudraient confirmer leur foi dans la rédemption, je les invite à venir toucher la croix que mon assistante et moi-même vous tendons ».
Que faire quand on croit dans le paradis sans vouloir le laisser à ces curés-là ?
Ma génération se contente de boycotter l’invitation et ignore la croix tendue par un curé que le désarroi paralyse, un refus après l’autre.
A mon tour de saluer le cercueil.
Je marque un temps d’arrêt, regarde le curé, le curé me regarde, et sans le perdre de vue, je tends la main vers le cercueil, touche la petite croix de trois doigts, et les yeux plantés dans ceux du curé, j’ignore la sienne.
J’ai cru un instant qu’il allait pleurer.
Il y a des erreurs qu’on ne peut pas rattraper.
Découragé tel un Jésus incompris, notre curé boucle son contrat non sans bénir le cercueil en assénant des coups d’eau bénite trahissant sa rage, et parfume d’encens le pauvre Maurice que je devine sourire là-haut.
Cette messe indigne d’un enterrement, sera sauvée par Lucia qui aura attendu la fin de la cérémonie pour dire, dans un rayon de soleil à elle toute seule, l’amour que lui laisse dans son cœur son grand-père maintenant au ciel.
Merci Lucia, grâce à toi, le Dieu de chacun était là.
Bouteille N°82
Si bas grand-chose ?
Ondes Positives
0 point : Simple Terrien
Prochain niveau à 1 point
Comment être encore plus zen ?
Acceptez les ondes positives envoyées par vos amis chaque jour.
Lorsque vos amis acceptent les ondes positives que vous leur avez envoyées, leur karma augmente !
Trois jours sans joints dans une cure de fin d’hiver comme d’autres entament un petit régime, partent en vacances ou se mettent à penser, troubles épinglés ce matin en Guadeloupe malgré le soleil, le monde est une île, l’eau monte...
Bouteille d’ange 007
Ella, c’est d’abord une voix.
La voix.
Toutes les hôtesses de l’air du monde peuvent aller se rhabiller, et surtout se taire, Ella incarne toute la douceur qu’une voix peut émettre reléguant l’idée de la vulgarité et de l’agressivité à de mauvais rêves effacés.
Ella ne connaît pas la fausse note, Ella n’a pas cru bon d’entendre que ça pouvait exister.
Puis quand les oreilles acceptent de goûter au nectar du son qu’une voix humaine peut émettre, les yeux se réveillent pour découvrir deux yeux plus perçants que fatigués au regard rieur.
Un regard profond, de ceux trop rares qui vous écoutent avec bienveillance jusqu’au fond de vos silences.
Ses mains gantées d’une peau de satin touchent avec la légèreté de ses baisers, celle de ces nuages tout blancs qui vous font vous arrêter, le nez au ciel, pour mieux les vivre du regard, comme certaines courbes dansent d’un pas aérien dans une foule trop pressée qui lui fera pourtant une Ola immobile pour mieux en croquer la furtive mélodie.
Le corps d’Ella revient des guerres qu’il a traversées, meurtri de batailles pour lesquelles il n’a pas été fait, encore emballé d’une couche camouflage qui en a préservé la bonté, l’espoir en la vie et la promesse de beauté.
Cinq jours six nuits de découvertes ponctuées de retrouvailles, dans mon armoire aux relations il me faut un tiroir encore jamais ouvert, même pas soupçonné.
C’est Ella qui le trouve, entre ceux remplis des amours envolées et d’autres préservant les fidèles amitiés, nous nous choisissons « Amireux », tiroir secret à la double serrure dont nous garderons chacun une clé.
Bouteille N°83
Je me réveille avec cette gueule de bois que me laissent mes rêves récurrents de fin du monde, je n’ai pourtant rien bu, ni fumé d’interdit depuis des jours…
Pierre y serait-il pour quelque chose?
Sur Facebook ce matin, c’est son anniversaire.
Sur Facebook, certains empilent les amis comme d’autres additionnent les femmes dans leur lit.
976 amis pour Pierre. Peut-être le seul à en compter autant et dont on peut dire que ce n’est vraiment que la conséquence de 48 années de fidélité aux gens rencontrés.
Sa page s’étire d’Happy Birthdays aussi sincères les uns que les autres dans un chapelet qui s’allongera sans doute tout le jour.
Quand une intelligence exceptionnelle est couplée à un cœur d’exception, ça donne des overdoses d’amour.
Jean-Pascal Ledoux a écrit à 10:41
“J’ai rêvé cette nuit de pannes d’électricité géantes.
Ca parcourait les villes, bientôt des pays entiers, transformant la terre en guirlande clignotante...
De la lune, on pouvait lire en alternance d’immenses
H.
B.
P.
Ce n’était donc pas encore la fin de notre monde...?
Bonne glisse Pierre, profite...
;-)
Jp”
Bouteille N°84
Bruxelles débute ce congé de carnaval sur la pointe des pieds.
Les marteaux-piqueurs flamands ont beau creuser leur trou quotidien dès la fin de nuit, deux heures avant l’aube, pour le reboucher comme chaque jour avant la fin de l’après-midi, c’est toute la ville qui semble avoir décidé de ne pas se lever.
Comme si chacun attendait la nouvelle donne pour y trouver sa place…
La nouvelle donne… Qui osera la définir ?
Et si c’était pour ma pomme, qu’en dirais-je ?
Article premier :
Ce qui est vital à l’homme doit lui être garanti par l’Etat dans une qualité sans cesse optimisée, en quantité suffisante.
Article second :
Les secteurs de production et de distribution couvrant la réponse à ces besoins vitaux doivent être nationalisés.
Article troisième :
Le plein emploi est oublié au profit du mieux vivre.
Article quatrième :
Les filières, offrant des produits et des services gratuits, en quantité responsable à chacun, sont défiscalisées.
Article cinquième :
Les produits de confort verront leur prix fixé selon la loi de l’offre et de la demande, majoré d’une taxe écologique devant couvrir leur impact environnemental.
Article sixième :
La consommation sera taxée en fonction de la quantité selon une échelle logarithmique de façon à décourager toute surconsommation.
Article septième :
Tous les secteurs vitaux de l’économie, banques, énergie, distribution, eau, communication, sont nationalisés.
Article huitième :
Toutes les monnaies ayant cours seront remplacées par une monnaie mondiale de manière à éviter toute spéculation, la conversion des anciennes monnaies en nouvelle monnaie étant plafonnée à un montant qui éradique l’existence de milliardaires, les masses monétaires en surnombre étant détruites dans ce changement de monnaie.
Article neuvième :
Toute personne s’étant révélée incapable d’aimer son enfant avec l’amour auquel il a droit sera activement et préventivement invitée à ne plus se reproduire.
Article dixième :
Les droits de l’homme tels que garantis dans sa charte sera d’application mondiale dans le concret de chacun.
Article onzième :
Les armées de chaque pays seront réduites à 10% des moyens actuels, et fondues dans une armée mondiale sous l’autorité de l’ONU.
Article douzième :
L’ONU fonctionnera tel un gouvernement mondial, représentant chaque peuple au prorata de l’importance de sa population, et sera seule autorisée à user de cette armée pour appliquer les règles présentement dictées.
Article Treizième :
Chaque génération retiendra pour premier critère, dans tous ses choix de société, le bien-être des générations qui la suivent.
Article Quatorze :
L’humanité entière fêtera les solstices d’été et d’hiver rebaptisés respectivement « Jean-Pascal’s night » et « Jean-Pascal’s day » pour se souvenir que la dictature d’un seul au nom de son délire, d’un groupe au nom de ses petits intérêts mesquins, ou de tous au nom de leur connerie générationnelle, que cette dictature du soi au détriment des autres, présents et à venir, appartient à une époque révolue sans retour possible.
Amen.
Bouteille N°85
Sur Facebook ce soir, je découvre l’affiche électorale du Cdh.
Joëlle a créé un groupe, et nous affirme, un ring de boxe en guise d’illustration, que « Ce n’est pas ça, la politique ».
Soudain, Madame la Présidente, et Ministre de l’Emploi encore en fonction, nous affirme que la crise est grave, en appelle à « des idées neuves »…
L’occasion est trop belle pour ne pas sortir ma mitraille, pardon les bourgeois, la mauvaise conscience ne suffit pas, et s’exclure du ring en dernière minute n’est pas correct…
Dans un bug formidable de pertinence, Facebook m’affiche pour toute date d’édition un « demain » que je n’aurais osé rêver…
Jean-Pascal Ledoux a écrit
demain, à 02:17
“La crise... Comme si l’économie connaissait un accès de fièvre, une maladie passagère, une petite panne provisoire...
Une directrice d’école me racontait encore hier comment le dernier projet de nouvelle politique de l’emploi tolérait encore des tiers-temps pour des gardiennes d’enfants.
Et je ne parle pas de la réduction d’heures pour les former. Gardienne d’enfants, ce n’est pas gardien de parking !
Et pourtant... Il semble que l’économie réclame toujours des solutions plus rapides pour libérer les parents de leurs obligations (et je pèse mes mots) de parents pour aller détruire le monde qu’on leur laisse...
Le plein emploi est un concept qui perd toujours plus de sa pertinence, les machines remplacent chaque jour l’être humain, mais rien n’est fait pour qu’il en profite.
L’argent.
L’argument éternellement premier pour justifier l’injustifiable.
L’argent, comme s’il n’était pas le premier moyen de mener une politique, comme s’il était le fruit du travail… “
Jean-Pascal Ledoux a écrit
demain, à 02:25
(Je continue, ça m’énerve trop pour me limiter à l’espace que permet ici facebook).
“L’argent donc.
Comment est-il créé?
Qui décide de faire de ce morceau de papier un billet de banque?
En quelle quantité?
Comment permet-on à ce système d’argent dette d’exister?
Comment est-il possible que les hommes et les femmes politiques acceptent cette fonction sans remettre en question, en toute première tâche, le monopole de banques privées à le créer, ou non...
Comment est-il seulement imaginable d’accepter que l'Etat, nous-mêmes, se prive de créer l’argent dont il a besoin pour fonctionner?
Comment est-il possible de trouver crédible une seule seconde de renouveler une classe politique qui engage la population à payer des intérêts à des banques privées pour l’emprunt que l’Etat doit faire afin de compenser les fuites de capitaux et les impôts qui ne sont pas perçus là où file l’argent?”
Jean-Pascal Ledoux a écrit
demain, à 02:31
(Je continue, ça m’énerve trop pour me limiter à l’espace que permet ici facebook).
“Comment peut-on parler de crise quand les usines produisent trop pour une population exclue de la consommation?
Comment est-il imaginable que certains puissent encore remplir des piscines quand d’autres 1000X plus nombreux doivent renoncer à remplir leur baignoire?
Comment accepter l’absence d’une fiscalité progressive sur la consommation?
Comment peut-on parler de politique de l’emploi quand on devrait inscrire d’urgence le droit à une allocation universelle?
Comment accepter cette politique de l’emploi conditionnant notre manière de manger, de nous soigner?
Comment encore oser nous faire croire que les propriétaires du capital doivent conditionner le devenir de tous les autres?
Comment prétendre encore que les centrales nucléaires sont ne fût-ce qu’une option pour demain?”
Jean-Pascal Ledoux a écrit
demain, à 02:39
(Je continue, ça m’énerve trop pour me limiter à l’espace que permet ici facebook).
“Comment est-il possible que des jeunes de 17 ans, bientôt électeurs, ne soient pas rompus aux enjeux de la démocratie avant d’aller voter?
Comment accepter qu’on prépare un automobiliste ou un plombier sans le préparer à voter ni à élever un enfant?
Comment oser encore nous enfermer dans des débats politiciens et communautaires quand le tiers-monde crève la gueule ouverte de notre égoïsme de nantis, un égoïsme qui en vient à bouffer ceux qui en profitaient encore hier jusqu’ici en Europe, alors que notre prospérité devrait faire tache d’huile?”
Jean-Pascal Ledoux a écrit
demain, à 02:44
(Je continue, ça m’énerve trop pour me limiter à l’espace que permet ici facebook).
“Je suis, Joëlle, très très très profondément écoeuré, ce court terme ne mène nulle part, et cette affiche est une insulte de plus à l’intelligence qui devrait être la nôtre à choisir des partis qui nous défendent, nous construisent, nous éduquent, nous guident, nous grandissent!
Où sont ces hommes et ces femmes?
Ils ne passent pas le filtre des partis en place et des intérêts qu’ils servent.
Même constat dans les médias, vendeurs d’espaces et de conservatisme, effrayés de perdre le pouvoir par la longueur d’avance que donne le pognon sur ceux qui n’en disposent pas.
L’argent, c’est du temps, et pas seulement pour les artistes, comme le disait Léo Ferré.
Commençons par ça: La vérité sur la dette : Voilà ce que cette affiche doit porter. Parce que votre match est un mauvais film que nous ne regardons même plus.
620 membres vont devoir se positionner, trouver des parades, sans doute me traiter de poujadiste, mais je sais qu’ils savent que leurs propres arguments sont sans fondement, ils brûleront le porteur de mauvaise nouvelle, restera la mauvaise nouvelle, qu’aucune mauvaise foi ne pourra transformer…”
Bouteille N°86
Ce matin, les deux paquebots qui ornent les hublots carrés perçant mon toit brillent des reflets qu’un soleil revenu après des jours de bouderie rendrait presque beaux.
Ce matin, Simon s’est levé joyeux, très vite enlevé pour deux jours par son grand-père pressé dans son carrosse de fer, direction la campagne.
Ce matin, j’ai encore tenté de parler avec mon père, ne pouvant m’empêcher de le noyer comme toujours d’une parole qu’il n’a pas apprise avec son propre père, mais il est loin de mes indignations citoyennes.
Je repense à ce que me disait Ella à propos du trans-générationnel dont elle se fait une spécialité, ces manières plus rarement belles que cauchemardesques de se vivre d’une génération à l’autre.
Chez Ella, c’était la violence qui s’est transmise d’une génération à l’autre.
Violence du mari sur sa femme, de la femme sur ses filles, l’amour ne survivant que dans le lien grand-mère – petite fille.
Ella a décidé d’abandonner cet héritage morbide immuable depuis au moins cinq générations, prenant l’amour de sa grand-mère, pour le donner directement à ses deux filles.
Mais Ella n’a pas encore accepté dans son corps, son cœur, son âme, qu’elle ne méritait pas d’être victime de sa propre maman.
C’est difficile de refuser ce qu’une maman donne, même quand ce n’est qu’un beau-père violent et pervers, une perversité que cette maman aura elle-même nourri de toutes ses propres rancœurs.
C’est bien connu, un enfant battu s’emploiera finalement à recevoir les coups, quand ce sont les seules formes de caresses auxquelles il a droit.
J’écris « maman » à propos de celle d’Ella, mais elle ne l’a jamais été, se contentant d’être victime-bourreau, comme toutes celles qui l’ont précédée.
J’écris « maman » juste parce que Ella était une petite fille, et qu’une maman qui n’est pas digne de l’être, quelles que soient ses excuses et son passé, ne perd pas son titre de maman, ce serait trop facile.
Ella a donc eu une maman qui n’en avait pas la nature, faute sans doute d’avoir appris ce que cela pouvait être.
Alors Ella est une maman qui aime comme une grand-mère, infiniment.
Ella est heureuse comme une enfant, celle qu’elle a voulu rester malgré une enfance fracassée pour ne pas devenir cette femme que sa maman aura été, protégeant ses enfants, isolant le futur du passé, mais incapable d’abandonner sa maman jusqu’à devenir cette autre et d’accepter le bonheur, conquis seule, de ne pas être comme cette « maman ».
Ca restera sa maman, elle restera sa fille, et si de ce lien ne reste que le vide impossible à guérir, elle garde en elle ce fil de douleur à distance, en silence et partagé…
Mon papa à moi n’a pas eu le temps d’apprendre l’échange de paroles avec son père, lui-même n’ayant pas appris.
C’est courant, ce n’est pas grave, mais depuis qu’on a enterré mon parrain dont je n’ai aucun souvenir de la voix, j’ai toujours senti mon papa triste, orphelin des paroles qui n’avaient pas eu le temps d’être échangées entre lui et son père.
Alors je parle, je m’indigne du monde sans doute pour être sûr de ne pas laisser le silence nous envahir du fond des silences hérités.
On parle bien sûr, mais je noie, et il endigue, et plus il endigue, plus je coule de mots.
Simon semble reproduire le schéma, débordant de paroles jusqu’à me couvrir de baisers quand je l’écoute trop distraitement, baisers que mon propre père n’a pas reçus.
Ma complicité avec Ella puise l’une de ses racines dans ce regard critique que nous partageons sur ce trans-générationnel qu’elle vit avec une indispensable lucidité, héritage sans testament que je vis quant à moi encore à l’instinct, grâce à un trésor de papa capable de me supporter.
Enfin, «supporté»… pas toujours, mais il a été, est et sera toujours là pour moi, je le sais.
Bouteille N°87
Douze heures après mon lâcher d’indignation sur le groupe Cdh, pas une seule réaction, pas un seul message de plus sur le forum, le groupe semble gelé.
Je réalise que j’ai peut-être cassé leur « élan » d’humain humaniste… Je me relis, ça fait mal.
Il faut que j’ouvre un possible, sans me dédire de ce que j’ai lâché.
Jean-Pascal Ledoux a écrit
à 13:25
Votre silence m’impressionne...
Personne pour relever le caractère raciste du visuel?
Qui est le «noir» des deux combattants? S’il devait y en avoir un..?
Qui est le « blanc », brave type à la coupe de bourgeois...?
Les gants noirs auraient pu être bleus, les gants rouges auraient pu être rouge vert orange, et l’arbitre, une petite fille de dos... Cela aurait déjà dit autre chose.
Je pense que Joëlle est une femme honnête et de bonne volonté, mais elle ne peut pas porter seule le courage politique qu’il faudra pour oser des idées qui nous étiquetteront de communistes.
Encore un peu de misère, et cela fera moins peur que la dictature capitaliste.
Je m’arrête là.
A vous tous!
;-)
Puis dans un doute, je réalise que mon camarade Jean-Luc est peut-être derrière cette campagne.
Un message plus tard, Jean-Luc est effectivement derrière… mais Jean-Luc apprécie la critique, et se défend de tout racisme, justifiant de sa propre absence de préjugés pour mieux ignorer ceux qui en auraient encore...
C’est bon d’être écouté, à défaut d’être entendu…
Le monde est une tour de Babel en forme de village…
Ou l’inverse ?
Bouteille N°88
Internet apparaît comme un miracle pour échanger l’information, et Google un miracle pour la trouver.
En grattant un peu, il apparaît que l’algorithme utilisé par Google est d’autant plus rapide qu’il renonce d’emblée à scanner tout le contenu du web pour ne traiter que ce qui est le plus pertinent.
De là à se dire que cet algorithme exclut délibérément certains sujets en rapport avec certains mots-clés pour décrédibiliser certaines informations, il y a une imagination logique et paranoïaque de bon aloi à écouter…
Ainsi, je suis très interloqué par ce que je ne trouve pas lors de certaines recherches.
Des informations qui se retrouvent dans des livres, et dont je ne trouve que de très faibles échos sur Google.
Exemple ? Exemple :
« Soigner avec les vers ». Clic.
Et voilà une information pratiquement inexistante, perdue entre « soigner avec les pierres », « le magnétisme », « les mains »…
Un contenu qui se limite à l’évocation de tests pour soigner l’asthme, mais surtout la maladie de Crohn.
Bizarre, non ?
La maladie de Crohn est une inflammation chronique des intestins.
Gênant.
Mortel.
Alors on coupe.
Encore et encore, jusqu’à ne plus avoir qu’une poche, une rente pour les laboratoires pharmaceutiques.
Mon imagination logique et paranoïaque de bon aloi, que j’écoute plus sûrement que ce que les informations du matin ne me donnent pas, m’invite régulièrement à renverser les valeurs prétendument avancées.
La fonction de l’industrie pharmaceutique serait de me guérir quand je suis malade ?
Mais si je suis guéri, je ne rapporte plus rien.
Donc mon imagination logique et parano m’invite gentiment à envisager l’inverse, ce qui est tout de suite plus rentable…
La maladie de Crohn explose depuis les années trente.
Depuis les années trente, la population humaine est vermifugée.
Pourquoi avoir vermifugé toute la population ?
Pourquoi avoir liquidé ces parasites avec lesquels nous cohabitions depuis toujours ?
Par souci sanitaire ?
Pour quel bénéfice ?
En vermifugeant tous nos intestins, nous nous privons d’un ver qui les squattait sans nous poser de problèmes.
Ces vers pour survivre dans l’environnement hostile de nos intestins produisaient une couche de protection et par conséquent, tapissaient nos intestins de cette couche protectrice.
On liquide les vers, et voilà la maladie de Crohn.
Un lien de cause à effet ?
Au profit de qui ?
Il est bien plus rentable d’oublier le lien, alors voilà une maladie à soigner, des opérations à pratiquer, des poches à vendre, des millions de taupes soudain à sauver…
Ce que j’écris est écoeurant ? Vers… intestins… poche… pas sexy tout ça.
Les vers ne sont pas capitalisables en bourse, qu’importe le lien logique que l’on peut faire entre la manière dont l’homo sapiens a pu vivre pendant 200.000 ans d’évolution et l’apparition ou l’explosion de certaines maladies si cela devient rentable de les soigner plutôt que de les prévenir.
Les vers peuvent aider à soigner au moins l’asthme, la dépression, Alzheimer, du rhume des foins aux allergies les plus graves, la sclérose en plaque, la maladie de Crohn et certains cancers.
Tu vois le déficit de marchés que ça représente pour ceux qui prétendent nous soigner ?
Les médecins sont tenus de prouver l’efficacité des alternatives qu’ils pourraient envisager d’envisager de mettre en œuvre pour soigner, à la lumière de leur propre expérience empirique, quand dans le même temps les laboratoires pharmaceutiques nous utilisent comme des cobayes.
Et comme au moyen âge, on brûle l’indiscipliné d’une exclusion de l’ordre des médecins, interdiction de pratiquer.
L’ordre des médecins.
Ça porte bien son nom.
Ils entrent en médecine comme on rentre dans les ordres, et distillent les pilules comme d’autres des Ave maria au sortir du confessionnal.
L’homme a cherché des milliers d’années le moyen de mourir le plus tard possible, en se soignant d’abord avec ce qu’il avait sous la main : d’abord… les siennes.
Puis par une connaissance des plantes et des boues que la tradition orale a transmises de génération en génération.
En un siècle, au prétexte qu’elle avait trouvé la pénicilline, la Science Médicale telle une religion digne de l’inquisition a relégué ce savoir ancestral au rang de « remède de grand-mère », « remède de sorcière ».
En liant intimement l’économie de la recherche à celle des soins, le capitalisme a perverti l’art de soigner le plus grand nombre au profit d’une quête effrénée du mourir le plus tard possible.
Qu’importe le coût humain, qu’importe si le plus grand nombre doit vivre en se soignant plutôt que guérir, la machine à fric doit servir ce progrès dont les Maîtres attendent la vie éternelle…
En attendant les progrès de la « SCIENCE », les plus nantis, morts, se font congeler dans l’attente éternelle d’un progrès capable de les ramener à la vie.
Quand le capital qu’ils ont laissé pour garder le frigo actif est épuisé, quand le cours des actions censées couvrir la note s’effondre, on les débranche.
Ont-ils jamais su de leur vivant ce que pouvait être la vie pour vouloir la prolonger comme ça ?
Un enfer sur terre que nous soutenons dans une confiance aveugle chaque fois que nous poussons la porte d’un médecin plein de bonne volonté soigneusement trié par 8 années d’études universitaires payées par la collectivité, docteur-curés de nos corps aux croyances scientifiquement endoctrinées…
La médecine moderne m’a sauvé la vie trois fois, quel ingrat je fais !
Qui suis-je aujourd’hui sinon un homme en vie pour le raconter… ?
Je dis médecine moderne pour éviter ce « médecine traditionnelle » qu’ils ont volé pour mieux désavouer les médecines traditionnelles rebaptisées « médecines alternatives ».
La logique et l’honnêteté intellectuelles voudraient qu’on appelle la médecine moderne « médecine chimique », et les autres qui ont fait leurs preuves, au fil des millénaires, « médecines traditionnelles » ; mais comme nous allons le voir, le vocabulaire est lui-même détourné pour servir ces intérêts parasites dont nous sommes tous petit à petit en train de crever.
Les laboratoires pharmaceutiques pillent aujourd’hui systématiquement les plantes médicinales présentes encore en grand nombre dans les forêts vierges afin d’en breveter les gènes réparateurs.
Tout ce vivant qui nous a soigné pendant deux centaines de milliers d’années est progressivement privatisé.
Et quand les vers seront à nouveau trop officiellement à considérer pour leur valeur curative, soyons sûrs qu’ils devront nous coûter, au prétexte d’un gène breveté, au profit de ceux-là même qui les avaient relégués au rang de « remède de grand-mère », car il est difficile de faire payer ce que grand-mère a toujours gratuitement donné.
Mon imagination logique et paranoïaque se nourrit du réel, et ne peut que relever la confiscation jusqu’à l’usage du vocabulaire pour son profit exclusif que « LA SCIENCE » médicale a fait en interdisant à tout autre qu’elle-même le droit de prétendre guérir.
Le guarana, connu essentiellement dans notre culture pour son effet énergisant, est une plante pratiquement sacrée pour les indiens d’Amazonie.
Cette plante présente des vertus curatives dans de nombreuses situations. Je n’en retiendrai qu’une seule : les migraines.
Je souffre de migraines depuis l’âge de quinze ans, la « science » m’a scanné pour me confirmer que j’avais un profil de migraineux.
Les antidouleurs n’y suffirent pas, d’autres médicaments me prirent jusqu’à mes cheveux pour m’abrutir dans une douleur en somnolence.
Un jour, Alex Maniptramp me ramène du guarana en provenance du Brésil. J’adopte le produit pour tenir le coup au micro public à l’heure des embouteillages matinaux, et je constate… que mes migraines ont disparu…
A court de guarana, les voilà revenues.
Nous avons donc choisi, Alex Maniptramp et moi, de commercialiser ce produit sous la marque Guarana.be, jolie caravelle que le capitaine paresseux plantera dans les récifs avant de s’enfuir avec la chaloupe, autre réalité, autre histoire à vous raconter….
En attendant, interdiction formelle de vanter les vertus curatives ou anti-douleur du Guarana, cet énergisant ne peut être connu pour ses effets bénéfiques contre les migraines sans être considéré comme un médicament, ce qui revient à devoir le faire valider comme tel par… l’industrie pharmaceutique.
Cette industrie est sœur jumelle de l’industrie bancaire, dans ses pratiques, dans son mépris pour l’être humain, dans sa dictature monopolistique absolue sur son secteur.
On pourrait les comparer à l’industrie du culte catholique comme à celle du tube cathodique, mais mon arbalète ne tire qu’une flèche à la fois.
Pardon ?
Google ?
Merveilleux canif suisse de l’information, poly ingénieux à rêver, qui nous ferait presqu’oublier tout ce que Google ne dit pas…
Bouteille d’infini on recommence N°89
- « Bonjour Seigneur
- Bonjour Gabriel
- Avez-vous bien dormi ?
- Comme un bébé ! Alors ? quoi de neuf ?
- L’humanité s’est éteinte durant votre sommeil.
- Ah bon ? Pourquoi ne m’as-tu pas réveillé ?
- Vous dormiez si bien, en valaient-ils la peine ? Ils ont tout cassé…
- Tout cassé ? Vraiment tout ? »
Dieu soupira, et se promit de ne jamais plus faire d’heures supplémentaires…
Bouteille N°90
Gabriel a de mauvais yeux.
Toute l’humanité en effet, sauf un.
Perdu en mer sur son bateau de 16 mètres, le dernier survivant survit enfermé dans son salon flottant.
Plus malin que tout le monde, il n’a pas perdu son héritage dans la débâcle, et aura préparé toute sa vie durant cet instant d’immense solitude.
Puissant parmi les puissants à une époque où l’argent récompensait plus certainement l’opportunisme que le travail, il a opportunément conduit sa vie en marge des autres, pompant 10.000 fois sa part avec l’instinct qui l’aura guidé là, seul sur les flots.
Il se souvient de tous ceux qui auraient voulu partager leurs rêves avec lui, confondant leurs propositions avec une convoitise pour l’appât de ses gains.
Il y avait des putes, des salauds, des blaireaux, et même des idéalistes convaincus qu’avec un peu des moyens sur lesquels lui et ses semblables étaient assis, il y avait moyen de changer le monde…
Changer le monde… La bonne blague…
Sa formation de psy l’avait conduit à décoder selon le code appris à l’époque combien l’homme se manipule lui-même, secoué entre ses peurs et ses illusions, ses mensonges et ses déraisons.
Il avait goûté à un morceau de l’humanité, celui que le hasard des rencontres lui avait permis de croiser sans chercher à les rencontrer, sans envisager une seule seconde de voir dans le hasard autre chose que le hasard.
Coïncidences ?
Mais il était athée, et seuls les croyants pouvaient se laisser berner par le mythe d’un hasard chargé d’un sens à décoder.
Alors dans son salon orné de bois semi-précieux et de moquette anti-dérapante, sortant juste le temps de relever les lignes qui lui permettent encore de survivre d’un rare poisson distrait, il se souvient de cette vie éclairée de sa lucide méfiance pour tout ce qui ne le rapprochait pas d’une idée cultivée en secret de ce que pouvait être la sécurité.
A l’époque où son souci était d’avoir des amis, il avait monté un bar de Jazz.
Quels précieux amis il avait eus, brillants sur leurs instruments, le rassurant par leur présence et leur talent sur la valeur qu’il pouvait s’autoriser avoir à ses propres yeux.
Puis, quand le souci de pérenniser le capital financier accumulé s’est imposé comme la priorité, il a « géré » son portefeuille en le confiant à divers spécialistes de la traite de la bourse, la grande foire au pognon.
Puis quand les affaires ont commencé à sentir le roussi, quand les idéalistes se sont mis à hurler au risque de fin du monde encore plus fort qu’avant de les entendre, il a acheté un bateau, une maison qu’on peut éloigner des autres, bientôt affamés et jaloux du confort concentré sur les quelques têtes dont il était.
Quoi de mieux que la mer pour se protéger des furieux ?
Il en avait embarqué quelques-uns avec lui à l’époque où le monde se contentait d’aller mal dans l’encore possible d’aller mieux, et le psy qu’il était devenu en vase clos pour lui-même dans son secret bien gardé lui avait montré combien la nature humaine, même sur la mer, ne pouvait se comporter aussi raisonnablement que lui.
Les femmes avaient tenté de monter à bord de sa vie durant quarante ans, mais les femmes veulent des bébés, et les enfants ralentissent la marche quand le feu brûle la steppe.
Alors pas d’enfants, tu comprends ?
Il y en avait déjà tellement de ces moutards braillards qui un jour seraient aussi cons que leurs parents, il ne pouvait souhaiter la vie pour les siens.
Quand les meutes de gueux affamés se sont précipités sur le monde des nantis dont ils étaient privés depuis toujours, quand ces meutes ont tout cassé se livrant une guerre cannibale jusqu’à faire sauter les réacteurs des centrales nucléaires dans une ultime prise d’otages sans interlocuteurs pour la dénouer, notre le plus malin était déjà loin sur son bateau, seul, c’est plus prudent.
La houle légère fait dériver son 16 mètres depuis maintenant huit mois, quelques épaves flottant sans vie anime son radar, il économise la voilure rangée pour des jours meilleurs.
Son compteur Geiger a rendu l’âme, ultime bienveillance de Dieu lui économisant la mauvaise nouvelle qu’un nuage radioactif sera le dernier ennemi qu’il n’aura pu éviter.
Ce n’est peut-être pas très chrétien de s’adonner à cette manipulation d’un psy, Dieu le sait, mais il n’a plus qu’un homme pour lui rêver des illusions de sens.
Un seul homme, tout seul, qui par chance pour Dieu, a gardé intactes toutes ses peurs de petit garçon, c’est son tout dernier, tu comprends ?
Alors il l’économise…
Personne n’est parfait…
Bouteille N°91
Vous l’ai-je dit ?
Ma maman était professeur de religion.
Mais avant, elle a été une princesse.
Et encore plus tôt, ma maman fut une éponge à peur.
Son papa a joué au radio libriste avant moi, et déjà à son époque, c’était interdit.
Moi, j’ai joué docile, j’ai rejoint « Radio Paris » (ment, radio Paris est…), mais lui a voulu libérer son pays avec quelques copains avant que De Gaulle ne soit prêt, avant que les Américains décident finalement de ne plus financer la guerre d’Hitler pour aller lui mettre une claque comme ils feront par la suite avec Saddam Hussein.
Alors mon grand-père a disparu entre deux types en uniformes vert de gris dans un grand camion au moteur mal réglé, le poste émetteur confisqué, et ma grand-mère s’est mise à trembler.
Jours et nuits, mois après saisons, sans nouvelles, elle a tremblé pour ce que ces sales boches pouvaient faire ou avoir déjà fait à son mari.
Déjà en ce temps-là, on punissait l’entourage en même temps que l’indiscipliné.
Aujourd’hui encore, un enfant doit être solidaire de son parent tombé en disgrâce économique jusqu’au fin fond du CPAS.
Qu’importe si le parent a abandonné sa fille dès le berceau; trente ans plus tard, l’administration se charge de rappeler le lien filial et la responsabilité économique qui en découle.
Comme c’est facile…
Donc ma grand-mère tremble, et ma maman, toute petite, éponge…
Le grand-père revenu après cette punition collective, ma maman devient sa princesse.
On se rattrape comme on peut.
Une enfance et une adolescence plus tard, elle choisit son prince, ce que mon grand-père aura beaucoup de mal à avaler, et comme elle est très belle, elle n’a que l’embarras du choix.
Elle choisit mon papa.
Il la regarde comme une princesse, l’aime comme une princesse, et dépose toute vie à venir à ses pieds.
C’est une vocation d’être le prince d’une princesse, un temps plein qui prend tout.
Parfois, je me demandais ce que mon papa pourrait être s’il n’avait été le prince de sa princesse.
Alcoolique drogué, star de rock déchue ou auteur dramatique maudit ?
Et si maman avait choisi autre chose qu’être princesse… la petite fille aux allumettes ou cendrillon version Jean-Louis Aubert ?
Les années passant, maman devenant maman, elle s’est transformée en princesse louve…
Inspirant à mon père une force surhumaine pour empoigner des défis qu’il relevait comme on conquiert le territoire aussi discrètement qu’en mâle dominant, il a doté le petit village qui les vit s’installer d’une dimension socio culturelle dont les habitants ne soupçonnaient même pas le possible.
C’était la grande époque des politiques culturelles en région rurale, et de ces mille possibilités encouragées par mille politiques pour doter la campagne de Foyers Culturels, Syndicats d’Initiatives, Bibliothèques Municipales, Foires Artisanales et autres Structures Associatives (sans but lucratif…) qui marquèrent mon enfance.
Papa fut donc président, plus directeur, plus président et aussi responsable, cumulant les fonctions et les responsabilités, mais laissant toujours la cour politique communale aux autres mâles dominants, maman ayant fixé cette limite dans la conquête du pouvoir de changer le monde, pour encore voir son mari.
Maman louve eut bientôt 3 petits louveteaux, puis quatre.
Une petite armée pour construire le monde qu’elle rêvait éclairée d’une bible que je n’ai jamais lue et dont elle gardait du fond de sa propre éducation ce qui l’arrangeait, loin des religiosités conservatistes, pour n’en garder que les valeurs humanistes.
C’était beau le monde de ma maman professeur de religion.
Un monde où le devoir de désobéissance devait s’imposer pour préserver nos valeurs en péril, un monde où nous étions tous des petits Jésus nés pour changer ce monde de tarés.
Entre papa qui nous expliquait en histoire comment chaque civilisation s’était construite à la sueur de plusieurs centaines générations pour finalement dégénérer trois générations d’enfants gâtés qui foutaient tout par terre en quelques décennies, et maman qui nous poussait à tout sauver, j’ai très vite su que le monde n’allait pas bien, et qu’il allait falloir être plus malin que tous les gâtés des civilisations précédentes.
Quand je sus d’instinct qu’il fallait faire du fric pour libérer ses journées afin d’être totalement libre pour libérer le monde des tarés, maman et moi divorçâmes.
Depuis toujours, il suffisait que quelqu’un arrive à la maison en Mercedes pour que ses préjugés anti-capitalistes la rendent très désagréable, son sourire de façade forcé, convenance d’enfance héritée, ne sauvant que l’idée des apparences.
Quand je sus d’instinct comment prendre le pouvoir dans les espaces de médias et de fêtes de notre petit village bientôt à neuf autres villages fusionné, ma démarche reposant sur la participation à la sphère économique lui fit craindre sans doute « Son Grand » en danger de perdition idéologique.
Pourtant, je peux le jurer, je ne voulais lever des moyens que pour lever une armée pour tout sauver.
Quand il eut été temps de claquer la porte pour m’envoler au risque de la blesser, je pense avoir eu peur de la briser.
Papa avait si bien protégé sa princesse, ils m’avaient tous deux doté d’une puissance que je ne pouvais risquer d’utiliser contre eux, je n’allais quand même pas tout casser, même pour me libérer…
J’avais appris le devoir de désobéissance, pas le droit à la choisir…
Ensuite…
Ensuite…
Ensuite j’ai flotté vingt cinq années dans mon tonneau au gré des flots, de colères en micros radios, voulant avaler la mer, longtemps flotté, de plus en plus profond, jusqu’au fond, jusqu’à en couler.
J’ai dérivé, ramé, hurlé, tenté, testé et toujours cru que demain serait un autre jour.
Bouteille N°92
On devient ce que l’on pense
On devient ce que l’on vit
Quand nourris par trop d’attentes
Qu’attendons-nous de la vie
Pour ne suivre que l’envie…
On se remplit donc la panse
On se remplit plein d’ennui
Quand nourris par l’espérance
Que tout cela est gratuit
On se perd dans l’abondance
Et quand nous revient la nuit
On referme les yeux d’aisance
On ne pense pas, c’est fini.
Bouteille N°93
Je cherche Panurge, j’ai deux mots à lui occire… quelqu’un l’a vu ce con ?
Bouteille de conditionnels N°94
Et si l’homme n’était pas ce que l’on croit de lui ?
Et si l’homme était juste un tas de viande sans plus de prédateur que lui-même ?
Et si on restaurait la pratique du cannibalisme pour économiser la planète ?
Et si la terre n’était qu’une gare de triage, filtre destiné à reconnaître les humains des autres, quelques dizaines d’années avant un beau voyage récompensant les patients d’amour et de liberté partagés ?
Et si l’Eglise s’était enfoncée dans la caricature d’elle-même pour que nous puissions librement adhérer aux valeurs qu’elle prétend défendre aux côtés des puissants ?
Et si le sentiment de peur ne devait exister que pour en rire ?
Et si mon voisin ne s’appliquait dans sa connerie que pour mieux me valoriser ?
Et si l’amour véritable n’était pas monogamie possessive mais liberté de l’autre et de soi dans le respect de tous ?
Et si les nuages dans le ciel n’étaient que ceux qui me traversent la tête ?
Et si le vent ne soufflait que pour s’arrêter ?
Et si les regrets n’existaient que pour mieux nous faire aimer ce qui est devenu ?
Et si, finalement, l’hirondelle faisait bien le printemps ?
Et si le « si » était la clé d’une porte à tous les possibles… ?
Bouteille N° 95
Les mots les silences
Des débuts se présentent
Comme toi comme moi
Timide regard de faïence
Les mots les silences
Des débuts révérence
Comme toi comme moi
Osent un pas une danse
Les mots les silences
S’aventurent avec prudence
Comme toi comme moi
S’emballent en cadence
Les mots les silences
S’allument tout emplis de sens
Comme toi comme moi
Aux couleurs se mélangent
Les mots les silences
S’essoufflent enfin d’aisance
Comme toi comme moi
S’empressent l’un contre sens
Les mots les silences
À la fin, enfin, sans fin
Comme toi comme moi
Se délient doucement soudés.
Bouteille de spermicide N°96
Le premier champ de bataille n’est pas celui où se rencontrent les hommes pour conquérir un territoire géographique.
Ni l’espace commercial où se livre depuis 60 ans « dans la plus longue période de paix jamais observée en Europe », une guerre présentée comme un progrès pour tous, masquant la plus puissante et la plus ignoble main-mise sur le monde par le nombre le plus réduit de profiteurs jamais rencontrés dans l’histoire de l’humanité.
Le premier champ de bataille est celui, partout, où se croisent les hommes et les femmes. Les armes sont regards, jolis mots doux, marquage de position, jalousie et autre possessivité.
Comment ça marche ?
Comme dans toutes les guerres, c’est la survie qui est en jeu.
Sous le couvert de jeux de séduction, d’engagement et de trahison, dans l’ombre de la scène très socialement établie des relations de couples, se joue en permanence ce que devient l’humanité sous les ressorts de ce qu’elle fut.
Madame, si vous tombez sur cette bouteille, gardez-la à l’abri du regard de vos amants, nous allons tenter de vous expliquer comment fonctionne l’homme dans sa sexualité.
Si c’est un homme qui doit la lire, j’espère simplement qu’il ne confondra pas l’ignorance qui peut encore être la sienne avec l’audace que j’assume à en parler.
Et quand vous aurez digéré, alors seulement, surtout, partagez…
L’homme a une excuse majeure pour ne pas parler de sa sexualité : l’immense majorité d’entre eux en ignore les ressorts, et les garde cachés à mesure qu’ils en prennent conscience.
Ce n’est pas facile de n’être qu’un homme quand on doit être l’Homme.
Plusieurs éléments entrent en jeu pour se combiner dans la négation absolue dans laquelle notre culture tient la réalité instinctive de la sexualité masculine.
L’homme est un sexe, pense avec sa bite, l’homme est infidèle, l’homme doit être rassuré pour se sentir fort, l’homme est un cocu qui s’ignore, l’homme meurt de se reproduire.
Tous les clichés qui circulent sur l’homme sont fondés.
A l’opposé du prince charmant fidèle et délicat, l’homme est ridiculisé dans les vaudevilles pour laisser soupçonner à chacun et chacune que le discours de façade cache en réalité une guerre quotidienne acharnée.
L’enjeu ?
La reproduction.
La femme se reproduit plus lentement que l’homme, neuf mois de gestation, quand l’homme n’a besoin que d’une minute.
Chacun a intérêt à se mélanger avec un maximum de partenaires, disperser le risque d’incompatibilité génétique, multiplier les chances d’une mutation génétique gagnante dans la guerre de la survie.
Autant dire que la monogamie est peut-être la première règle la plus suicidaire qu’une société puisse adopter.
Bien heureusement, elle souffre d’aménagement hérité du fond des âges et bien inscrit dans notre programmation génétique.
Pourquoi alors l’avoir instaurée ?
Pour calmer les risques de voir cette guerre de reproduction déborder dans les rues d’une tribu dont la concentration démographique rime avec une démultiplication de rencontres entre individus de sexe complémentaire.
On dit opposé; l'Église la première sépare physiquement les hommes et les femmes pour mieux contrôler les uns et les autres dans une frustration qui déborde au confessionnal.
En fait, les sexes ne sont pas opposés, mais complémentaires.
C’est le premier retournement de vocabulaire à remettre à l’endroit.
L’homme doit pour se reproduire retrouver un ventre où faire courir ses spermatozoïdes.
Pour que le ventre s’offre, il doit séduire.
Pour séduire, il doit rassurer.
Une femme enceinte sans mari pour la soutenir a eu moins de chances de survie que celle qui garde le géniteur à ses côtés.
C’est donc le second modèle que les femmes qui ont survécu ont adopté, parce que ce modèle est le seul qui leur a permis de survivre.
Mais l’homme n’est pas naturellement porté à rester aux côtés de SA femme.
Celle d’à côté dont le mari est mort hier ou simplement parti à la cueillette aux champignons l’aimante comme la pomme interdite.
Pourquoi ?
Parce que cette attirance vécue est plus efficace, assumée, pour lui garantir une chance de survie.
Donc quand la femme a intérêt à ne pas partager son mari, l’homme a, lui, intérêt à squatter le ventre de la voisine.
A la sortie, un compromis s’établit, le compromis de la survie :
Pour deux enfants « légitimes », le cueilleur de champignons nourrira un troisième enfant, celui que le voisin aura fait avec sa femme dans son dos.
Pourquoi la proportion n’est-elle pas d'un enfant légitime, un enfant avec le voisin de gauche, et le troisième de celui de droite ?
Parce que le modèle qui veut que la femme garde son homme pour la protéger aurait disparu en 3 générations depuis l’aube des temps, puisque le protecteur ne serait alors pas assez reproduit.
Donc la femme dont les enfants se reproduisent doit faire assez d’enfants qui resteront à leur tour aux côtés de leur femme, le « troisième » enfant n’étant là que pour assurer la diversification génétique de sa descendance.
Ce n’est pas du sexe, ce sont des maths.
Voilà notre protecteur cueilleur de champignons qui revient son panier plein.
L’odeur du voisin, un regard des témoins du vaudeville ou simplement le doute de voir cette trop belle femme pour lui seul lui inspire un doute…
Sa femme l’aurait-elle trompé ?
« Mais non chéri, je t’ai attendu tout le jour en chantant au soleil mon amour pour tes seuls jolis yeux… ».
L’homme saute sur sa femme pour marquer le territoire de SON ventre, celui de SA femme, comme d’autres espèces pissent sur les cailloux de leur zone de chasse.
Ce qui est formidable ici, c’est que le cueilleur de champignons ne va pas produire les mêmes spermatozoïdes que son voisin.
Alors que sa femme sait que tous les enfants qu’elle porte sont d’elle, l’homme a dû s’adapter jusque dans la production de ses couilles.
Des études ont démontré ce phénomène, et ce de manière fort simple :
On présente un homme à une femme en lui disant : « Cette femme n’a pas fait l’amour depuis 3 mois, voulez-vous, pour les progrès de la science je vous prie, l’honorer de votre sexe puissant ? »
Le mec ne peut pas dire non, il peut éventuellement esquiver sous la pression sociale, mais pas dire « non ».
Pourquoi ? Parce que celui qui a dit « oui » s’est reproduit, l’autre pas.
Donc voilà notre serviteur de la science exécutant son pas de danse entre des reins annoncés vierges de toute concurrence, l’ovule est là, n’attendant que son armée de spermatozoïdes fébriles d’impatience.
Un microscope plus tard, il apparaît que les spermatozoïdes sont divisés en deux spécialités : les reproducteurs, qui foncent sur l’ovule, et les combattants, qui massacrent tout ce qui est étranger à leurs camarades de course.
La proportion est de 90% de spermatozoïdes reproducteurs pour 10% de spermatozoïdes combattants.
La semaine suivante, notre serviteur de la science revient offrir service pour compléter l’expérience, et là on lui dit : « Cette femme vient d’avoir trois orgasmes avec vos compagnons d’expérience, et elle vous attend, c’est votre tour ».
Le mec s’exécute.
Microscope.
La proportion de spermatozoïdes est inversée : 10% de spermatozoïdes reproducteurs, pour 90% de spermatozoïdes armés de lance-flamme et avides de désosser la concurrence annoncée.
Cet élément est un facteur fondamental dans la sexualité masculine.
Pourquoi ?
Encore une fois, j’essaie de repérer LE comportement gagnant.
On sait pourquoi la femme qui diversifie à hauteur d’un tiers l’origine de sa progéniture est celle qui, génération après génération après génération, se reproduit.
Même chose pour l’homme : il ne peut pas être le seul amant faisant cocu toute la tribu sinon à la génération suivante, trop d’enfants sont demi-frères et demi-soeurs, donc le mélange doit être équilibré, et la femme de succomber pour un amant qui sera SON amant.
L’homme a donc cette faculté de contrer les conséquences de l’infidèle en nettoyant son ventre d’une dose de sperme qui change de nature, et devient spermicide pour réduire les chances de succès du voisin.
Et nous voilà au cœur biologique de l’origine de la possessivité, de la jalousie, de la suspicion.
Le méfiant spermicide la concurrence. Le confiant en devient le seul véritable cocu.
La méfiante réduit le risque de consanguinité pour la génération de ses enfants en surveillant son mari, et en s’adonnant aux incontournables commérages qui répartissent tacitement les amants.
Et la sexualité de l’homme dans tout ça… ?
« Restez avec nous, nous poursuivons ce passionnant exposé sujet à mille polémiques juste après une page de publicité ! »
(Ginette « il raconte vraiment n’importe quoi ce mec… »
Gino « ouais, c’est vraiment n’importe quoi, jette-moi ce bouquin! »
Ginette : tu crois que je t’ai déjà trompée… ? »
Gino : tu le jettes ce livre dis !?)
Bouteille N°97
Trululu - PUB !
Une nana allume 1 mec sur le web
« -Alors tu viendrais, la porte serait entr’ouverte et je t’attendrais nue dans mon lit…
- Samedi ?
- 23H00 très précises, les bougies te guideront, surtout ne dis rien, je ne veux entendre ta voix pour la première fois qu’après nos premiers ébats. »
Le jour convenu, 22h59…
Le mec arrive, remonte un escalier en cherchant son chemin, trouve une première bougie sur le palier, une porte entr’ouverte, une suite de bougies l’invite à entrer, musique envoûtante, il traverse l’appartement jusqu’à une porte entre ouverte, et quand il la franchit…
« Surprise ! »
Il y a 25 types dans la chambre autour d’une fille magnifique.
Brolcom, la vie est une aventure…
Trululu – Fin de la PUB !
Bouteille de neuf à l’infini N°98
Etrange sensation de trahir mes semblables, le camp des bites sur pattes auquel deux boules et une trompe me pendant entre les jambes m’a classé dès ma naissance…
« C’est un garçon ! »
Jamais de déception d’avoir un garçon, comme si c’était facile d’être un homme.
Les femmes semblent beaucoup parler de sexe.
« Et comment trouves-tu celui-ci, et celui-là… »
Elles opèrent en permanence le partage des amants, sans même le savoir…
Les mecs ?
Ils parlent de chevaux, de voyages, de guerres, comme leur progéniture contemporaine parle de voitures, de vacances et de football.
Les hommes ne parlent pas de sexe car ils sont tenaillés par une angoisse absolue tenue secrète au fond de leurs entrailles :
Pour se reproduire, ils doivent retourner… d’où ils viennent.
Dans le ventre de la femme.
Voudra-t-elle de lui ?
L’homme ne choisit pas, c’est la femme qui choisit, lui doit faire le beau, le fort, le rassurant, cherchant à l’emporter aux yeux de la belle sur les concurrents.
L’homme s’expose, la femme dispose.
Il semble pourtant, vu de l’extérieur, que ce soit l’inverse, mais ne nous y fions pas, sinon le viol sera la règle.
La femme ne s’expose que pour attirer le ballet des prétendants dont elle choisira celui-là, qui correspond à son désir de protection dans le groupe.
L’homme étant plus fort physiquement, la femme pour compenser a dû développer un sens devenu inné de la manipulation.
Dans la tribu où l’homme a imposé sa force, la génération suivante portait les gènes du plus costaud, la génération d’après était tarée de consanguinité, et a succombé à la première attaque de ceux d’à-côté où la femme a pu désamorcer la force brute masculine pour assurer une juste place aux gènes du plus fort.
Donc voilà notre homme devant faire la roue, vaincre sa peur d’être rejeté, pour devoir se retrouver face à son point d’origine : le ventre de la femme.
La peur doit être surmontée, le désir de ce voyage inconnu aux mille périls doit l’emporter sur ses craintes de bébé devenu, sans quoi c’est la panne.
Et la panne pour un mec, c’est la mort.
Un mec DOIT bander.
S’il devait en plus savoir bien faire l’amour, il saurait bien faire l’amour, mais il n’est pas indispensable pour se reproduire qu’il donne du plaisir, qu’il la fasse jouir, par contre il doit trouver en lui la force d’abandonner ses peurs originelles pour pouvoir bander, et pour ça, un homme est tout seul.
S’il se retourne sur son voisin pour partager ses doutes, il passera pour un faible, et le voisin pourrait en profiter.
Afficher par contre une assurance sur la confiance qu’il a pu se construire est le premier moyen d’éloigner le candidat qui fera de lui le cocu.
C’est cru ?
J’en conviens.
Donc voilà notre homme tout seul dans le noir face à l’immensité de la femme dont il vient, il retrouve les gestes de nourrisson, suçant le sein devenu plus petit que cette masse dont sa mémoire de nourrisson a gardé la trace, il se rassure doucement, et bientôt s’enhardit.
L’homme se reproduit vite, très vite.
Il faut dire qu’au fil des générations, le lent est mort avant d’éjaculer quand la lance du concurrent lui a transpercé le dos, alors que le rapide avait déjà semé sa graine quand la première flèche l’a touché.
Donc l’homme vient vite, et la femme, équipée d’un instinct de plaisir que sa voisine frigide n’a pas, se contente de la première satisfaction d’être fertilisée.
Quand la question du plaisir se pose, nous n’en sommes pour la femme qu’au souci second de diversifier les gènes, et c’est cette pulsion de désir de plaisir qui la conduira à se choisir un amant, pour le plaisir de jouir.
Notre cueilleur de champignons peut être un amant d’exception, il ne peut être la nouveauté qui appelle sa belle, un jour ou l’autre, de tous ses sens.
Il sera attentif à la rêverie qui s’installe dans le regard de son infidèle, et deviendra producteur de spermicide avec une énergie renouvelée.
Qu’est-ce que ça donne tout ça quand soudain on décrète pour règle première l’engagement à la fidélité, et le devoir, en plus de bander, de devoir faire jouir, le tout sans communication entre les principaux intéressés ?
Ça donne… le bordel.
Un espace où la pulsion spermicidienne (que j’aime ce néologisme) peut s’écouler quand le bourgeois est amputé de cette pulsion aux côtés d’une femme devenue fidèle bigote de bénitier.
Ça donne aussi les parties échangistes, quand la chose est enfin dite entre époux, et assumée pour l’un, pour l’autre, ou pour les deux.
Ça donne les plaisirs du voyeur, de l’exibi, jusqu’au sado-masochisme quand la culpabilité doit être contournée.
Ca donne surtout, et c’est le plus dramatique, des millions d’individus qui font l’amour à leur femme sans lui poser de question, le samedi, il semble que ça suffit, et des branlettes solitaires sous les douches ou dans les embouteillages pour compenser.
Ou à l’opposé des mecs qui pensent devoir désirer tous les jours, et des femmes qui croient devoir chaque jour l’accepter.
Ça donne des femmes malheureuses qui se croient frigides toute leur vie, et des mecs qui font leur impossible pour ne pas douter de leur virilité.
Ca donne une culture du malentendu et du non-dit, au plus grand profit des marchands d’âmes qui entretiennent la culpabilité à l’endroit le plus naturellement instinctif de la nature de chacune, les chacuns se gardant bien de confesser leur sentiment d’impuissance face à si peu de références, de confidences, de repères, de nudité d’eux-mêmes dans leur slip camisole…
Ca donne encore bien heureusement des nomades, traversant les lits comme ils traversaient les brousses, seuls à délier les langues dans le secret de relations secrètes, hommes et femmes libérés de convenances qu’ils refusent, c’est leur nature de partager pour mieux libérer les corps et les consciences de la prison morale qui les mettrait volontiers sur le bûcher…
Et alors ?
On fait quoi pour sortir de toute cette solitude faisant la fortune des souteneurs de filles de joie et autres vendeurs de godemichets ?
On fait Mai 68… ?
Encore faudrait-il l’assumer.
On fait aussi le sida, comme par hasard, immense capote sur la prise de conscience de ce que l’homme et la femme ont de complémentaire, et non d’opposé…
Bouteille N°99
A l’heure où les esprits s’ouvrent en désertant les églises, la parole n’a pas encore le pouvoir de remettre les orgueils si mal placés, au juste endroit.
Combien de femmes font l’amour sans ouvrir les yeux ?
Combien d’hommes n’osent, ou ne SE posent carrément pas, la question du plaisir de leur compagne ?
Combien d’hommes et de femmes toujours puceaux pucelles, sont prêts à se dépuceler de leurs préjugés respectifs, enfantement d’eux-mêmes vers l’art du plaisir dépouillé des instincts comprimés dans une culture de silences et de mensonges mêlés ?
L’infidélité n’est pas de partir, l’infidélité c’est ne pas revenir.
La trahison commence dans le simple silence de ses doutes, aussi difficiles soient-ils à être cernés, exprimés, partagés…
Comme la sexualité est une porte qui peut être douloureuse à ouvrir pour s’y noyer ensuite de plaisir, arracher les masques du silence pour offrir une douloureuse vérité, celle de la réalité que trop souvent nous cultivons dans le silence de nos peurs, tomber ses masques est le passage obligé vers les corps aux âmes enfin dénudées.
Comme l’hymen peut être douleur à déchirer, la vérité partagée dans le soutien et la complicité de l’un à l’autre à la supporter, à l’accepter, à l’adopter pour règle pour soi comme pour l’autre, cette vérité enfin révélée sur la réelle intimité de chacun, de chacune est bien peu de douleur, vite passée quand elle ouvre enfin les portes de nos natures assumées, pour un plaisir qui porte enfin son nom, bien au-delà des lits, dans tous les aspects de la vie.
Et l’homme devient enfin Homme, et la femme, SA Femme, Celui qui sait Elle et Celle qui sait Lui.
Comment peut-on penser bien faire quelque chose sans en parler ?
En un seul mot ?
Comme la première fois :
Oser.
Bouteille Zen N°100
Le hasard n’existe que pour les aveugles, les coïncidences n’éclairent que ceux qui les acceptent.
De mon île au milieu des hommes, les étoiles saluent le lancé de ma centième bouteille en passant par cette application Facebook qui me grandit de simple humain en Bouddhiste stagiaire…
Accepter les signes, petits cadeaux inattendus, le début du bonheur ?
Ondes Positives
100 points : Bouddhiste - stagiaire
Prochain niveau à 200 points
Comment être encore plus zen ?
Acceptez les ondes positives envoyées par vos amis chaque jour.
Lorsque vos amis acceptent les ondes positives que vous leur avez envoyées, leur karma augmente !
Je suis pourtant porteur encore chargé de tellement de colère…
Mmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm zen Jp, sois zen…
Bouteille fêlée N°101
C’est comme une coquille d'œuf qui éclate soudain, révélant l’enfermement prudent dans lequel je m’ignorais hier encore étouffer.
Une coquille sans doute fêlée dans une soirée aux mille petits bonheurs d’un anniversaire entre amis, des enfants qui jouent bruyamment et des adultes qui rient, des crêpes qui sautent pour se garnir de chocolat dans le blues de deux guitares qui s’aiment à l’unisson.
Des tristesses que l’on sait et qui s’assument dans des sourires vrais, des fatigues qui regardent demain quand hier brûle encore aujourd’hui.
Des enfants qui sont déjà les amoureux de demain, sans savoir ce qui leur arrive, sous le regard tendre de parents qui n’en disent rien.
C’est la vie, celle qu’on veut pour tous et tous les jours sans plus s’encombrer des héritages mortels qu’il faudra bien trouver à tordre pour toujours, parce que ce bonheur est trop précieux que pour encore être menacé par l’égoïsme de quelques-uns qui ne peuvent soupçonner qu’un tel bonheur existe de si petits riens.
C’est un retour avec Simon, à pied, à l’heure de Cendrillon, main dans la main, avec des questions en forme de trésor, et la nuit pour entendre mes réponses en repères de demain.
Puis c’est le double choc sur Facebook.
D’abord Ella, qui me colle une déclaration en citant St Exupéry, déjà hier dédié de vive voix lors de notre souper en tête à tête, et qu’elle a maintenant publié sur mon profil comme on tatoue un cœur sur un cœur.
«Être homme (humain) c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre que l’on contribue à bâtir le monde.»
Saint Exupéry in «Terre des Hommes»
La plus belle déclaration d’amour jamais faite, la première fois que l’on me fait Homme.
Ensuite un lien trouvé sur le dernier groupe de gauche du jour, la déclaration solennelle d’un député vert français qui dit ce qu’il faut dire, et une droite qui a la surdité de trop.
Je craque.
Je l’aime.
Je craque.
La droite est maintenant, en restant là, à l’extrême droite de tout possible d’avenir.
Je craque, la fin du monde est pour demain, et je dois lui dire, je comprends soudain pourquoi Amélie Poulain, son film préféré, était au hasard de mes coïncidences ce matin lors de la session d’enregistrement de mon studio hebdomadaire sur BelTv.
Sur ma messagerie, une goutte de plus, une onde de trop :
et si
t’avoir près de moi pour m’endormir, peu importe où tu te trouves et ce que tu fasses
.... c’était cela le bonheur....
douce nuit à toi
bisous tendres
Urgence à dire, comme un bébé qui doit s’ouvrir les poumons, sur les deux fronts, avant de mourir de n’avoir pas dit…
Je ne peux plus le garder pour moi
Je t’aime.
Je ne sais pas comment l’assumer, ni comment ni quoi ni rien d’autre que de te le dire.
Je t’aime.
Mes amis y ont droit, je ne sais pas qui tu es, ou trop bien, et plus que quiconque tu me l’inspires: Je t’aime.
Ca ne change rien à tout ce que j’ai pu mettre comme limites, cadre, doutes pour te protéger de moi, de ce type que je connais si peu que je ne peux l’engager dans rien, mais je ne peux plus ne pas te le dire:
Je t’aime.
L’impression de gravité, de fin du monde, et qu’elle ne peut arriver sans te le dire encore une fois:
Je t’aime.
N’en souffre pas s’il te plaît, je sais que tu attends d’être aimé à un endroit où je ne peux pas m’engager, et pourtant ces mots doivent être avoués, offerts, déposés d’évidence:
Je t’aime.
Mais l’urgence à savoir où je suis est partout, du plus intime au plus collectif.
Cette déclaration solennelle au Parlement Français sifflée par une droite obèse, obscène, me plonge dans la guerre, nous sommes en guerre, cette fois c’est sûr.
Quel naïf j’ai pu être jusqu’au bout de croire qu’il y avait encore des humains à droite de l’échiquier politique, quelle tolérance soudain mal placée à ne pas l’avoir considérée pour ce qu’elle est.
Le loup est ce soir dans toutes les bergeries du monde, il faut sortir les faux, et ce n’est hélas pas pour couper l’herbe tendre.
Je sonne ma cloche, publie sur ma page, relaie sur le groupe Cdh avec un titre adapté « CA ! C’EST DE LA POLITIQUE ! », L’allocution de ce député ne peut être ignorée de personne, c’est la ligne de démarcation, elle est là tracée, et même l’immense majorité de distraits faux-culs paresseux des neurones lâches opportunistes ne peut en ignorer l’existence, l’importance, la conséquence et la portée.
En prolongement du lien http://www.dailymotion.com/video/ x72l32_crise-yves-cochet-groupe-gdr-verts_news permettant de prendre connaissance de ce moment désormais aussi disponible qu’historique, je prends publiquement la seule position qui s’impose maintenant : « A voir absolument pour deux raisons:
1/ Le député français Yves Cochet résume enfin l’ampleur unique et historique du CRASH et non de la crise que nous vivons.
2/ L’arrogance des députés de droite est absolument inique.
Que des gens de bonne volonté se soient fourvoyés dans une foi aveugle pour le capitalisme est une chose.
Mais qu’ils continuent à s’enfermer dans une absence totale de remise en question du système capitaliste est, et je pèse mes mots, un véritable CRIME CONTRE L'HUMANITÉ.
Quand la droite est prête à détruire ce qu’il reste de marge de manoeuvre pour sauver l’humanité et le monde qui la porte pour SE sauver au détriment de l’immense majorité,
Je prends acte de la limite que cette droite franchit, et me dois de la considérer comme ayant basculé à l'EXTRÊME DROITE...
Ce que j’écris ici est très grave, j’en suis conscient, et je l’assume seul en attendant de voir mon point de vue bientôt partagé par tous les progressistes. »
Bouteille N°102
La ligne de démarcation est désormais tracée dans ce discours qui doit faire date malgré l’indifférence peureuse et fatiguée d’une population hagarde de ne pas vouloir penser.
La droite ne peut pas réaliser le tournant à 180° que la situation réclame, un tournant rendu nécessaire non pour une question de confort, de répartition de richesses, mais pour une question de survie pour l’humanité et les valeurs humanistes que la démocratie prétend porter en ses fondements.
La ligne est claire, l’individu qui n’adhère pas à ce discours est contaminé, contaminant, dangereux pour tous les autres aussi sûrement que l’idéal fasciste des années trente, le réchauffement planétaire étant, in fine, en toile de sanction pour tous.
Je fouille, je retrouve déjà sur le web, je ne suis pas seul…
http://www.mediapart.fr/club/blog/ivanvilla/251008/crise-yves-cochet-groupe-gdr-verts-0
« Puissant discours de Yves Cochet à l’Assemblée Nationale »
«La catastrophe actuelle n’est pas une crise financière, économique, écologique, politique, sociale ou culturelle. Elle est tout cela à la fois et simultanément, ce en quoi elle est totalement inédite.»
Le discours qu’a livré Yves Cochet à l’Assemblée Nationale sur la crise actuelle est remarquable. Il y fait une analyse globale, rare chez nos élus. Le discours est aussi intéressant que les réactions qu’il suscite dans les rangs des députés. Si vous partagez aussi son analyse et son appel «Les grands maux actuels de l’Europe et du monde réclament donc une créativité et une inventivité politiques inédites dans notre histoire. C’est à cette hauteur de pensée et d’action que j’appelle les dirigeants européens, afin de sauver la paix, la démocratie et la solidarité», diffusez ! Il faut que cela prenne du poids, de l’ampleur, que cela entre dans le débat public et ne meure pas entre les murs de l’Assemblée.
Débat sur la Déclaration du Gouvernement préalable au Conseil européen
Extrait du compte rendu officiel
M. le président. La parole est à M. Yves Cochet, pour le groupe GDR.
M. Yves Cochet. Monsieur le président, je parle au nom des députés Verts.
La catastrophe actuelle n’est pas une crise financière, économique, écologique, politique, sociale ou culturelle. Elle est tout cela à la fois et simultanément, ce en quoi elle est totalement inédite.
M. Marc-Philippe Daubresse. Tout est dans tout !
M. Yves Cochet. . Elle est, en un mot, une crise anthropologique. Pour le comprendre, il nous faut remettre en question toutes nos croyances – et Dieu sait si elles sont nombreuses ici. Il nous faut décoloniser l’imaginaire. (Applaudissements ironiques sur plusieurs bancs du groupe UMP.) Il nous faut penser l’impensable.
La débâcle financière actuelle n’est pas d’abord, comme on l’entend ici ou là, une crise de liquidité. C’est une crise de surgonflement des actifs financiers par rapport à la richesse réelle, c’est-à-dire l’opposé d’une crise de liquidité. Le marché financier, en d’autres termes le volume des échanges de papier virtuel, est plus de vingt fois supérieur aux échanges de l’économie réelle. La richesse réellement existante n’est plus suffisante, comme jadis, pour servir de gage à la dette financière. Un seuil a été dépassé : le seuil de liaison entre le capitalisme, fondé sur le crédit, et les ressources naturelles, qui sont la base de toute richesse réelle.
M. François Goulard. Cela ne veut rien dire !
M. Yves Cochet. . Monsieur Goulard, prétendriez-vous que les ressources naturelles ne sont pas la base de toute richesse réelle ?
M. François Goulard. Mais non, c’est le pouvoir de l’homme !
M. le président. . Monsieur Cochet, un discours à la tribune n’est pas un dialogue. Vous seul avez la parole.
M. Yves Cochet. . Je veux simplement dire à M. Goulard : n’achetez plus de pétrole, ce n’est pas une richesse réelle !
L’effondrement financier actuel s’explique par le dépassement de ce seuil, par la rupture de cette liaison. Autrement dit : la dette est totalement dévaluée en termes de richesses réellement existantes. Avant l’intervention des États et en l’espace de quelques jours, personne ne désirait plus échanger une richesse réelle contre une dette, même rémunérée par un fort taux d’intérêt. La dévaluation de la dette s’explique par cette déconnection, et non pas par un manque de crédit, d’argent en circulation ou de prêts entre banques – cliché véhiculé ici et là.
La question principale est donc : la croissance de l’économie réelle peut-elle être assez forte pour rattraper la croissance massive de la dette ? (« Ce n’est pas cela ! » sur les bancs du groupe UMP.) Évidemment, la réponse est non. La croissance de l’économie réelle est désormais fortement contrainte par la raréfaction des ressources naturelles qui forment la base de tous les systèmes de sustentation de la vie économique et sociale. Cette contrainte s’exerce à la fois en amont par la déplétion minérale et fossile – par exemple le pic de Hubbert – et en aval par la pollution de l’atmosphère, des terres et des océans.
En outre, les inégalités croissantes de revenus depuis trente ans n’incitent pas les ménages à la consommer, sauf par le biais de crédits qui gonflent encore plus la dette. Ainsi, les coûts marginaux de la croissance sont désormais supérieurs à ses bénéfices marginaux. Autrement dit encore : la croissance physique réelle nous rend de plus en plus pauvres.
Pourtant, l’aveuglement des dévots de la croissance (Exclamations sur les bancs du groupe UMP) continue de plus belle ! Ainsi, la déclaration émise par l’Eurogroupe avant-hier commence de la façon suivante : « Le système financier apporte une contribution essentielle au bon fonctionnement de nos économies et constitue une condition de la croissance. »
M. François Goulard. Oui !
M. Yves Cochet. . C’est une forme de religion, une théologie, une croyance. Mais l’économie réelle n’est plus en croissance – même négative, madame la ministre : elle est en récession ! Nous pourrions presque prendre des paris sur l’avenir, hélas, car tout cela est bien malheureux. Ceux qui, malgré des signes avant-coureurs objectifs, matériels et présents depuis des années, n’ont pas anticipé, se trouvent fort démunis, y compris dans leur imaginaire.
Quel objectif devons-nous donc viser, en France et en Europe ? Il faudrait que les banques tendent progressivement vers un taux de réserves idéal, c’est-à-dire égal à 100 % de leurs prêts. Toutes les banques devraient devenir graduellement de simples intermédiaires entre déposants et emprunteurs, et non plus des « machins » qui créent de la monnaie à partir de rien et la prêtent avec intérêt.
M. François Goulard. Elle vient d’où, cette monnaie ?
M. Yves Cochet. . Comme je l’ai expliqué, la recherche de la croissance est désormais antiéconomique, antisociale et anti écologique. La croissance est appauvrissante. De toute façon, que vous le reconnaissiez ou non, que vous le vouliez ou non, la récession est là ! Vous n’avez pas su l’anticiper car vos modèles économiques sont périmés, et je crains, hélas, qu’à cause de votre aveuglement, elle ne soit longue et pénible, notamment pour les plus défavorisés, qu’ils vivent dans les pays de l’OCDE ou dans ceux du sud.
Toutes nos actions devraient être guidées par la volonté de faire décroître l’empreinte écologique des pays de l’OCDE. Je sais – et les sourires que je vois me le confirment – que les dirigeants du Conseil européen et vous-même, monsieur le Premier ministre, avez un autre modèle en tête afin de retrouver la croissance. Quelle illusion ! Vous essaierez de sauver la sacro-sainte croissance à laquelle vous croyez parce que vous êtes incapables d’imaginer un autre modèle économique, un autre type de société.
L’espoir d’une nouvelle phase A du cycle de Kondratiev succédant à la phase B que nous traversons depuis trente ans, est vain. Nous ne sommes pas à l’aube d’une nouvelle croissance matérielle ou industrielle, mais dans la phase terminale du capitalisme (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), comme le disait ImSylvain Wallerstein il y a trois jours.
Les possibilités d’accumulation réelle du système ont atteint leurs limites, pour des raisons géologiques et économiques que vous ne voyez pas. II faudrait mettre en place quelque chose d’entièrement nouveau, une société de sobriété dont je ne peux dessiner, de manière très sommaire, que quatre orientations principales. Premièrement : tendre à l’autosuffisance…
M. Marc-Philippe Daubresse. En matière d’autosuffisance, vous vous y connaissez !
M. Yves Cochet. … locale et régionale en matière énergétique et alimentaire, au nord comme au sud. Deuxièmement : aller vers une décentralisation géographique des pouvoirs – bref, vers une France fédérale dans une Europe fédérale. Troisièmement : s’efforcer de relocaliser les activités économiques. Quatrièmement : viser une planification concertée (« À la soviétique ! » sur les bancs du groupe UMP) et l’instauration de quotas, notamment en matière énergétique et alimentaire.
À défaut d’une telle vision et d’une telle action, je crains que notre continent européen ne traverse bientôt des épisodes troublés dont nous apercevons déjà les prémisses. Je prends date aujourd’hui devant vous ! (Exclamations sur les bancs du
groupe UMP et du groupe NC.)
John Stuart Mill disait : « Aux grands maux, les petits remèdes n’apportent pas de petits soulagements, ils n’apportent rien. »
Mme Claude Greff. Vous non plus !
M. Yves Cochet. Les grands maux actuels de l’Europe et du monde réclament donc une créativité et une inventivité politiques inédites dans notre histoire. C’est à cette hauteur de pensée et d’action que j’appelle les dirigeants européens, afin de sauver la paix, la démocratie et la solidarité. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR et SRC.)
26/10/2008 00:09”
Que dire de plus ? La paix avec les tenants du capitalisme est consommée.
Bouteille N°103
Fleur ne voulait pas de moi pour l’aider dans son déménagement. J’avais pourtant bloqué la date à la demande empressée de Simon.
Vento remontera de son Italie natale pour l’occasion, et elle préfère… « Tu comprends ? ».
Non je ne comprends pas bien, Vento est un mec bien, et je ne comprends pas pourquoi il doit se taper tout le boulot. Mais bon, j’ai déjà trois déménagements dans les pattes sur les quatre derniers mois, et je ne cherche pas à comprendre…
Dix jours avant : « tu peux venir finalement ? Je m’inquiète, je ne sais pas qui viendra, tu peux quand même venir ? ».
Trois jours avant, je suis censé lancer un appel au secours à MES potes pour suppléer aux absences qui s’annoncent.
Et là, il ne faut pas charrier.
« Ecoute Fleur, t’es gentille, mais je ne mobilise pas mes amis pour remplacer les tiens, je n’étais même pas censé être le bienvenu, alors fais le rappel de tes anciens amants, qu’ils suent utilement pour une fois !».
Et je fus pris au mot.
Le jour dit, je ressors mon treillis militaire seul souvenir de mon service avorté, tenue de circonstance compte tenu de mon état d’esprit comme du programme du jour, et arrive encore furieux de tout ce que j’ai lu de cette droite arrogante dans la nuit trop courte qui a précédé.
Et là, j’apprends que le seul absent est celui sur lequel on compte le plus :
L’élévateur ne viendra pas…
On peut tout se taper par l’escalier, comme toujours, mais surtout comme ce n’était pas prévu.
Je fais une distribution de guarana à qui veut, et découvre le casting… :
Trois dont je sais les proximités vécues, plus moi, ça fait quatre hommes à avoir succombé aux charmes de la belle, mais savent-ils ?
Ils savent tous pour moi, le papa de Simon, son fils, mais savent-ils les uns des autres et savent-ils que ma complicité avec Fleur m’a mis dans la confidence de leurs nuits partagées ?
La situation m’apparaît plus cocasse de caisses en caisses, et cette solidarité que nous affichons autour d’une femme que nous avons tous aimée me ravit dans l’idée que je veux me faire de l’humanité à venir.
Mais que nous sommes beaux !
Les sueurs se mélangent dans la cage d’escalier, l’armoire rebelle vaincue dans une belle solidarité, nous sommes Un.
Mais que nous sommes beaux !
Quand je pense aux singes qui me servent de voisins, incapables d’aimer leur femme passé le seuil du divorce, entretenant les guerres intestines, nourrissant des rancoeurs sans fins jusque dans le linge sale de leurs enfants, je nous trouve tous magnifiques…
Au final, nous terminons le dernier chargement à deux : Vento et moi.
La coïncidence aura voulu que les matelas ferment la marche, l’ancien et le nouveau pour porter le matelas, de l’ancien au nouveau, ensemble.
Vento me laissera porter le matelas de Simon sur le seul dernier étage seul, magnifique symbole silencieux, d’un regard, nous savons.
Il remontera leur lit seul, d’un clin d'œil, nous savons.
J’aime bien Vento, comme les autres, rien que des types biens, j’ai beaucoup de chance que Fleur soit Fleur.
Bouteille N°104
Et c’est ainsi que l’aventure…
Jean-Pascal Ledoux est Cool 3 949 pts
Mon grade: Kiwi Aventurier
Grade 32 / 51
Prochain grade: Kiwi Explorateur, atteint dans 6 points.
Classement : 25 057e sur 2 903 122
Devint Exploration…
Jean-Pascal Ledoux est Cool 3 955 pts
Mon grade: Kiwi Explorateur
Grade 33 / 51
Prochain grade: Kiwi Ilotier, atteint dans 1558 points.
Classement : 24 958e sur 2 903 217
Bouteille d’enfance N°105
Petit, j’avais un vélo que je pouvais user sur une route sans voiture courant jusqu’en cul-de-sac devant la maison des voisins, 100 mètres plus loin, pour revenir à la frontière infranchissable au risque de prendre une balle paternelle du haut de son mirador invisible.
La frontière était une borne en pierre d’un mètre marquant le coin de notre maison.
J’en ai fait des tours du monde sur ces cent mètres, par tous les temps, et les aventures se succédaient dans ma tête, chantant à tue-tête pour tout le voisinage, en particulier pour cet inconnu qui ne pouvait pas manquer de repérer mon talent vocal et qui viendrait tout-à-l’heure proposer à mes parents de me faire chanter dans la radio.
L’inconnu fut retenu, ou il était sourd, ou il viendrait demain.
Il n’est jamais venu.
Le jour de mes 10 ans, la frontière est tombée, et mon nouveau vélo rouge fut autorisé à aller conquérir les rues du village.
Tout le village d’un coup!
Du jour au lendemain, mes jambes n’avaient pas assez de temps pour en faire le tour autant de fois qu’il faut pour reconnaître chaque gravillon comme j’en connaissais les détails sur mon premier circuit d’essai.
Tout le village.
Mais le territoire était déjà occupé par les autres gosses du village.
Je fus d’emblée membre de mon clan, les bourgeois & fermiers, qui ne se mélangeaient guère avec le clan d’en face, enfants de rares ouvriers avalés par des bus de nuits, et de chômeurs alcooliques.
Oui, même dans un village, ça ne se mélangeait pas.
Oui, déjà à l’époque, il y avait des chômeurs alcooliques.
Le pointage était quotidien, comme la honte qu’il fallait bien noyer pour pouvoir revenir le lendemain sans se coller une balle dans la tête entre les deux, ce que certains ne manquaient pas de faire sous l’indignation des bourgeois.
« Tu te rends compte ?
Il ne fout rien, et puis il abandonne encore ses gosses ! »
C’était une époque de brutes bien pensantes, déjà à l’époque.
C’est à cette époque bénie que les grands se sont mis à déboiser un hectare en sortie du village pour y planter deux goals et une buvette.
Entre les deux goals, un terrain de football que nous étions encore trop jeunes pour être autorisés à aller abîmer, alors nous avons squatté la place du village pour apprendre les passes, les dribles et les « buuuuuuuuuuuuts ! » …
Nous nous disputions l’arbitrage, et puis nous remontions sur nos montures de fer pour aller disperser nos différends au vent, jusqu’à la cloche de 17h50 qui rappelait à deux d’entre-nous, pour la semaine à tour de rôle désignés, le moment d’aller aider le curé à distraire les vieilles veuves lors de messes de vingt minutes qui nous laissaient juste le temps de cesser de suer et d’arriver sec pour le souper.
Nous étions toujours en groupe, en été dans les champs, les bois, sur les routes ou sur cette « Grand Place », en face du seul garage du village, et en hiver dans les fenils bien cachés au sein de galeries et de chambres taillées dans ces montagnes de foins, dans le secret absolu tant les grands nous auraient tancés d’aller risquer nos vies dans ces pyramides éphémères que nous creusions chaque année telles des souris se prenant pour des pharaons.
Un jour pourtant, je fus seul.
Et la bande d’en face me coinça.
Je ne dus mon salut qu’à mes jambes, abandonnant mon pur-sang après la chute.
De loin, caché dans un fourré, j’attendais qu’ils se lassent et me laissent récupérer ce vélo rouge, mon compagnon d’ivresse et de liberté.
C’est alors que Richard, un type gras et laid, frustré d’être aussi laid que gras et con de ne pas pouvoir envisager de se délester de ses complexes, c’est alors que Richard, un salopard de la bande « des autres » se mit à démonter mon vélo rouge.
Chaque fois qu’il arrivait à dévisser une pièce, il se mettait debout, et mettait toute sa masse de graisse au service d’un lancer qui voulait toucher toutes les étoiles invisibles en cette cruelle après-midi.
La torture fut interminable.
J’entendais mon vélo gémir à chaque dévissage, et ce qui n’était pas vissé était tordu pour être dissocié de la carcasse de mon fidèle compagnon.
Caché dans mon fourré, je pleurais de rage toute mon impuissance en silence, les autres riant, ponctuant de « ollé » chaque pièce mise sur orbite par Richard suant sous les efforts de mon vélo à lui résister.
Je me suis juré de venger mon vélo rouge, à me griffer pour m’en souvenir, puis je suis tombé malade pour oublier.
Le sentiment d’injustice m’est resté, et depuis, les gros peuvent être gros, les laids peuvent être laids, les cons peuvent être cons, les méchants peuvent être méchants, mais les gros laids cons et méchants n’ont pas intérêt à se mettre sur mon chemin.
Je n’en croise jamais qui soient les quatre en même temps, ce qui est une chance pour eux, et pour l’idée que je peux encore me faire de mon prochain.
Bouteille de graines d'herses N°106
J’ai des petites couilles
Je me cache si bien
J’ai des petites couilles
Je me montre de loin
Je suis une nouille
Ça m’arrange bien
Et je ne me mouille
Que pour qui va bien.
Bouteille de caviar Jet Set N°107
La gauche, la droite ; c’est dépassé.
Ça, c’est une véritable trouvaille. Et laissons-le à ses auteurs inconnus… de droite.
La gauche a laissé dire, ne sachant déjà plus qui elle devait être, la droite a ramassé le tapis.
Dire que la gauche et la droite sont de vieux concepts laisse la droite seule sur l’autoroute à trois bandes.
Et comme la gauche s’est laissée caviardiser au prétexte que l’Europe décide, cela aura été sans limitation de vitesse.
Aujourd’hui, de retour de chez Bernard Mondentiste, la bouche amputée de sa couche de tartre millésimée, je traverse une commune socialiste où fleurissent les affiches invitant au bal du Bourgmestre.
Une affiche psychédélique pop, un slogan résumant le style musical qu’affectionne sans doute monsieur le Bourgmestre : « Middle of the road ».
Une vague rose dénaturée sans couleur laisse supposer l’appartenance politique de l’homme du jour.
« Middle of the road »…
Comment osent-ils?
Nous sommes au bord du crash, personne ne sait comment l’arrêter, et le socialiste local reste « au milieu de la route »…
Comme si le milieu du troupeau, poussé par lui-même vers le gouffre, pouvait prévenir de la chute…
Mais le milieu, c’est là qu’il y a le plus d’électeurs, toutes ces taupes qui n’osent ni la droite ni la gauche, faute d’oser un choix, ou de pouvoir faire la différence.
Alors on vote pour monsieur le Bourgmestre, il s’affiche au centre, ni chaud ni froid, ni liquide ni solide, ni clair ni foncé, ni trop, ni trop, juste gris tiède mou…
Le milieu.
Mais le milieu défini entre quels extrêmes ?
Ce milieu qui dérive à droite depuis vingt ans si on n’envisage que la chute du mur du Berlin pour première date de dérive ?
La poste va devenir rentable, alors on privatise. Et seuls les postiers protestent.
La Commission Européenne impose l’imposture d’une culture d’OGM aux pays membres ; l’Autriche refuse, les autres suivent la Commission, accordant in extremis l’autorisation à l’Autriche de refuser.
Nos souverainetés nationales ne sont que perméabilité à l’action des lobbies qui forent la commission européenne plus efficacement que le Parlement n’arrive à se faire entendre de ses recommandations purement consultatives, elles-mêmes soumises aux pressions de ces intérêts.
L’Irlande est au bord de la faillite, la solution ? Couper dans le salaire des fonctionnaires.
Mais monsieur le Bourgmestre socialiste nous invite au bal samedi, « Middle of the road »…
Encore un peu de milieu à droite, et à l’exception des rentiers et des flics dont ils auront toujours besoin pour se protéger des autres, on se prendra tous la rambarde de sécurité, il y aura d’abord les plus pauvres pour faire tampon, ils sont déjà écrasés dessus, ils crient, mais du milieu, on n’entend pas, ils n’avaient qu’à rester au milieu…
Et puis, quand on aura usé tous les pauvres sur les rambardes de sécurité, ce sera le tour de la classe moyenne.
Elle sert déjà les fesses la classe moyenne, elle sait que son milieu n’est plus aussi sûr que ça.
Et moi ?
Moi, de mon île au milieu des hommes, je me déchire sur la rambarde en guettant la prochaine sortie.
Bouteille bleue N°108
Aviez-vous remarqué ?
Sur les billets de banque en Euro figure chaque fois un pont.
Un pont tendu vers... l’Ouest… les Etats-Unis...?
Sur chaque billet… toujours vers l’Ouest.
Hasard?
Aussi fortuit que la couleur bleue du drapeau européen sans doute...
C’est con, j’aime bien la couleur bleue. Ils ont vraiment tout perverti.
Bouteille Blues Jeans N°109
Dans mon vieux plus vieux
Lee Cooper passé pressé
Déchiré
Dans mon vieux si vieux
Lee Cooper usé limé
Élimé
Dans mon vieux trop vieux
Lee Cooper troué bleu ciel
Délavé
Dans mon vieux Lee Cooper
Je guette
L’allumette
Dans ton regard
De ton vieux le mieux
Lee Cooper sexy serré
Déchiré
De ton vieux le mieux
Lee Cooper usé limé
Élimé
De ton vieux le mieux
Lee Cooper troué bleu ciel
Délavé
De ton vieux Lee Cooper
Lee Cooper mouillé moulé
Élimé
Tu grattes
L’allumette
Dans mon regard
Gainsbourg ?
Serge Gainsbourg ?
Moi non plus…
Bouteille d’incendie N°110
Rien n’est pire pour une démocratie que des gens qui se contentent d’en vivre, en faisant semblant de la nourrir tout en croyant malgré tout qu’elle reste inusable.
Joëlle Milquet ne me tient pas rigueur de mon coup de frais sur son affiche.
La voilà m’invitant parmi ses amis quelques heures avant de passer sous le grill de nos journalistes prétendument de choc.
Je regarde, comme une bonne partie de la Belgique, et ces journalistes me font honte…
J’ai connu Claude de La Girouette à l’université, il en sortait quand j’arrivais, bien avant de le retrouver à Belgique-Inter alors qu’il est devenu le maître incontesté du JT de 19h30…
Ma franchise trouve le forum de Belgique-Inter pour la recevoir, mais noyé dans le flot d’expression citoyenne, publié avec trente minutes de décalage, je sauve finalement mon coup de gueule du jour sur ma page facebook.
Sur le forum de Belgique-Inter, suite à l’émission invitant Joëlle Milquet:
Aujourd’hui à 00:22 | Modifier l’article | Supprimer
04.03.09 - 21:45 - Jean-Pascal Ledoux
“Je viens de regarder l’émission, et je dois dire que les journalistes sont de fabuleux faire-valoir.
Claude: cette décontraction de façade est d’un grotesque qui frôle la grossièreté, on ne s’assied pas sur la table, pas même d’une fesse, et surplomber l’invité est un manque de respect qui ne sert pas la crédibilité du métier.
Ce «Répondez à la question» implicite que l’invité ne voudrait pas y répondre tant la pertinence de cette question serait indélicate à en assumer une réponse directe.
Et la seule chose qui manquait était une vision des sujets à aborder qui dépasse votre vision politicienne de la politique.
Heureusement que l’invitée était là pour rappeler que c’est la crise, car le confort dans lequel vous pratiquez (fort mal) votre métier semble vous faire oublier ce que cette crise nous fait vivre dans nos tripes, à nous, petits cons d’électeurs télé scotchés dès que le monde nous reprend dans sa réalité.
C’est la plus grosse crise de l’histoire du capitalisme, et vous continuez à faire des pronostics sur des alliances des mois avant les élections!
Mais on s’en fout nous!
On s’en cogne de vos suppositions divinatoires sur la compo du prochain gouvernement, et puis vous serez les premiers à critiquer l’absence de vision de nos hommes et femmes politiques!
Le 4ième pouvoir est en-dessous de tout, et heureusement que Matin Première a l’immense audace d’inviter un chercheur capable d’oser parler de Décroissance pour sauver l’honneur.
Stop au journalisme à la papa, l’heure est grave, et si les journalistes restent cons, on ne risque pas de reconnaître la classe politique capable d’anticiper l’ébauche de solutions au raz de marée économique qui ne fait encore que s’annoncer...
Je sais, je gueule, mais vous êtes tellement sourds qu’il faut bien donner de la voix.
Très sincèrement.
Jp”
Je n’attends aucune réaction, à ce niveau de pouvoir, même la vice-première ministre reste plus accessible que ces journalistes nommés à vie.
Je passe une mauvaise nuit, Ella partie pour une semaine me laissant à mon insomnie, et c’est doucement que l’évidence déchire ce voile de doute qui m’empêchait jusqu’à cette émission de voir à quel point des journalistes se sentant dépendant de leur camp politique sont en fait les premiers acteurs du conservatisme idéologique qui bloque la respiration démocratique.
Les journalistes publics sont nommés à vie, officiellement pour garantir leur indépendance.
Mais ils le sont selon leur obéissance politique, selon une clé de répartition décidée par l’électeur, comme toute nomination d’Etat.
Les journalistes privés eux dépendent de leur hiérarchie, elle-même dépendant d’actionnaires qui ne veulent certainement pas faire de remous.
Les journalistes privés suivent l’idéologie qui les nourrit, comme la plupart des gens.
Les journalistes du média public sont eux les frères de loges de leurs amis politiques, et même quand la couleur politique n’est pas partagée, leur intérêt reste commun : garder leur crédibilité.
C’est dans ce sens qu’une émission comme « Répondez à la question » pourrait être rebaptisée « Renforçons mutuellement notre crédibilité » ou « Je ne suis pas ton vassal ».
Et c’est vrai.
Les journalistes ne sont pas les vassaux des politiques, mais leurs compagnons de route.
Une route que l’on veut rassurante, et surtout que dans les bus du quotidien les électeurs téléspectateurs restent assis à leur place.
Ces journalistes sont conscients du pouvoir qu’ils ont, l’opinion publique étant très sensible à leur discours, leurs « révélations », leur « neutralité » à dire ce qui est.
C’est la crise, l’opinion veut savoir, et les derniers sondages ne démentent pas ce vieux réflexe que la population affiche toujours en période troublée à soudain vouloir savoir le monde qui les entoure. Donc grosse glissade d’audience des médias privés vers LE média public, avec une hausse record de 37% d’audience pour Matin Première.
Oser les questions qui bousculent, c’est risquer des mouvements d’opinion que le politique aura du mal à canaliser, et les journalistes ne sont pas là pour mettre la classe politique dans une situation ingérable.
Tout ce qu’ils décrédibilisent doit trouver une crédibilité ailleurs, donc on marche sur des œufs, d’autant qu’ils ne sont pas eux-mêmes à l’abri d’une méfiance collective.
Les journalistes ont très peur de l’extrême droite, sans doute le seul réel danger pour leur confort gagné pour la vie.
On ne scie pas la branche sur laquelle on est assis.
Les journalistes ont fait quatre années d’études auxquelles j’ai moi-même suffisamment goûté pour savoir qu’un journaliste ne PEUT avancer une information sans preuve.
Alors ils font un journalisme de constat : le pot de fleurs ne risque pas de tomber tant qu’il n’est pas tombé.
Quand les éléments sont suffisamment nombreux pour crier à l’incendie, ces journalistes n’ont pas la confiance dans leur auditeur électeur pour faire le bon choix.
Hitler n’a-t-il pas été démocratiquement élu ?
La démocratie a donc les limites dans lesquelles la population peut inscrire sa peur, donc le journaliste rassure.
Il rassure par son ton, il rassure en affichant une neutralité qui voudrait faire croire que la classe politique est sous contrôle.
Et elle l’est.
Tant que ces journalistes sont dans le constat a postériori, un constat sélectif pour nourrir la confiance que l’on peut avoir dans ces mêmes-et-on-recommence, l’incendie peut couver des années avant que les premiers brûlés ne soient constatés.
Alors seulement on parle de l’incendie, et on constate.
Les journalistes ont une influence immense sur la manière de penser de nos populations, nos médias étant le prolongement de l’école que nous quittons tous trop vite pour ne plus apprendre que la météo qu’il fera demain, l’heure des embouteillages et le prix du pain.
Par leur priorité à rassurer envers et contre tous, les journalistes agissent tel un conservant, masquant le ver dans le fruit.
Les hommes politiques peuvent encore vouloir dénoncer le système économique qui est le nôtre, comment pourraient-ils être entendus, donc réélus, si l’opinion publique n’est pas préparée à l’entendre ?
C’est ainsi que le coup d’Etat du 11 septembre 2001 aux Etats- Unis restera un attentat jusqu’à la décalcification déclassifiant le dossier du top secret dans… 52 ans ?
C’est ainsi que l’attaque de Pearl Harbour est resté une ignominieuse lâcheté prenant très officiellement les Américains par surprise pendant 60 ans de top secret, jusqu’à la levée de secret en 2003, prouvant que le gouvernement américain savait, et qu’il a délibérément utilisé cette attaque pour retourner l’opinion US qui ne voulait pas sortir les canons contre Hitler.
Les journalistes ont partout relayé la version officielle pendant soixante ans sans faire d’auto-critique quand la vérité est sortie des cartons jaunis.
Une vérité camouflée jusqu’au dernier usage qui en sera fait avec le film à très gros moyens, bétonnant une nouvelle fois le visage d’une Amérique lâchement attaquée, film dont la sortie sera d’une synchronisation parfaite pour préparer les esprits à ce qui va se produire puisqu’il envahit les écrans en mai 2001, quatre mois avant les « attentats »…
Quelqu’un a-t-il fait un rapprochement dans les rangs journalistiques ?
Mais l’inconscient aurait été raillé-rayé, étiqueté de partisan paranoïaque de « la thèse du grand complot »… !
C’est ça le journalisme aujourd’hui, et depuis de longues décennies, une entreprise de l’information qui sert des intérêts pour eux-mêmes.
Doit-on donc se méfier des politiques qui font ce qu’ils peuvent avec les électeurs qui sont les leurs dans leurs peurs bien légitimes tant elles sont entretenues de non-dits ?
Ou de ces journalistes qui utilisent la vérité dont ils prétendent faire leur métier pour mieux l’arranger, au prétexte fallacieux que la population pourrait exprimer un vote dangereux pour la démocratie… ?
Pourtant, des journalistes consciencieux et honnêtes essaient tous les jours de faire leur métier en âme et conscience, mais cette âme et cette conscience les rapprochent toujours un peu plus du gouffre qui les jetterait sans retour dans l’incrédibilité, la croix jaune tatouée dans le dos de tout journaliste qui ne joue plus ce jeu premier de la prudence par tous partagée, cultivée telle une ligne à ne pas dépasser.
La dépression, l’alcoolisme, le suicide s’occuperont de brûler l’idéaliste amoureux de son métier plus sûrement que n’importe quel bûcher.
En attendant, le 11 septembre 2001, tous ces journalistes étaient tellement pris de vitesse quant au rassurant à adopter que nous en vîmes sourire en présentant les premières images de ces Twins au futur hypothéqué par des structures vétustes et s’annonçant fort coûteuses à restaurer, à désamianter, bien avant que ces avions dissolvent ce titanesque chantier immobilier sur le compte de la collectivité …
En attendant, le 11 septembre 2001, seul Noir Désir qui sortait précisément ce jour-là son album « Des visages des figures », seul Noir Désir avait l’information du jour, enregistrée des semaines plus tôt.
Mais les artistes peuvent, eux, regarder devant.
Regarder au-delà.
Ils ne sont que des artistes…
Le grand Incendie – Noir Désir
« Ca y est, le grand incendie
Y’a l’feu partout, emergency
Babylone, Paris s’écroulent
New-York City, Iroquois qui déboulent
Maint’nant... Allez
London, Delhi, Dallas dans l’show
Hommage à l’art pompier
T’entends les sirènes, elles...
Sortent la grande échelle
Vas-y... Go!
Hommage à l’art tectonique
Un techno-picnic sur la terre éventrée
Mais la faille est creusée, atomisée
Claudia Schiffer dit qu’elle a même pas peur
Et tout le monde applaudit à la télé
Ressaisis-toi, ressaisis-toi
Faut courir maintenant, elle, elle est dans un bunker
Y’a plus de programme, y’a même plus d’heure
A vous l’antenne
C’est l’incendie, le grand incendie
C’est l’incendie, le grand incendie
C’est l’incendie, le grand incendie
C’est le raz-de-marée
Les rats peuvent plus se marrer
S’enfuir s’cacher
Dans une planque s’enterrer
La marge est infime
Au bord de l’abîme
Implosion, explosion, mort aux cons riment
Crapules, salauds
Bourgeois, blaireaux
Chacun pour soi, ça détale dès qu’on a eu le déclic
Wanadoo
Do wap a doo
I wanna, I wanna, wanna go with you
Trop tard, petit, petit malin
Indemnités c’est peanuts t’auras rien
Cours ! Cours ! Cours ! Cours !
No limit à la fuite
Accélère
Accélère, c’est pas le moment
Tu crois toujours que tu peux t’arrêter
Te jeter dans un coin te coucher
Oublier la cadence
C’est l’incendie, le grand incendie
l’incendie, le grand incendie... »
Bouteille d’accident d’amour n° 111
J’ai un infini respect pour deux hommes parmi d’autres :
Jean-Louis Trintignant, l’homme qui envahit le salon de mes parents lors de notre première soirée télé-couleur, marquant pour toujours ma mémoire de pré-ado dans « La course du lièvre à travers les champs ».
Jean-Louis Trintignant y est magnifique de simple humanité, à l’opposé de l’esbroufe d’un Belmondo.
Le deuxième, que les évènements tragiques vont associer à jamais au premier, et qui m’inspire le même respect, est le chanteur de Noir Désir, clône français de Jim Morrison, LE rebelle lucide.
Quand Bertrand Cantat tue Marie Trintignant, il est fou amoureux d’elle.
Et pourtant ce soir-là, il la bat.
La drogue achève de lui faire perdre conscience de l’urgence de la situation, elle en meurt.
Quand Marie Trintignant meurt, elle est au milieu du tournage d’un portrait de Colette.
Colette aura eu une vie de femme mouvementée, et pour l’incarner, Marie devra éveiller en elle toutes les facettes de cette amazone qui rendra plus d’un homme complètement fou, vengeances d’une femme blessée.
La querelle entre Marie et Bertrand est con de simplicité, stupide de malentendu :
Marie prévoit de partir en vacances avec son ex-mari, père de ses enfants.
Bertrand n’est pas content. Il vient de quitter sa propre femme pour vivre toute sa passion pour Marie, a planté son propre planning pour la rejoindre sur le tournage, et elle prévoit de le quitter au premier temps de repos venu pour rejoindre le père de ses enfants.
C’est quoi le métier d’acteur ? C’est devenir son personnage le temps de l’offrir au public.
Or ce que Marie travaille à ce moment-là, c’est l’art de rendre jaloux.
C’est son job du moment, Bertrand est l’objet bien involontaire de cette préparation de comédienne.
C’est quoi le job de chanteur ? C’est se concentrer dans l’art d’être soi.
Mélanger Marie travaillant ce rôle avec Bertrand, c’était mettre une bonbonne de butane dans un incendie.
Un fait divers ?
Un accident de travail confinant à l’accident d’amour.
Un mythe.
Une femme a cette capacité de manipulation pour compenser la force physique de l’homme.
Chez Marie, ce sens de la manipulation est devenu son métier.
Chez Bertrand, cette force est son métier, sa nature canalisée dans les mots et la voix.
Qu’une femme utilise son sens de la manipulation pour compenser et canaliser la force de l’homme est une chose.
Mais quand une femme, sans préjuger que cela puisse être le cas de Marie, utilise ce sens pour délibérément réveiller et provoquer la force physique de l’homme, c’est comme si elle allumait un lance-flamme pour le retourner contre elle-même.
L’homme jaloux est dangereux, si la manipulation est délibérément dirigée contre lui pour augmenter cette jalousie dans une vengeance ou un sadisme dont certaines femmes seules ont le pouvoir, comment en vouloir à l’animal masculin ? C’est comme provoquer un lion, il plonge.
Jean-Louis Trintignant, en tant que papa comédien, connaît sa fille dans toute sa puissance mieux que personne, il aura dû résister à lui mettre la baffe qu’elle cherchait quand adolescente, comme toute adolescente en face de son père, elle aura testé son pouvoir de manipulation sur le premier mâle : son papa.
Tout ce que Monsieur Trintignant peut trouver comme raison, excuse ou compréhension au geste de Bertrand ne suffira jamais pour pardonner, son amour de papa est trop immense pour que la raison l’emporte sur le cœur, quand ce soir-là, le cœur eut raison de la raison.
Et c’est bien triste façon que de finir sa vie dans cette haine, je voudrais tellement avoir les mots pour l’aider.
J’ai évité l’occasion de le rencontrer peu de temps après le drame, alors que l’occasion m’en était donnée. Qu’il me pardonne ma lâcheté d’avoir préféré lui éviter ma maladresse, elle aurait peut-être été la bienvenue, mais je n’ai pas osé.
Que l’occasion se représente, et j’aurai deux heures d’avance pour être bien sûr d’être bien là.
Marie ? Tu resteras belle pour toujours, et quand je vois Lucia, la petiote de Marjan qui te ressemble tant, je pense à toi.
Et nous là-dedans ?
Que les hommes fuient sans se retourner les folles qui jouent de la jalousie comme d’un lance-flamme.
Que les femmes sachent que la manipulation est une arme de protection, et qu’elle peut leur être mortelle si elles l’utilisent comme arme offensive.
Et Bertrand ?
Bertrand.
A vite sur scène mon frère d’armes, le monde nous attend, il a besoin de nous tous pour le changer.
Bouteille N°112
J’entre ce matin dans le bus, et demande très sérieusement au chauffeur :
« Pourriez-vous installer un gros bouton raccordé à un écran affichant pour tout le monde chaque fois qu’on presse dessus… :
« Merci à tous de prendre le bus avec moi ! » »
Il éclate de rire, la journée commence bien.
Dès 9h00 du matin dans ce centre ville que je boude depuis des semaines, je suis d’abord surpris par les rues vides ; à part une explosion du nombre de SDF faisant la manche dès l’ouverture des bureaux, les mannequins dans les vitrines affichant un printemps couleurs délavées, des roses asexués pour les hommes, des verts plastique pour les femmes, du pop ringard usé pour les fofolles, il n’y a pas grand monde pour m’escorter jusqu’au temple corvée 1984 du jour : La Mutuelle.
Personne non plus pour faire la file, il était temps que j’arrive pour justifier l’emploi inutile de la Nath du jour qui m’accueille de derrière son ordinateur pour constater que je suis en retard de paiement de cotisation, que ma carte est périmée depuis longtemps, qu’elle va mettre tout ça en ordre.
Elle n’a pas lu « 1984 », elle sait que son boulot pourrait sauter si on rationalisait un peu toute cette plomberie administrative inutile, ça l’inquiète.
Je propose de payer mes cotisations pour toute l’année, histoire de reporter mon prochain retard d’au moins un an, mais l’ordinateur ne veut pas, et je serai donc invité en temps utile à me repencher sur cette dose de 1984 inusable.
C’est vrai que si on prend de l’avance sur l’inutile aujourd’hui, que ferons-nous demain ?
Pas plus de monde sur le trajet de retour que je fais à pied pour rejoindre Marjan qui a soigneusement sélectionné une guitare pour Simon, le cadeau d’anniversaire de son papa pour ses dix ans.
Je vide mon compte, les huissiers attendront.
La guitare est une jolie électroacoustique que Marjan réchauffe sur tous les amplis du magasin pendant que le vendeur me confirme que les affaires vont mal.
Je lui viderais bien le stock, mais il faudra attendre le miracle.
Nous n’attendons tous plus que ça : un miracle.
Je laisse le vendeur encore plus triste, il vient de comprendre après mon résumé d’économie que ça ne s’arrangera pas, confirmant le feeling qui lui bouffe les nuits en de superbes insomnies qu’il collectionne depuis des semaines.
« Tu peux au moins faire confiance à ton feeling maintenant » lui dis-je en le quittant, mais cela ne semble pas encore disperser les nuages qui lui hantent la tête.
Un magasin de plus qui soldera tout d’ici quelques semaines, les riches pourraient faire de nouvelles économies sur tous ces bouts de massacre économique, mais comme ils ont déjà toutes les guitares qu’ils pouvaient rêver d’avoir, qui viendra encore profiter de tous ces instruments soudain sans valeur économique faute d’argent dans les mains de ceux qui pourraient les faire chanter… ?
Je reste pourtant persuadé que les pauvres sont plus vivants de savoir pourquoi ça ne va pas, que les riches qui ne savent pas pourquoi ça va bien.
Le sens, il n’y a que ça de vrai.
Bouteille à la mer de vendredi N°113
Les huissiers attendront.
Que peuvent-ils attendre ?
Mais que je gagne au GrosLot pardi !
Mais je ne joue pas au GrosLot. La seule chose qu’ils pourraient vraiment me reprocher.
L’an dernier, j’ai joué. A ma manière.
Je suis de ceux qui sont fatigués de cette promotion permanente du modèle de rentier auquel nous aurions tous accès en tirant le bon numéro.
Fatigué de voir tous ces zéros s’aligner sur des campagnes de pub permanentes, promesse grotesque d’un bonheur à portée de main, il suffirait de jouer pour gagner, puisque tous les gagnants ont joué…
Fatigué d’être pris pour un con par ces campagnes dont le budget prive les médias de toute critique à leur endroit, affichant le mauvais goût d’inviter jusqu’au matraquage à devenir « Scandaleusement riche ».
Fatigué de savoir que les partis politiques, PS en tête, se partagent les bénéfices de ce mensonge avilissant via des asbl sous leur autorité.
Bref, il faut une autre idée.
Et c’est ainsi que j’imagine une carte d’anniversaire vendue au prix d’une carte d’anniversaire, mais affichant un calendrier de 365 cases dont l’offreur peut cocher une case, offrant du même coup ses bons voeux assortis d’une chance sur 365 de voir la carte se transformer en joli cadeau de 200€.
Happy Birthday, le GrosLot au profit du plus grand nombre, à l’occasion d’une célébration annuelle.
Cinq pages de description plus tard pour en expliciter les détails, je dépose le concept et l’envoie au responsable du département créatif de la Loterie Carcérale, le monstre qui garde très officiellement le quasi monopole des jeux de hasard en Belgique.
C’est de la bombe, j’en suis convaincu, et en faisant mon enquête, je réalise que le destinataire en fonction n’est autre qu’un proche de Président de Parti, celui-là même qui a témoigné en Justice pour laver l’honneur de l’homme politique francophone le plus puissant du pays, alors noirci dans une vilaine campagne de calomnies.
Mon enquête m’apprend également que le staff créatif est composé d’une vingtaine de personnes, toutes très proches de ce puissant homme.
Soit.
Après deux semaines de silence, j’appelle le département en question, et me présente à la secrétaire du responsable à qui j’ai adressé mon courrier recommandé.
« Bonjour, je vous ai adressé un concept de jeu il y a deux semaines »
Elle me coupe : « Ah, c’est vous ?
- Bin, je ne sais pas, j’imagine que je ne suis pas le seul à vous envoyer des idées, mon projet s’appelle Happy Birthday/
- Je vois bien, il n’y a que vous, nous ne recevons jamais de proposition »
Le responsable est en réunion, il me rappellera l’après-midi.
Trois jours plus tard, il est toujours en réunion, et me rappellera l'après-midi.
Dix appels plus tard, je me fâche, et j’apprends que c’est le grand patron de la Loterie Carcérale qui s’occupera de me répondre.
Une semaine encore pour finalement recevoir un courrier dont la forme sent la plume d’avocat, et la teneur se résume en une position aussi lamentable qu’elle cherche à masquer l’abus qu’elle prétend défendre :
1/ La Loterie Carcérale a son propre staff de créatifs.
2/ La Loterie Carcérale a le monopole des jeux en Belgique
3/ Donc la Loterie Carcérale a le monopole de création de ses propres jeux.
Aucune critique sur le jeu proprement dit, aucune réponse sur le fond, juste un barrage protectionniste défendant la position acquise par les petits protégés.
Excusez-moi d’avoir eu une idée les gars.
Excusez-moi d’avoir voulu vous la proposer.
Excusez-moi de l’avoir déposée.
Excusez-moi, par votre refus d’en parler, de vous en priver.
Excusez-moi de vous prouver par l’absurde les limites de votre petit pouvoir abusif.
Après le grattage, au résultat maintenant connu, il reste le tirage : ils peuvent changer d’avis à tout moment, acheter le concept, le tester, et le revendre à l’Etranger.
Un an que j’attends que le déclic éclaire ces esprits si créatifs, mais le déclic ne vient pas.
Alors messieurs les huissiers, allez voir la Loterie Carcérale, mon pognon est là-bas…
Bouteille N° 114
La radio roucoule un vendredi d’aise sur Belgique Inter… plus de 30% d’audience gagnée en 2 mois, le mouvement de peur des auditeurs vers les antennes publiques croise celui des investisseurs fuyant la folie boursière qui les rassurait encore il y a quelques mois.
Car la bourse n’est pas moins folle quand elle affiche des valeurs déconnectées de l’économie que lorsque la raison lui revient en affichant des bas en forme de descente de coke ou de gueule de bois.
Ma sœur de cœur Maëlle poursuit son éclairage de la semaine sur le monde du livre.
Maëlle c’est l’honnêteté incarnée, jusqu’à la mauvaise foi, le temps de devoir me donner raison, quand ça arrive parfois, pas souvent.
Derrière un micro, des invités autour d’elle, elle est Reine.
L'Intelligence, la prudence qu’il me manque encore pour faire passer des valeurs que nous partageons depuis vingt ans, le rire aussi, elle est tombée dans la communication comme Obelix dans la marmite de potion magique, les ondes sont sa mer.
Je suis son ami encombrant, celui qui bousillait l’ambiance de la soirée quand elle osait encore m’inviter avec d’autres moins révoltés, je reste le parrain de Sylvain, son deuxième gamin qui a décidé à l’âge de cinq ans qu’il deviendra astrophysicien. Depuis 6 ans, il n’a pas changé d’avis.
Ce matin, elle est entourée de libraires, nobles chevaliers préservant le souvenir du Graal, boutiquiers otages de la marchandisation du livre.
Je lui risque un coucou par mail…
« Dites, je vous écoute en rassemblant des idées pour poursuivre la rédaction de mon premier livre...
Je me pends tout de suite? Ou je termine quand même mon «travail d’écriture»?
Quand j’entends que l’édition se résume à une guerre ayant pour espace le rayonnage à conquérir, la promo dépendant des copinages, la visibilité noyée dans 5.000 nouvelles références chaque mois,
j’envisage de tout taper sur le web, ou de le publier à compte d’auteur directement, avec une distribution via Internet en pariant sur le bouche à oreille...
(Et quelqu’un peut-il me dire combien de pages sont nécessaires pour accueillir 52.000 mots?)
Merci
;-)
Jp »
Quelques minutes plus tard, je l’entends partager mon coucou avec toute la Belgique, mais personne autour de la table ne sait combien de pages seront nécessaires pour…
J’apprends que sur le prix du livre, si un éditeur devait s’aventurer à enrôler mon manuscrit dans son armée de bouquins pour poursuivre sa guerre de présence dans les rayonnages, je devrais toucher 4 à 8% du prix de vente.
50 cents par exemplaire, heureusement que je n’écris pas pour remplacer le Lotto, ils auraient avorté un auteur sans le savoir.
Bouteille N°115
La droite vient de marquer un temps de silence dans son arrogance à s’affirmer pour seul modèle.
La droite a besoin de l’Etat pour sauver ce système économique qu’elle affectionne tant, mais ce n’est pas une raison pour s’avouer vaincue.
Alors elle prépare déjà la réplique.
La question qui sera posée demain : les journalistes participent-ils à accélérer la crise ?
Et je les entends déjà déplorer que la critique ne sert pas l’insouciance que réclame le candidat emprunteur pour poursuivre la destruction du monde.
On te parle de Degrelle pour la crapule trop charismatique qu’il était afin de confondre bientôt les adversaires des banksters d’aujourd’hui avec les Rexistes d’hier.
La critique sera bientôt classée d’incivisme, le doute, un manque de confiance dommageable pour l’avenir de nos enfants.
Certains continuent à creuser une piscine dans leur jardin, et les voisins qui iront civiquement pisser dedans seront de méchants jaloux vandalisant le bien-être de ce dangereux bourgeois, comme la Justice condamne pas plus tard qu’hier à huit mois de prison ferme une brave fille qui se faisait un sport de pique-niquer dans l’enceinte des sites nucléaires pour en dénoncer l’absence totale de sécurité.
Des fissures découpent des maisons par quartiers entiers dans le Borinage, un effondrement du sol à 700 mètres de profondeur ayant des répercussions jusqu’à la surface, mais les centrales nucléaires ne sont même pas évoquées dans ce contexte.
La route est encore longue, la croisade contre la mauvaise foi est interminable, mais est-ce le soleil qui dispute à l’hiver un printemps impatient ? Je suis soudain enceint d’un germe d’espoir…
Tout seul sur mon île parmi les hommes, suis-je vraiment tout seul dans ma solitude de pensée?
Pas tout à fait…
Bouteille d’antibiotique N°116
Pendant ce temps, mon navigateur-solitaire-futur-dernier-survivant-du-monde-auquel-il-refuse-de-participer, se soigne une infection à la couille gauche, faute de s’en servir, et semble rester incapable de faire le rapprochement entre l’endroit où l’infection lui hurle de naître au monde, et son repli dangereux de prudence…
Je ne peux m’empêcher d’espérer qu’il va s’éveiller, de l’aimer pour tout ce qu’il peut devenir d’intelligence dans l’action, de le secouer de loin, soignant ma naïveté de tout ce qui peut l’user quand l’immobilisme de mon navigateur épuise les espoirs que je veux entretenir pour lui.
Les naïfs font tourner le monde, ils souffrent de ceux qui l’exploitent.
Mais la naïveté est une qualité, même si l’on voudrait nous la faire passer pour un défaut à soigner, légitimant ceux qui en profitent…
C’est dangereux un naïf, ça rêve de meilleur, ça veut le changement, ça croit que c’est possible, alors il faut tondre les naïfs…
Mais la naïveté peut repousser, il suffit de l’accueillir comme une qualité, en restant lucide sur cette nature particulière en ouverture décidée et délibérément choisie, sinon c’est de la connerie…
Le naïf qui refuse de le rester s’enrobe à la place d’une corne de protection, un mélange encore mal défini d’aigreur, de méfiance mêlée de rancœur, voire de mépris et de cynisme.
C’est triste un naïf qui renonce, c’est un bout d’espoir qui s’éteint…
Bouteille d’air frais N°117
Parmi les détails trompant la prise de conscience de l’accélération des changements qui se pressent à la porte de nos habitudes, il tombe encore des giboulées, nous sommes toujours en mars.
L’anniversaire de Simon s’annonce sous la pluie, et le temps d’embarquer les 8 amis invités déguisés en cowboys dans un bus rempli de gens tristes direction le Rouge Cloître, ses arbres, les vieux murs perdus dans la verdure, et le Shérif à trouver dans un jeu de piste pour le faire prisonnier afin de cambrioler la banque tranquille, le tout cadré dans le jeu de piste que maman Fleur a mis en scène, le soleil est revenu.
Qui a dit que Dieu dort ?
Là, il s’est même démêlé de déplacer la pluie, peut-être jusqu’au Sahel pour l’anniversaire d’un autre Simon qui demandait juste de l’eau, et qui n’a pas émigré en Israël…
Les gosses sont déchaînés, tu sens que l’espace auquel ils renoncent par habitudes urbaines n’est qu’une attente en sommeil ignorée de tous, jusque d’eux-mêmes, prête à s’éveiller à la seule promesse d’une aventure alors que nous sommes encore à l’arrêt de bus.
Dans le bus, le regard attendri d’amoureuses qui cognent du coude leurs amoureux, elles bouffent mon troupeau d’envie, le printemps est là ; les machines à faire des bébés s’échauffent telles des locomotives prêtes à faire leur premier trajet Paradis - La Terre.
Les amoureuses sont en couleur dans un public noir et blanc de vieux que l’hiver a encore vieillis un peu mieux, un peu plus transparents, un peu plus Alzheimer.
Les gosses éclaboussent de vie, je les retiens dans les décibels mais ça éclabousse, c’est normal, ça vit. Le noir et blanc tout autour s’interroge, y a-t-il lieu d’être dérangés, ou d’en sourire ?
Mais sourire, c’est accepter, et tous ces rires gratuits d’enfants vivants sont-ils sages ?
Tant que ça éclabousse, mais risquons-nous la noyade ?
Et si on trouve ça bien, dans 7 arrêts, c’est quand même le silence du noir et blanc qui reprendra la place.
La fontaine de vie saute du bus et s’engouffre dans la résonance des couloirs du métro.
Les deux squaws, Lucia et Gina, s’asseyent sagement devant un type de soixante ans propre sur lui, les cowboys envahissent l’arrière désert de la diligence souterraine.
Entre les deux, je reste près des filles, le type ne m’inspire pas confiance.
Ça ressemble à quoi un pédophile un peu pervers ? Un type qui, en face de deux gamines, regarde en faisant semblant de ne pas regarder ?
Ce n’est pas compliqué de faire un sourire, et de s’évader pour respecter leurs confidences de petites Indiennes…
D’ailleurs, les voilà qui changent de place, comme ça, sans raisons ni hésitations.
Je regarde le mec, il me regarde, j’ai dans les yeux tout ce que j’imagine lui trotter en tête, il sait que je sais.
Encore un tronçon le long des voitures du dimanche à l’ombre d’un pont de ring inhumain, et nous voilà soudain, en 200 mètres, en pleine nature.
C’est aussi ça Bruxelles.
Le jeu de piste peut commencer, l’équipe de Fleur prend la relève.
Je prends ma place sur le parcours pour les attendre avec une deuxième épreuve en forme de chanson à construire, leur quête du trésor pouvant s’enrichir de cette prime, allons-nous-en chatouiller la rime…
Couché sur un banc de bois sous un arbre, j’étrenne mon harmonica à trois balles sous un soleil qui tape ; c’est bon, c’est cliché, mais que c’est bon la « petite gayolle » dans ce premier soleil.
Les gosses se révèlent encore trop jeunes pour faire rimer du sens, ça raconte n‘importe quoi, et ils préfèrent clairement aller courir plutôt que de se prendre la tête sur de la poésie.
Ca aussi c’est une bonne nouvelle, alors retour rapido au full bonheur plein tube, non sans gagner l’indice de plus, au détour d’un prétexte d’épreuve dont je suis maintenant libéré pour faire ma balade du dimanche…
Quelle drôle d’expérience, je ne me souviens pas que cela me soit arrivé.
Me balader seul un dimanche.
C’est comme une autre expérience interdite : je ne suis jamais allé au cinéma seul.
Je regarde les gens vivre ce morceau de pause entre deux galops de délire, les gosses à pousser sur les balançoires, j’en étais encore il y a 5 ans, une vie depuis déjà…
Les deux femmes qui discutent en s’agitant, le papa qui suit 5 mètres derrière en poussant le landau, appliqué, impliqué, aspiré jusqu’au désespoir, tout semble l’écraser d’un immense « quelque chose ne tourne pas rond, je suis ici mais je ne suis pas ici, ou alors ça va vite s’arrêter, penser au bureau demain, ça passera vite et nous serons demain, ne pas m’enfuir en courant, ne pas hurler en déchirant cette écharpe ridicule que je n’ai même pas choisie et qui pue le fric de sa mère, ne pas vouloir me taper son « amie » qui dandine sciemment du cul alors qu’elle sait que je la suis quand l’autre m’a déjà oublié, et surtout, surtout, tenir le cap pour cette petite chose qui dort en elle un peu de moi en vieillissant mes nuits depuis 2 mois… ».
Puis ces deux-là trop appliqués dans leur enlacement d’amoureux lascifs posant comme dans toutes les pubs du monde riche auxquels ils aimeraient tellement ressembler, cultivant leurs tabous qui leur dictent que c’est par là qu’il faut passer pour oser envisager de passer la prochaine nuit ensemble, prisonniers de préjugés allant de la nécessaire eau de toilette au carwash du samedi pour la voiture.
Je les croise, son regard à elle dit « au secours », le sien « passe ton chemin ».
Il a mon âge, il en souffre comme j’en vis, il est aux abois de finir seul comme je cultive ma liberté.
Ils s’arrêteront encore pour contempler deux cygnes : c’est fait pour la vie les cygnes, ils sont monogames, comme les orques ou les dauphins, allez savoir pourquoi la fidélité fut payante pour eux, et pas pour nous.
Les odeurs peut-être qui privent de l’information génétique, les dauphins peuvent-ils se renifler ?
Les parents sont fatigués, s’appliquent à vivre ce moment en famille alors que sur chaque masque tu vois que la vie ne rigole pas, chacun étant encore dans le souci de la semaine passée, déjà dans celle qui vient.
Les chiens aboient exprimant peut-être cette angoisse qui court le long de leur laisse, dictant le chemin qui évite aux « maîtres » la possibilité finalement de se croiser, de se rencontrer.
Le petit en jogging, face à la trop grande pour lui :
- « Quoi ? tu ne fais pas le lotus ?
- Elle : « 2 minutes, 4 maximum »
- Lui en riant moqueur poseur tombeur lourdeur: « Quoi ? Tu n’as jamais essayé une heure ? »
Je croyais le yoga plus efficace que ça contre la connerie, comme quoi les préjugés positifs m’existent aussi.
Les gosses sont de retour, la Shérif est bien ficelée, on mange les réserves d’or de la Banque Fédérale transformées en gâteaux au chocolat, je regrette de ne pas avoir investi dans un appareil photo à la place de mes cotisations sociales.
Simon est aux anges, mon fils a dix ans.
Bien sûr il y a la caméra qu’Hana m’a offerte, mais c’est précisément la caméra qu’Hana m’a offerte, et je suis incapable de mettre la priorité à racheter le câble d’alimentation qui très symboliquement s’est fait la malle à la première occasion, il y a des mois ? Des années… ?
Bien sûr il va falloir retraverser la ville en reprenant la diligence.
Bien sûr j’aurais tellement aimé être chez moi en ces murs vieux de trois siècles.
Mais là, encore pour une heure, il n’y a plus d’heure :
Simon est un ange, mon fils a dix ans.
Bouteille de marée descendante N°118
Soudaine grosse fatigue.
C’est toujours comme ça quand on y croit trop vite d’un coup, la seconde d’après, il faut reprendre la route, ramener la voilure qui prend le vent chaud soudain refroidi, ressortir le ciré alors que le short était suffisant.
La droite a infiltré jusqu’aux institutions de gauche qui se sont bradées pour garder le pouvoir de distribuer des sucettes à la masse pendant que le bulldozer fait ses manœuvres.
La Poste a un trésor de guerre d’un milliard d’euros apprend-on soudain, les actionnaires qui n’ont pas attendu 2010 pour prendre des parts dans cette vénérable institution d’Etat vont pouvoir se gaver alors que le boulot de facteur de proximité est sacrifié pour nourrir ce hold up.
Le PS laisse faire, les syndicats s’agitent consciencieusement sans aucune efficacité, la base hurle.
La presse ? La presse n’est même pas capable d’expliquer la différence entre récupération de capital, versement de dividendes, sortie du capital.
Pourtant, moi je verrais bien les facteurs devenir actionnaires à hauteur de 49% et que l’Etat garde les 51% de majorité…
Il faudrait commencer par expliquer ce qu’est l’actionnariat, oser faire confiance au personnel pour se comporter en actionnaire responsable, donner l’information qui fait de l’individu un acteur pleinement économique dans la société dont il dépend.
La démocratie doit se vivre jusque dans le capital des entreprises, transférer le bénéfice et le risque économique sur le travailleur, le responsabiliser, le reconnaître, pleinement l’accueillir dans le clan des cueilleurs par-ci, chasseurs par-là, pêcheurs encore ailleurs.
Rendre l’envie de se lever sans redouter de devoir le faire « parce qu’il faut bien gagner sa vie », « parce qu’on n’a pas le choix », sans oser se poser les questions qui vident ce sens ridicule, et sans lequel on ne se lève plus tant la place du travailleur est écrasée dans son esprit par l’actionnaire.
Je les entends déjà retenir cette idée de rendre une part des entreprises aux travailleurs, une loi limitant la proportion à une part symbolique.
Et pourtant c’est là que la gauche doit avancer des propositions, en récupérant le monopole bancaire et en rassurant tout le monde avec l’instauration de l’Allocation Universelle.
La Commission Européenne est toute puissante d’une prétendue majorité de droite ?
La gauche doit se structurer via le web en cumulant sous une même bannière les fonctionnalités de Avaaz.org – Wikipédia et Facebook associées, entre autres.
Comment la gauche européenne reste-t-elle incapable de réunir un million de signatures par jour sur les dossiers du moment, à temps…
Où restent les capitalistes milliardaires de gauche qui peuvent financer un véritable gouvernement parallèle appuyé sur un réseau associatif ?
Nous sommes en pleine répétition de l’histoire, un patronat-actionnaire tout puissant face à une population qui s’est laissé confisquer les ressources.
Si nous nous reportons un siècle en arrière et nous rappelons les acquis que les anciens ont obtenus, les conditions dans lesquelles ils ont dû se battre, nous sommes le cul dans le beurre pour mener les réformes.
La gauche doit se structurer sur le modèle du web 2 et de l’open source, la mutualisation des actions, des connaissances et des propositions; développer une véritable modélisation définie en collectif de la société idéale que nous pouvons nous permettre compte tenu d’abord des ressources disponibles.
Entre le cauchemar paresseux, et le rêve ambitieux, mon choix est fait, mais ce soir, je devrais pouvoir appuyer sur « pause »…
Bouteille de gouttes d’eau N°119
De retour du studio du jour, après deux semaines de calme plat total sur ce terrain-là, je passe au Carrefour compléter le garde-manger pour accueillir toute la famille le soir même : anniversaire de maman.
A la caisse, je suis de nouveau sans sac-écolo-récupération-réutilisable-à-ne-pas-oublier.
Donc j’en rachète un. Et voilà que le modèle a changé.
Je dis à la caissière fatiguée : « Tiens ? Il est plus petit que l’autre ? ».
Elle n’avait pas remarqué. Pourquoi ont-ils fait un sac plus petit ? En enfournant mes pizzas dans ce sac clairement plus petit, j’active mon cerveau logique et paranoïaque et me répète la question à haute voix « Mais pourquoi ont-ils fait un sac plus petit ? ».
Je ne sais pas si le plus important est d’en connaître la raison, ou d’éclairer cette caissière sur un détail de plus propre au cynisme de la pièce dans laquelle elle ignore jouer ce rôle ingrat qui la mine jour après jour.
Et c’est en glissant ma carte de banque dans le terminal de paiement que ça fait « tilt ! » :
« Mais c’est bien sûr ! Je me serre la ceinture, j’achète moins, mais chez Carrefour, le sac doit rester plein pour masquer que j’en ai moins ! » dis-je pour toute la file qui me suit.
La caissière opine du chef, mais elle scanne déjà le client suivant.
Dix mètres plus loin, je vais passer devant un petit comptoir City Banque derrière lequel un propre sur lui et une madame en tailleur chasse le client potentiel.
J’ai encore cinq minutes, cette fois je me les fais ces deux-là :
« Dites, ça fait dix fois que je vous vois là, ça marche ?
- Monsieur est intéressé ? » me répond le type avec un accent qui ne trompe pas.
- « Vous, vous êtes français » lui dis-je. Il acquiesce.
- « Et c’est pour éviter de devoir croiser prochainement les clients que vous aurez surendettés que vous vendez vos cartes de crédits si loin de votre pays ? »
La femme est maquillée plus mal qu’une pute sans éducation, ça vise très bas chez City Banque, et je prends le temps de leur demander s’ils ont des enfants, s’ils savent d’où vient l’argent qui sera créé, s’ils s’imaginent vraiment participer à un monde meilleur pour leurs gosses en servant ce système d’argent dette.
Le vigile s’est rapproché, il guette le moment où mon comportement pourra justifier sa présence là, mais je reste calme, odieusement courtois, les deux vendeurs se liquéfient doucement sous mes arguments, et je les quitte enfin :
« Vous voyez, là, par cette petite discussion, pendant que je vous squatte stérilement pour votre employeur, nous avons ensemble évité à un malheureux de se retrouver avec une carte à malheur de plus, et je vous fais confiance pour repenser à notre bout de conversation chaque matin que vous aurez à croiser votre regard dans le miroir avant de revenir ici, derrière ce bout de comptoir en carton. Vous valez mieux tous les trois, bonne fin de journée ».
Une goutte d’eau remplit le verre, la même goutte d’eau peut le faire déborder…
Bouteille de liberté N° 120
Simon avait trois ans. Le temps pour lui de rentrer à l’école maternelle.
Il était content de pouvoir aller à l’école, la grande aventure allait commencer.
Quant à moi, je masquais comme je pouvais ce goût d’échec, résignation à reculons de l’y laisser.
« Socialisation », « avoir des copains », « en dehors de papa-maman » étaient des arguments auxquels mon besoin de préserver ce que Simon pouvait devenir « dans le système » ne pouvait honnêtement pas résister.
Il fallait donc jouer le jeu, d’autant que Simon était partant comme une petite graine d’aventurier, et me résoudre à être très vigilant sur ce que cette école allait implicitement conditionner.
Les trois années de maternelle furent tempérées de « petits jours de congé ».
En troisième maternelle, l’institutrice me fit une véritable guérilla contre ces « petits jours de congé ».
En fin d’année, Simon n’avait toujours pas intégré le rythme 5 jours d’école 2 jours de weekend, et j’en étais ravi.
Lors de la rencontre avec cette institutrice à la veille des grandes vacances, je réalise que Simon a démarré le troisième livre d’exercices, et qu’ils ne sont que deux à avoir vaincu le contenu des deux premiers.
Alors je lui demande : « Mais enfin, pourquoi avoir tellement insisté pour que Simon soit là tous les jours de la semaine alors qu’il est encore en avance sur le groupe ? ». C’en était d’autant plus surprenant que les semaines où j’en avais la garde, il avait loupé un tiers du calendrier scolaire.
Réponse de l’instit : « Si vous voulez élever votre enfant seul, rien ne vous empêche de le prendre avec vous sur votre Yacht, la loi le permet, mais c’est alors une filière libre ».
Je lui réponds : « D’abord, je n’ai pas les moyens de m’offrir un yacht, ensuite, je ne vois pas pourquoi je priverais Simon de se faire des copains, enfin, je vous rappelle que l’école n’est obligatoire pour lui qu’à partir de l’année prochaine, alors permettez-moi d’insister, pourquoi m’avoir reproché de le garder régulièrement à la maison ? »
Et de me répondre : « Mais parce que Simon est une vraie locomotive pour le groupe, j’en avais besoin pour tirer les autres… ! ».
Et pourquoi Simon était-il une locomotive ?
Parce qu’il est toujours allé à l’école pour le plaisir, en étant reposé, dans le respect de son rythme.
Parce que j’ai voulu lui apprendre que le fait de choisir préserve l’énergie, même quand on n’a pas le choix, il faut trouver l ’espace de choix qui est le nôtre.
Ça me rappelle cet épisode de la deuxième guerre mondiale. Un camp de prisonniers, les Allemands tout autour jusque sur les miradors, et deux types qui arrivent à s’en évader.
Le SS de service décide de prévenir la prochaine tentative en faisant un exemple :
Il aligne tout le camp, et passant en revue les prisonniers, par vingt fois de façon aléatoire il dira « Toi ! », désignant les vingt martyrs qui seront bientôt murés vivants sans eau ni nourriture, jusqu’à ce que mort s’ensuive.
L’un des vingt soudain se rebelle, et dit « Pas moi, non, pas moi, j’ai une femme et quatre enfants qui m’attendent, je ne peux pas mourir ! ».
C’est alors qu’un autre, que le sort avait épargné, fait un pas en avant et dit : « Si monsieur l’officier le permet, je serais heureux de prendre sa place, je suis curé, personne ne m’attend, ma place est là avec eux, à la place de cet homme ».
Ils sont tous morts murés vivants.
Ce que ce curé a fait nourrit depuis ma conscience de ce que peut être le choix.
On peut refuser ce qui nous arrive, nous battre contre de toutes nos forces, et quand l’inéluctable, l’inévitable s’est produit, on a encore ce dernier choix : celui de l’accepter.
Trop souvent, nous acceptons quand l’espace de choix existe encore pour l’élargir, et nous ne refusons que lorsqu’il ne l’est plus…
Bouteille de rêveurs N°121
Mohammed Mossadeg l’Egyptien…
Jacobo Arbenz le Guatémaltèque…
Jaime Roldos l’Equatorien…
Omar Torrijos le Panaméen…
Hugo Chavez le Vénézuélien…
Autant de démocrates au service de leurs peuples que les Etats- Unis ont détruits pour préserver leurs intérêts.
Je me demande combien de temps nos journalistes joueront encore ce jeu de collabos amnésiques…
Bouteille de rêve N°122
Abraham Lincoln avait décidé de s’affranchir de la tutelle européenne en créant une monnaie propre à l’Union : le Greenback.
Cette monnaie avait ceci de novateur qu’elle n’était pas censée être remboursée augmentée d’un intérêt.
Mais il faut contrôler la population, et le meilleur moyen de le faire est de la limiter dans les conditions de travail par un contrôle de la monnaie interposé.
L’intérêt à payer sur un montant emprunté, alors que la monnaie représentant cet intérêt n’a pas été créée, est le meilleur moyen de voir les gens se battre les uns contre les autres.
Le jeu de la chaise musicale, appliquée au droit de bouffer.
Bouteille de rêves N°123
Simon va rejoindre sa maman pour « les deux semaines » avec elle, c’est son tour.
Je vais en profiter pour aller rejoindre le groupe bruxellois qui se penche sur ce problème d’argent dette.
Une manifestation européenne se structure pour demain dans de nombreuses villes d’Europe pour fédérer ces noyaux d’hommes et de femmes, les premiers à ouvrir les yeux sur cet esclavagisme financier.
Puis dans une semaine, ce sera le rassemblement à Namur sur le thème de la décroissance.
Je ne suis pas tout seul…
Rêve veille de la bouteille N°124
Des écrans, des lumières qui clignotent, des bips se répondant à intervalles qui se voudraient réguliers, des fils qui pendent dans tous les sens, je me réveille dans une soucoupe volante.
Je descendais ma poubelle, j’ai été enlevé par des extra terrestres.
« Ah ! Il est réveillé le joli monsieur » me dit le premier alien déguisé en belle infirmière…
« Le docteur va venir vous voir, ça va ? Vous n’avez pas mal ? »
Je regarde, j’ai mes bras, mes jambes, des électros posés un peu partout.
« Vous avez eu un malaise – poursuit l’alien – vous êtes à l’hôpital ».
Pfffff, manquait plus que ça.
Le médecin entre à son tour : « Monsieur Ledoux bonjour, comment vous sentez-vous ? »
- Un peu paumé là, pour être franc, et vous ?
- Moi ça va, mais c’est pour vous parler de vous que je suis là, j’ai beaucoup de questions à vous poser, vous vous sentez en état ? ».
Et voilà qu’il fait une fixette sur la drogue que j’aurais pu prendre, détournant mon attention sur mon mode alimentaire, mes habitudes de sommeil, l’état dans lequel je me sens depuis quelque temps, pour revenir continuellement sur cette drogue « Vous êtes sûr ? Bien sûr ? » mais oui que je suis sûr, même pas un joint depuis 4 semaines !
Une infirmière passe la tête « Docteur, on le met avec les autres ? »
Quels autres ?
Mais le docteur n’a pas fini, il attend que je le sorte ce « Mais bon sang docteur, qu’est-ce que vous m’avez trouvé ? »
« Monsieur Ledoux, il va falloir être courageux : vous avez un cancer au stade terminal, et ce qui est troublant, c’est que vous devriez déjà être mort… ».
« Je voudrais tenter une chimio de choc, mais il me faut votre accord… ».
Je m’entends lui dire de très loin dans une résonance soudaine qu’il fasse comme pour lui…
Mais à condition d’avoir accès à un ordinateur branché sur le web.
« Mais pour quoi faire ? » me demande-il…
« Pour décrocher Jésus de la Croix »…
L’infirmière qui repasse la tête « Docteur, on a besoin de vous… »
Le docteur « Vous lui avez donné de la morphine ?
Non docteur, pourquoi ? Vous l’aviez prescrite ?
Non, non, juste pour savoir. »
Je les entends maintenant parler tout bas dans le couloir, mais mon oreille a développé soudain une capacité à entendre à travers les murs.
Je vais rejoindre « les autres », un « nouveau cas » vient d’arriver en ambulance, le docteur s’inquiète de ma crise mystique et de mon année de naissance, puis je repars au pays des rêves.
Rêve en bouteille N°124
Je suis devant un type au visage familier mais l’espace m’est inconnu : pas de murs, pas de couleur définissable, une sorte de blanc ouateux..
« Alors ? Faut qu’on te mette la pression pour que tu te souviennes ? »
Mais de quoi il parle ? Il a des ailes grotesques dans le dos, il se prend pour qui ce con… ?
« Je suis Gabriel espèce de petit merdeux prétentieux, et si tu n’avais pas râlé toute ta vie en rêvant d’un monde meilleur, tu l’aurais peut-être changé ! En attendant, tu n’avais qu’une chose à faire, et il faut encore que je te prolonge pour que tu puisses envisager de t’en souvenir!
- Mais quoi ?
- Mais décrocher ton frère de la croix tiens ! »
Oh ! C’était ma dernière idée en descendant ma poubelle !
J’hésitais entre l’urgence à mettre un visage sur les endettés en faisant une expo de cent personnes surendettées, de gros plans surdimensionnés, une photo le visage éteint, une photo le visage hilare, et l’autre soudaine urgence à créer ce groupe sur Facebook pour qu’on décroche enfin Jésus de toutes ses croix de par le monde, histoire de lui rendre le sens volé de ses bras librement ouverts…
Rêve de bouteille de rêve N° 125
Je me réveille dans une grande chambre, nous sommes une douzaine, tous à peu près clones, cheveux mi-longs, l’air pas en forme.
« Moi c’est Jean-Marc » lance un type à un bout de la chambre.
« Pierre-François lance mon voisin.
« Jean-Pascal pour moi » dis-je d’une voix ensommeillée.
Nous sommes tous affublés de prénoms composés, tous avec un cancer surprise, et tous… nés en 1965…
L’infirmière entre, et me tend des papiers les autorisant à faire de moi leur prochain cobaye chimio.
J’hésite… Je m’étais toujours juré d’aller finir mon cancer potentiel sur le sommet du monde en souvenir de cette balade avec Cilou, loin de tout acharnement thérapeutique, mais là, je ne me vois pas prendre un avion… Et puis j’ai surtout besoin d’un ordinateur.
« Je vous signe tout ça quand vous m’aurez trouvé un ordino. ».
Rêve éveillé de la bouteille N°126
Ils doivent vraiment avoir beaucoup de combinaisons chimiques à tester, me voilà avec un portable sur les genoux.
« Tu fais quoi ? » me demande mon voisin d’infortune Pierre-François.
« Je crée un groupe sur Facebook…».
2000 ans, ça suffit: décrochons Jésus de sa croix…
Rêve endormi de la bouteille N°127
De derrière les murs du couloir, assommé par leurs drogues d’apprenti sorcier, j’entends Fleur et Ella se rencontrer.
Ces deux femmes rient comme elles pleurent, et je ne sais pas si elles rient, ou si elles pleurent… peut-être pleurent-elles de rire... ?
J’entends Fleur: « Bonjour, moi je suis Fleur»
J’entends Ella : « Bonjour, moi c’est Doriane… »
Rêve jusqu’au bout de la bouteille N°128
Je vendrais bien mes cheveux sur Ebay, comme John Lennon.
Ils sont tous tombés.
Ça repoussera, demain c’est le printemps.
Mais je n’ai plus l’ordinateur.
Que vais-je laisser à Simon ?
Rêve envolé de la bouteille N°129
Une infirmière rassemble mes « affaires » dans un sac en plastique, mon gsm sonne la réception d’un sms, et par habitude, par curiosité va savoir, elle ne peut pas s’empêcher de regarder pour y lire :
« Mes chers amis, il voulait que je vous l’annonce comme une bonne nouvelle… ».
—-----------13 mars 2009----------------
Remerciements éternels
“Tu devrais écrire Jean-Pascal…”
Merci à ma petite maman de m’avoir poussé à cet accouchement
Merci à mes muses, Michèle sa soeur, Doriane ma soeur, Isabel ma Soeurette chérie qui signe la mise en page, merci à mon père d’être la falaise, merci à Marjan Vrankulj et Cécile Van Seymortier, Martine Cornil et Joost Deridder, Cécile Grévisse, Moktar Ad, Anne Schellekens, mes Anges Ana et Inès, Yves Martin, Laure Voisin de St Gilles, merci à Christelle Delhoye, Christophe Delire et Martine, Silvia Dos Santos, Bernard mon dentiste, Jean-Christophe Cornil et sa Lou, ma Lou du Canada et celle de Cilou, René “Zénobe” Gramme, Thomas Résimont, Olivier Gilson et l’équipe du Studio Dada, Bayan et celle de Smartbe, merci Bruxelles pour le décor et la bande son ( Ô Belgique, ô mère, chérie, A toi nos cœurs, à toi nos bras!”), merci aux cielles qui s’interrogent, merci à toutes celles et ceux que je dois remercier, à commencer par Simon et sa maman Corinne Fleur Close, gratitude pour les 15 années, depuis ces pages, avant de les offrir enfin au vent et à la mer…
(“haaa!! c’est pour ça que c’est tout mêlé... On a toutes les feuilles au moins..?”)
Merci enfin à Julian et Stella Assange pour leur combat.
Free Assange Now!
Une suite?
“T’es sûr? J’ai pris du retard sur Netflix là…”
Ce sera: “Jamais Trop tard pour se taire”.
Ça tangue et ça déborde, comme l’époque, entre l’intime et le collectif.
Le marin cherche le Sud, et c’est à la Mer qu’il réclame un changement de Cap, et au Vent de souffler pour tous.
Un petit marin perdu dans les contradictions de cette marée humaine qui semble s’ignorer…
Coïncidences.com
LeLivreEnPapier.be